Parcours

Samira Asghari, une réfugiée au CIO

La basketteuse afghane est devenue cette semaine la plus jeune membre du Comité international olympique. Cela vient récompenser ses actions en faveur du sport féminin dans un pays qui doit encore s’y ouvrir

Samira Asghari siège parmi les grands. Cette Afghane de 24 ans a été élue membre du Comité international olympique, mardi, lors de la 133e session de l'instance, à Buenos Aires. «C’est une jeune femme très active pour la promotion du droit des femmes à pratiquer le sport en Afghanistan […] et c’est un signal fort envoyé vers tous ces pays où de sérieux obstacles surgissent à leur réalisation», a justifié le président Thomas Bach. Déjà incorporée au sein du Comité olympique national afghan et du Conseil olympique asiatique, la basketteuse est devenue la plus jeune membre de l’histoire du CIO. Tel un symbole, sa précocité record met en lumière un parcours semé d’embûches.

Réfugiée en Iran

Née en mars 1994 dans un pays dévasté par la guerre des talibans, elle fuit, toute petite et avec ses proches, en Iran pour éviter les persécutions. Dans l’ancienne Perse, elle s’initie au sport grâce à sa famille: les arts martiaux et le kung-fu avec son père, la gymnastique au contact de ses frères et oncles. Avant d’apprendre à tirer à trois points, elle arrête les shoots adverses en gardant les cages de son équipe de football.

A 9 ans, elle découvre et se passionne pour le basketball. S’investissant à fond, elle voit ses efforts récompensés en étant sélectionnée dans la catégorie junior puis senior de l’équipe nationale. Capitaine, elle assume ses responsabilités en se dévouant corps et âme: «Nous n’avions souvent pas assez de ressources, mais grâce au Comité national olympique et à la Fédération nationale de basketball de l’Afghanistan, nous avons pu participer à quelques tournois en faisant notre possible pour apporter de la fierté à notre nation», évoque-t-elle dans un long récit publié par l’Association internationale de la presse sportive (AIPS).

Symbole de l’émancipation des femmes

Toutefois, même si les mentalités ont évolué depuis la chute des talibans en 2001, sport et femme restent pour la plupart des Afghans incompatibles. Le combat de Samira Asghari pour le sport féminin dans son pays passe par le changement d’un islam strict et littéral à un islam plus souple. «Quand j’ai commencé à être athlète, il y avait tellement de défis culturels, se souvient la jeune sportive. Les gens de ma province voulaient m’empêcher de faire du sport, mais ma famille m’a soutenue et m’a dit de faire mon travail.»

Diplômée en sciences politiques et relations internationales, sportive engagée, elle décide de s’engager dans une lutte de reconnaissance. Elle devient dès lors un symbole de l’émancipation des femmes dans un monde encore inégalitaire. Son parcours est vite remarqué et elle est propulsée dans les rangs du Conseil olympique asiatique et afghan, puis à la Commission de l’entourage des athlètes du CIO (structure qui traite des questions concernant la relation entre les athlètes et leurs parents, entraîneurs, managers, officiels ou sponsors): «Je travaille pour l’avenir de tous les athlètes dans le monde, surtout ceux qui en ont le plus besoin comme en Afghanistan», expliquait-elle en Argentine lors de son élection.

Tous ces engagements ont poussé Thomas Bach, le président du CIO, à l’intégrer: «Elle fait un travail fantastique pour promouvoir le sport pour les femmes en Afghanistan et l’on sait très bien que ceci n’est pas facile dans ce pays pour de nombreuses raisons.» Heureuse et émue de voir ses actions reconnues, Samira Asghari, qui ne pensait pas «arriver un jour au CIO», reste consciente de la tâche qu’il lui reste à accomplir. «Ce sera très difficile de travailler pour le mouvement en Afghanistan, mais c’est une bonne décision. Si nous pouvons apporter l’esprit du sport, alors ce sera une grande réussite pour mon pays et le CIO.»

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