Son visage respire encore une tendre adolescence. Son sourire s'échappe souvent de ses traits, poussé par une ombre de timidité. Et ses regards peinent parfois à envelopper complètement tout ce qu'ils voudraient voir. A Vancouver, Sarah Meier promène sur ses premiers championnats du monde la candeur de ses 16 ans. Pour son entrée dans la compétition, mercredi, la peur de l'enjeu et les dimensions des lieux, le General Motors Place, une salle couverte de presque 20 000 places, ont bousculé sans peine sa fragile assurance de meilleure patineuse suisse. Elle a chuté deux fois dans l'épreuve des qualifications, pour finalement hériter de la dixième place de son groupe. «J'étais nerveuse, murmure-t-elle comme une excuse. Mes jambes tremblaient avant d'entrer sur la glace.» On lui promet mieux pour la suite, surtout le programme libre, prévu samedi 24 mars. Mais ses ambitions restent à la mesure de son inexpérience. «Une place parmi les vingt-quatre premières, dit-elle. Pour qualifier une Suissesse aux Jeux de Salt Lake City.»

A l'écouter se raconter, on devine sans peine que le patinage artistique a toujours accompagné sa jeune existence. Ses débuts sur la glace, à 4 ans, ne sont plus aujourd'hui pour elle qu'un souvenir lointain et déjà effacé. Le geste lui est venu sans vraiment l'avoir cherché, par simple tradition familiale. Sa mère était patineuse. Sa tante, Eva Fehr, glissait elle aussi sur la glace. Aujourd'hui, la première veille sur la santé de la fragile Sarah. «Elle est médecin, précise la jeune fille. Et également juge internationale de patinage. Alors, bien sûr, son influence dans ma carrière reste importante.» Eva, la tante, est plus présente encore, puisqu'elle partage le rôle d'entraîneur avec Mark Pepperday, un ancien champion d'Angleterre, installé à Bülach.

Entourée dès ses débuts comme un écrin de verre, elle feint longtemps de posséder le moindre talent. «Jusqu'à l'âge de 10 ans, dit-elle, je ne gagnais pas grand-chose.» L'envie du succès lui vient comme une rage de dents, sans se faire annoncer, mais avec force. En 1999, elle se glisse à la dixième place des championnats du monde juniors. Un premier signe. L'an passé, elle grimpe jusqu'à la troisième place de cette même compétition. En janvier dernier, elle se hisse au cinquième rang des championnats d'Europe, une progression de neuf places sur son classement de l'année précédente. Peu courant, dans une discipline où la hiérarchie ne se laisse pas facilement bousculer.

Tradition familiale

La suite? Elle esquive la question. «Je ne sais pas, dit-elle. Mon objectif est d'aller aux Jeux de 2002. Et j'aimerais bien également aller aux suivants, en 2006, où j'espère terminer parmi les cinq premières. Mais je ne me vois pas passer un jour professionnelle. Je veux avoir un métier. Le patinage ne sera pas toute ma vie.» Elle l'annonce d'une voix étonnamment ferme, comme si l'envie de passer toute son existence chaussée d'une paire de patins lui était déjà insupportable. Et s'en explique avec douceur: «Aujourd'hui, je suis sans doute l'une des seules patineuses de niveau mondial à aller à l'école. Bien sûr, mon entraînement en souffre un peu. J'y consacre seulement une quinzaine d'heures par semaine. Mais je ne pourrais pas en faire plus, je le supporterais mal physiquement.»

A Bülach, ses pas la conduisent quotidiennement à la patinoire, avec un détour vers le lycée, souvent dans la matinée. Sur la glace, elle retrouve sa tante, Eva Fehr, et le Britannique Mark Pepperday. Elle travaille également sa chorégraphie avec l'épouse de son entraîneur, Anita, et avec une danseuse d'origine chinoise, Yen Han. «Sur le plan technique, elle est déjà au niveau des meilleures, assure Eva Fehr. Mais elle a encore besoin d'améliorer son expression et son sens artistique.» L'intéressée confirme d'un hochement de tête. «Je possède dans mon programme les cinq triples sauts, dit-elle. Et il m'arrive de réussir la combinaison de deux triples à l'entraînement.» A 16 ans, la performance inspire le respect. Et pourtant, Sarah Meier n'en est sans doute qu'aux premiers pas.