Le Temps: Vous dites avoir beaucoup mûri depuis Salt Lake City. Est-ce que cela change votre manière d’aborder la compétition? Simon Ammann: C’est difficile à dire, mais c’est une question intéressante. Gagner dans un grand événement est synonyme d’émotions fortes. Quelque chose que je garde toujours à l’esprit quand je pense aux grandes compétitions. Il y a huit ans, le fait d’arriver aux Jeux sans victoire en Coupe du monde m’avait aidé. Gérer cela n’est pas toujours évident pour un athlète en raison des attentes qui forcément accompagnent les succès. En revanche, maintenant que je suis plus vieux, je suis content d’arriver avec un tel bagage. Mes victoires cette saison me rendent fier de concourir ici et je pense que j’ai moins de pression grâce aux souvenirs d’ il y a huit ans.

– Mais est-ce que le fait d’être en tête de la Coupe du monde ne vous met pas justement plus de pression?

– Je suis content de ma situation. J’ai remporté la dernière épreuve de Coupe du monde et suis leader du classement général. Je sais que je dois être bon, que le public a des attentes, mais cela ne me préoccupe pas. Je suis désormais rompu aux grands événements. La recette des JO réunit un certain nombre d’ingrédients qui joue un rôle plus ou moins important. Il faut être serein et à 100% au décollage et pendant le vol. En saut à ski, l’instant est très court. Quand on s’élance sur le tremplin, on sent la tension dans les muscles. On ressent comme une explosion au décollage. C’est l’état dont je vais essayer de me rapprocher au maximum. Pour retrouver la magie d’il y a huit ans.

– Lesquels de vos adversaires redoutez-vous le plus ici?

– Je crois qu’il important de ne pas trop penser aux adversaires. On verra samedi quel est leur potentiel. Certains athlètes montreront déjà à l’entraînement de quoi ils sont capables. Même si je sais qu’il ne faut pas tirer de trop grandes conclusions de ce premier entraînement aujourd’hui (ndlr: mercredi). En ce qui me concerne, j’ai encore une marge de progression, notamment au niveau de l’atterrissage. M’améliorer encore, c’est ça que je vise. Je me réjouissais de ces Jeux olympiques car c’est quelque chose d’unique. Ce sera différent de la Coupe du monde où je me bats pour la première place avec Gregor Schlierenzauer. Ici, n’importe qui peut croire en sa chance. Je dois me concentrer sur moi-même, faire abstraction des autres et de la Coupe du monde. Je sais déjà que ce sera un moment magique pour moi. Mais en saut à ski, le vent peut vite tourner. Certes, on augmente ses chances en arrivant bien préparé, mais cela n’est pas un gage de réussite. Tu peux arriver avec la meilleure des préparations et assister au sacre d’un autre.