Cette fois, l'écurie Ferrari n'a pas fait durer le suspense. La première occasion était la bonne, et, comme souvent, Michael Schumacher n'a pas laissé passer sa chance. Il lui suffisait de marquer trois points de plus que David Coulthard, son seul adversaire encore valide au championnat, hier lors du Grand Prix de Hongrie. Schumacher a fait beaucoup mieux. Il a choisi le panache plutôt que les comptes d'apothicaire. Vainqueur de l'épreuve hongroise, l'Allemand a non seulement égalé le record de 51 victoires détenu par Alain Prost, mais également rejoint l'ex-pilote français au nombre de titres (quatre). Après 77 tours d'un faux suspense, «Schumi» pouvait savourer son triomphe.

Les unes après les autres, les monoplaces qui viennent de terminer le Grand Prix ralentissent au niveau des Ferrari de Michael Schumacher et Rubens Barrichello, qui roulent au ralenti. Certains pilotes regardent vers ce duo, font un geste interrogatif, puis reprennent leur élan. La Jordan-Honda de Jean Alesi s'attarde un peu plus longuement. Le Français a compris que son ami Schumacher venait de remporter son quatrième titre de champion du monde et le félicite à distance, pouce levé. Puis c'est au tour de Ralf Schumacher de glisser sa Williams-BMW sur le flanc de la Ferrari. Il fait comprendre à son grand frère qu'il a terminé quatrième.

Michael Schumacher, lui, termine son tour d'honneur au ralenti. Par radio, il s'adresse aux hommes de son équipe: «Je ne trouve pas les mots. C'est tellement incroyable de travailler avec vous. Je vous aime. Merci!» Quand la Ferrari se gare enfin dans le parc fermé, Ralf est déjà là. En compagnie de Jean Alesi, il aide son frère à sortir de sa monoplace. Beau joueur, David Coulthard (3e) est venu congratuler son vainqueur. Malgré la chaleur accablante et la fatigue de l'effort fourni, Schumacher n'est pas marqué. Debout, les deux bras levés, il salue la foule.

C'est à croire qu'une partie de l'Allemagne s'est déplacée en Hongrie. Les drapeaux allemands et aux couleurs de Ferrari se confondent. Avant de sauter sur le podium, Schumacher retrouve Coulthard pour une accolade plus franche. L'Ecossais ne se faisait guère d'illusions sur ses chances de rattraper Schumacher au championnat. Désormais, le pilote McLaren-Mercedes va même se retrouver à défendre sa place de dauphin face aux assauts de Rubens Barrichello et de Ralf Schumacher. «Franchement, être deuxième au championnat ne me procure aucune émotion particulière, dit-il. Je visais la victoire et rien d'autre.»

Contrairement aux dénouements de ces dernières saisons, Michael Schumacher a donc abrégé le suspense. Pourtant, la course de l'Allemand a failli se terminer avant même le départ. Lorsque, à 13 h 43, sa Ferrari est la dernière à quitter la ligne des stands que les officiels vont fermer à 13 h 45, Michael Schumacher va au-devant d'une belle frayeur. A l'approche d'une chicane, il perd le contrôle de sa monoplace, saute un vibreur et se retrouve à se battre avec son volant dans le gravier. Avec son sang froid habituel, il contrôle la situation, puis revient vers la grille de départ où ses mécaniciens l'attendent. Quand la monoplace s'immobilise à l'emplacement de la pole position, un essaim de fourmis rouges se jette sur la bête. Quelques travaux de carrosserie, mais rien de grave. Le chef mécanicien calme ses troupes. Schumacher un peu penaud se met à l'écart pour parler avec Ross Brawn, le directeur technique de la Scuderia, puis salue l'énorme foule qui scande son nom de l'autre côté du grillage.

A peine la meute lâchée à ses trousses, Michael Schumacher sait qu'il a fait le plus dur. Sur ce circuit tourniquet où il est quasiment impossible de doubler, il s'est propulsé en tête. Mieux, son coéquipier Rubens Barrichello s'est glissé dans son sillage en prenant l'avantage sur David Coulthard. Avec une telle protection, l'Allemand peut voir venir. A partir du dixième tour, il augmente la cadence, preuve que sa monoplace n'a finalement pas souffert de son passage hors de la piste. Les stratèges de l'équipe McLaren comprennent qu'ils ne pourront même pas faire la différence lors des arrêts au stand. Coulthard parvient à s'intercaler entre les deux Ferrari pour la durée de son deuxième relais, mais doit concéder à nouveau cette place après son dernier arrêt. Dans ces conditions seul l'abandon de Michael Schumacher pouvait lui permettre de rester dans la course au titre.

Au bout du compte, comme souvent cette saison, la mécanique italienne n'a pas failli. Et, comme pour mieux marquer la domination de Ferrari, cette fiabilité vaut à la «Scuderia» le titre des constructeurs pour la deuxième année consécutive.