Al'origine, il ne s'agit pas d'un train de mesures visant à briser l'hégémonie de Ferrari et de Michael Schumacher, mais plutôt une série d'idées pour freiner la progression des performances et réduire les coûts en Formule 1. Deux vœux presque illusoires, tant les ingénieurs ont toujours eu la capacité de contourner les contraintes du règlement technique que leur imposait la Fédération internationale de l'automobile (FIA). Quant à économiser l'argent dont les écuries disposent, ce n'est pas vraiment le genre des équipes engagées en Formule 1. D'autant qu'un changement de réglementation s'accompagne toujours de coûteuses études pour mettre sur la piste de nouvelles monoplaces, et que la saison 2005, dont le coup d'envoi a été donné vendredi matin à Melbourne, sera la plus longue de l'histoire avec pas moins de dix-neuf courses au programme.

Un seul train de pneus

Pourtant, tout le monde dans le paddock australien espère que ces changements radicaux auront pour effet de pimenter les courses. Les amateurs de Formule 1, à l'exception peut-être des tifosi, ne veulent plus voir l'Allemand Michael Schumacher et sa Ferrari s'imposer tous les dimanches de course.

Peut-être pour attirer le chaland, le septuple champion du monde assure que le suspense sera au rendez-vous cette année, et que le début de saison sera pénible pour lui et son équipier Rubens Barrichello. Lesquels devront disputer les quatre premières courses du championnat avec la monoplace de la saison 2004, modifiée pour l'adapter au règlement technique 2005. Celui-ci présente trois nouveautés fondamentales: une diminution des appuis aérodynamiques, une restriction dans l'utilisation des moteurs et l'obligation de disputer les qualifications* et toute la course avec un seul train de pneus. Ce dernier point est sans aucun doute le plus spectaculaire et celui qui aura la plus grande influence sur les résultats. Bien sûr, il ne faut pas espérer un bouleversement de la hiérarchie, mais s'attendre à quelques surprises de taille, surtout en fin de course.

Les derniers tours seront délicats pour ceux qui n'auront pas su préserver leurs pneus. Certains ingénieurs pensent que les performances vont chuter radicalement et des pilotes terminer les courses à l'agonie. Si les changements de pneus ne seront plus autorisés, les ravitaillements en essence ne vont pas disparaître pour autant, les réservoirs des F1 ne leur permettant pas de couvrir la totalité d'un Grand Prix (305 kilomètres). Ainsi, la stratégie sera toujours de mise.

Comme les gommes, les moteurs seront soumis à une dure épreuve, puisqu'ils devront être capables de disputer deux week-ends de course, soit environ 1500 kilomètres. En cas de nécessité absolue de changer un moteur, le pilote victime d'une casse mécanique se verra rétrogradé de dix places sur la grille de départ.

Vitesse diminuée

Les techniciens de la FIA ont également essayé de diminuer la vitesse des monoplaces, en réduisant les appuis aérodynamiques qui permettent aux voitures de plaquer au sol dans les virages. Pour se faire, les ailerons avant et arrière ont été surélevés et l'extracteur arrière raccourci dans l'optique de diminuer l'effet de sol. Les aérodynamiciens estiment que 25% des appuis aérodynamiques ont été supprimés, tout en reconnaissant qu'ils sont déjà parvenus, lors des essais hivernaux, à en retrouver une bonne partie par différents artifices. Reste que les monoplaces seront plus délicates à maîtriser et auront tendance à glisser davantage, donc à martyriser leurs pneumatiques. Un cercle vicieux dont seuls les pilotes les plus expérimentés, et surtout les plus doux avec la mécanique, devraient s'affranchir.

Ajoutés aux progrès réalisés par plusieurs équipes, dont McLaren-Mercedes, Renault et BAR-Honda, ces nouveaux paramètres devraient assurer le spectacle lors des premières courses et entretenir le suspense.

Motivation intacte

Hier après-midi, Michael Schumacher a tout de même douché l'enthousiasme de ceux qui le voient chuter de son piédestal en assurant: «A chaque fois que de nouveaux règlements sont apparus, Ferrari – comme les équipes les plus fortes – en a toujours tiré parti. Quant à moi, ma motivation est intacte. J'aime ce que je fais, j'aime gagner. Nous ne remporterons peut-être pas cette première course, mais nous ferons ce qui est nécessaire pour mener à bien notre programme, soit d'être sacrés champions du monde à la fin de la saison.» Voilà la concurrence prévenue.

* La première séance de qualification se déroulera le samedi après-midi, et la seconde, décisive pour la composition de la grille de départ, aura lieu le dimanche matin, avec interdiction d'intervenir sur les voitures jusqu'au début de la course.