Raymond Devos détient le record du monde de la chanson la plus courte: «Se coucher tard, nuit». C'est tout. La télévision, elle, réussit à battre régulièrement le record des soirées sportives les plus longues. Avec les matchs retours des quarts de finale de la Ligue des champions qui commencent ce soir à 20 h 45, une nouvelle performance est annoncée. Les matchs aller se sont tous terminés par des résultats nuls. Si bien qu'on peut espérer, ou craindre, que certains aillent aux prolongations, et peut-être aux tirs au but. Dans ce cas, il faudra attendre jusqu'à 23 h 20 - 23 h 30 pour éteindre la télévision.

Le journal L'Equipe consacrait la semaine dernière un billet de mauvaise humeur à ces soirées tardives. Et titrait par une trouvaille qu'on regrette de ne de pas pouvoir utiliser dans cette page: «Minuit crétin» à côté d'un article intitulé «Est-ce que la télé commande?» Ce jour-là, notre célèbre confrère était particulièrement inspiré. Et en colère. Il citait une banderole vue dans les tribunes du Stade Vélodrome de Marseille: «Horaires de merde». Excusez-les!

Les horaires des matchs ne sont plus fixés en fonction du confort du public. Ils ne sont pas non plus fixés pour ménager le repos des joueurs. Quant à la presse écrite, il lui faut écrire de plus en plus vite, quand c'est encore possible. Le vrai maître du terrain, c'est la télévision qui fixe le coup d'envoi en prime-time après les journaux, après la publicité, la météo, et une nouvelle page de publicité.

Tant que le public est au rendez-vous, tout va bien. La pub se bouscule, les dirigeants des chaînes se frottent les mains, les clubs et les fédérations encaissent. Si l'audience baisse – comme ce fut le cas aux Etats-Unis pour les Jeux de Nagano programmés à l'heure américaine – les amateurs de foot devront se rabattre sur les radios ou aller se coucher tôt et faire preuve d'imagination.