«Moyens que l’on emploie pour faire agir quelqu’un contre son devoir, sa conscience.» Merci Robert. Cette définition, forcément, englobe à elle toute seule une vaste et joyeuse famille: sous vos applaudissements, ladies and gentleman, merci de réserver le plus chaleureux des accueils à la corruption ainsi qu’à ses nombreux enfants, fléau interdynastique dont les racines s’arriment si profond dans la terre qu’on ne voit pas bien comment on l’en éradiquerait un jour, et dont les ramifications sont à ce point vivaces et baladeuses que personne ne semble à l’abri.

Surtout pas le sport roi, monstre aux pieds d’argile, terreau sublime de toutes les dérives, et d’ailleurs, pourquoi s’offusquer lorsque deux éléments aussi naturellement complices que le football et la corruption s’acoquinent? A partir du moment où l’on peut même détourner un coup franc, il est logique de vouloir truquer un match…

Au dernier recensement, une cinquantaine de pays sont touchés de par la planète; au fond, qui serait épargné et pourquoi? Ces jours, l’Italie montre l’exemple, en un sens, puisqu’elle crève un abcès dont on ignore l’ampleur. Plus discrète, la justice espagnole a été alertée fin avril par la ligue nationale, qui suspecte des irrégularités dans sa sacro-sainte Liga. Des arbitres chinois, y compris les «meilleurs», atterrissent en prison. Une récente étude démontre l’étendue du mal dans certains pays de l’Europe de l’Est, où l’on truque un match comme on change de short.

Même des clubs suisses mettent les mains dans le cambouis. Partout, les scandales éclatent. On s’agite, on s’inquiète, on s’indigne. On s’affaire aussi, la FIFA – est-elle la mieux placée? – organise un colloque entre experts à Neuchâtel, un atelier avec Interpol en Finlande… parce qu’il ne faudrait quand même pas que la pieuvre étouffe la poule aux œufs d’or. «Altération de la substance par décomposition.» Merci Robert – il s’agit d’une autre définition pour le mot corruption.

Le football peut-il en crever? A quelques jours d’un Euro en vue duquel piaffent les aficionados et les caisses de l’UEFA, la question peut paraître incongrue. Méfiance quand même. Parce que le jour où on ne pourra plus célébrer la victoire, ni pleurer la défaite sans avoir un vilain doute… En tout cas, le récent Bahreïn-Indonésie, sanctionné par un merveilleux 10-0 alors que les locaux devaient s’imposer par neuf buts d’écart, n’est pas sujet à caution. Chacun a simplement fait selon son devoir, sa conscience, ou du moins l’idée qu’il s’en faisait.