Le groupe d'investisseurs de Lorenzo Sanz contre-attaque. L'ancien président du Real Madrid est convaincu qu'il a été abusé par les opérations financières de Marc Roger pendant son mandat à la tête du Servette FC. Les Espagnols veulent intenter une action en justice à Genève. «Mes clients envisagent de se porter partie civile car ils sont convaincus d'avoir été lésés», explique Denis Mathey, l'avocat de Lorenzo Sanz à Genève. De plus, ajoute-t-il, c'est la manière la plus rapide d'avoir accès à la comptabilité de la société Avenir Football Investissements SA. Cette société, créée et contrôlée par Marc Roger, détenait 57% des actions du club genevois. «Marc Roger, dit l'avocat Denis Mathey, se pose en victime, alors que l'on ne retrouve pour l'instant pas trace des 5 millions de francs qui ont été versés par mes clients dans les comptes du Servette FC.» L'avocat va déposer la lettre au tribunal aujourd'hui.

Pourquoi cette précipitation? Inquiets, les avocats madrilènes ont demandé la semaine dernière un droit de regard sur la comptabilité d'Avenir Football Investissements SA. Ils ont reçu une fin de non- recevoir de la part de Marguerite Fauconnet, l'avocate parisienne de Marc Roger. Piqués au vif, Abel de Montoya (l'avocat) et Pascual Gomez Ortega (l'administrateur financier) sont donc venus de toute urgence à Genève mercredi soir pour discuter de la procédure à suivre avec l'avocat genevois Denis Mathey. Ils sont repartis à Madrid dans la matinée de jeudi.

Lorenzo Sanz affirme avoir bel et bien versé 3,25 millions d'euros (5 millions de francs) sur le compte bancaire d'Avenir Football Investissements SA. Le premier versement de 750 000 euros (1,2 million de francs) a eu lieu le 16 avril 2004 via la banque catalane La Caixa (voir le fac-similé ci-joint). Le dernier versement, de 500 000 euros (775 000 de francs), correspondait à une rallonge; il a été effectué en toute urgence le 31 octobre 2004 pour payer les salaires des joueurs du mois de septembre. Deux autres virements espagnols importants ont eu lieu dans le courant de 2004. Le 10 juin 2004, un million d'euros (1,55 million de francs) a été versé à Avenir Football Investissements SA via la banque valencienne Bancaja. Un autre million d'euros a été viré sur le compte de la société de Marc Roger à la VP Bank (83, Talstrasse, 8023 Zurich). C'était le 30 juillet 2004.

D'après les documents que Le Temps a pu se procurer, Avenir Football Investissements SA gère ces transactions financières à travers la filiale suisse de la banque privée liechtensteinoise VP Bank à Zurich. Tous les montants destinés à la société de Marc Roger ont été déposés sur le compte numéro 10.501.412.012 de la VP Bank. Le problème est que les 5 millions de francs envoyés de Madrid n'apparaissent pas dans la comptabilité du Servette FC, alors que le club genevois aurait dû en être le bénéficiaire final. Ni le «bilan intermédiaire au 31 décembre», ni les comptes d'exploitation du dernier semestre 2004 ne mentionnent la trace de ces transactions financières.

Pourquoi Lorenzo Sanz a-t-il mis de l'argent dans le Servette FC? Avait-il conscience de la fragilité du budget de l'équipe genevoise? Selon les Espagnols, l'ancien président du Real Madrid a été approché par Marc Roger en mars 2004. L'ex-patron du SFC lui a proposé alors de compléter le tour de table en cours de constitution pour la reprise du Servette FC. Il ne manquait plus qu'une souscription de 20% du budget total, soit 8 millions de francs, et Lorenzo Sanz prétend avoir uniquement accepté d'injecter de l'argent afin de permettre à Marc Roger de boucler son tour de table. Un contrat daté du 4 mars 2004 et signé par l'avocate Marguerite Fauconnet pour le compte de Marc Roger stipule que l'ancien président du Real Madrid pourrait se retirer de la société Avenir Football Investissements SA en juin 2005; dans ce cas de figure, Marc Roger devrait lui rembourser l'intégralité de la somme investie dans un délai de six mois.

Jusqu'au mois de novembre 2004, les Espagnols avaient, d'après leurs dires, pleinement confiance en la gestion de Marc Roger. Mais cette confiance a été rompue à la fin de l'automne. A mi-novembre, Lorenzo Sanz et Pascual Gomez Ortega ont pris conscience des difficultés financières et de la mauvaise gestion du club (voir Le Temps du 16 novembre 2004). Ils ont alors voulu changer les méthodes de gestion du club afin de l'amener sur le chemin de la rentabilité. En vain. Estimant que l'argent injecté dans le club ne servait pas à redresser les comptes, ils ont coupé le robinet financier. Puis fut prononcée, en février, la faillite du club. L'arrestation de Marc Roger en début de semaine a précipité la venue des Espagnols à Genève mercredi soir. «Si la procédure montre que les 5 millions de francs ont disparu des comptes d'Avenir Football Investissements SA sans profiter au Servette, nous déposerons une plainte pénale pour abus de confiance et détournements de fonds», explique leur conseil, Denis Mathey.