«Je n'ai jamais participé à une compétition que je ne pensais pas pouvoir gagner», lançait Sebastian Coe, en mai 2004, succédant à Barbara Cassini, femme d'affaires américaine, à la présidence de la candidature de Londres pour l'organisation des Jeux olympiques de 2012.

A seulement quatorze mois d'une improbable victoire, le projet britannique peinait à décoller. Au printemps 2004, la City se qualifiait de justesse pour le vote final de Singapour (qu'elle a finalement remporté mercredi dernier). L'évaluation intermédiaire, alors effectuée par le Comité international olympique (CIO), avait placé la candidature parisienne aux avant-postes, devant celle de Madrid. Londres était à la traîne, et rien n'indiquait qu'elle comblerait son retard. Et pourtant…

Surgit Sebastian Coe, meneur providentiel, volontaire et charismatique qui allait galvaniser la candidature londonienne. Agé de 48 ans, cet athlète, idole d'une génération, compte parmi les plus grands demi-fondeurs de l'histoire de l'athlétisme. A son palmarès, deux titres olympiques, en 1980 et 1984, ainsi que trois records du monde (800 m, 1500 m et mile), détenus pour la première fois simultanément.

Amateur d'art, notamment passionné de jazz, Coe dit consommer quatre à cinq livres par semaine. Tête bien faite et diplômé universitaire en histoire de l'économie, ce champion charismatique jouit d'une inestimable popularité auprès des barons de l'olympisme. «Tous les membres du CIO le connaissent», affirme John Goodboy, journaliste au Times. Dans les années 80, Coe préside la commission des athlètes au Comité international olympique. En 1991, s'adressant aux membres du CIO, il pointe du doigt le problème du dopage, ce qu'aucun athlète n'avait fait avant lui. Un acte valeureux qui achèvera d'asseoir sa réputation de gentleman, propre et honnête. Avant qu'il n'entre en politique sous le label conservateur.

Anoblit par la reine en l'an 2000, ce «winner» patenté, membre du conseil de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), connaît fort bien le CIO, dont il sait démonter les subtils rouages. Dans son édition de jeudi, le tabloïde britannique The Sun rapporte un pronostique de Lord Coe adressé à William Hague (ancien leader conservateur, dont l'ex-athlète fut l'éminence grise, jusqu'à la vague travailliste incarnée par Tony Blair): avant le vote de Singapour, Sebastian Coe aurait prédit que Londres récolterait 22 voix au terme du premier tour. Bingo! Les stratèges parisiens qui tablaient sur 30 voix pour leur candidature en récolteront 21…

Souvent taxé d'individualisme, le meneur anglais, animé d'une volonté sans faille, a pour habitude de réussir dans tout ce qu'il entreprend, des commentaires sportifs dont il gratifie la BBC jusqu'à son brillant oral, mercredi dernier, devant le CIO. En présentant «sa» candidature de manière très personnelle, mettant en jeu sa propre crédibilité, Sebastian Coe a su captiver son auditoire, selon les observateurs présents dans la salle. Une victoire au finish, acquise aux dépens du lièvre parisien. «Seb est quelqu'un qui connaît le timing d'une course. Il en a gagné beaucoup dans les 300 derniers mètres», rappelait, il y a quelques semaines, Mike Lee, directeur de la communication de Londres 2012, non sans ironie.

Après le vote, fatal à Paris, l'hommage était unanime: «Il a été notre atout numéro un», estimait Daley Thompson, double champion olympique du décathlon (1980-1984). Les gens du CIO le connaissent. Ils lui font confiance. Son discours a eu une portée exceptionnelle aujourd'hui (ndlr: mercredi)». «Sebastian est le chef qu'il nous fallait», lançait David Beckham, à l'unisson de Colin Jackson, ancien champion du monde et médaillé d'argent du 110 mètres haies aux Jeux de Séoul de 1988: «Notre force était d'avoir ce grand leader. Je croise les doigts pour qu'il devienne désormais le patron du comité d'organisation.»