Coupe de Suisse

Sébastien Fournier, droit comme «Piquet»

Fidèle serviteur de son club, le Valaisan a accepté d’entraîner le FC Sion pour sa quatorzième finale jeudi contre le FC Bâle. Un pari risqué. Mais sur le terrain comme sur le banc, Sébastien Fournier n’a jamais été du genre à se cacher

Un cadeau empoisonné. Ce jeudi, Sébastien Fournier conduira onze joueurs du FC Sion et près de 20 000 supporters valaisans en finale de la Coupe de Suisse, à Genève, contre le FC Bâle. Revanchards après l’humiliation subie en 2015 contre ces mêmes Sédunois, les Bâlois sont grands favoris. Comme à chaque fois, Sion n'a pas le droit de perdre. Après treize trophées, son invincibilité record définit l'identité du club.

Le mois dernier, pour déjouer les pronostics et faire vivre la légende, le président Christian Constantin a retiré l’équipe à l’entraîneur Peter Zeidler. Pour la confier à son directeur de la formation, Sébastien Fournier, dit «Piquet» parce qu’il n’était pas bien épais à ses débuts. Depuis, le Nendard s’est fait le cuir. «Sébastien n’a peur de rien et il sait tout ce qu’une finale de Coupe représente pour les Valaisans», apprécie Christian Constantin.

La Coupe en Valais, c’est l’affaire de tout le canton et personne n’a le droit de se cacher

Pour beaucoup, il fallait être fou pour accepter ce défi. Sébastien Fournier pense exactement le contraire: «C'était un rêve et il fallait être fou pour refuser!» De sa voix un peu usée qui respire la simplicité, il mesure sa responsabilité et avoue «une saine anxiété». Mais il s’affranchit très vite de son cas personnel: «La Coupe en Valais, c’est l’affaire de tout le canton et personne n’a le droit de se cacher.»

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Depuis sa prise en main, il martèle que «pour vivre les émotions du football, il faut du travail et de l’humilité». Pour le capitaine Reto Ziegler, «c’est un Valaisan pur-sang, bouillant et touchant, qui sait transmettre ses valeurs et sa volonté». Joaquim Adao portait déjà le maillot du FC Sion en 2012, quand Sébastien Fournier entraînait les Valaisans pour la première fois. Un peu gêné, il sourit: «Il est moins rageur, plus calme et plus serein qu’auparavant.»

Le clash de 2012

Comme souvent en Valais, le premier mandat du technicien avait tourné court. Huit matches. Placé face aux journalistes après une altercation dans les vestiaires, Sébastien Fournier avait lâché publiquement trois de ses joueurs, coupables d’une virée nocturne à deux jours du match. La rupture avec le groupe était consommée et Christian Constantin tranchait dans le vif le soir où Sion perdait la première place du classement. «Piquet» retournera entraîner Servette où les problèmes sont d’une autre nature.

Sébastien Fournier conserve un souvenir intense de sa première expérience sur le banc du FC Sion: «J’y avais mis toute mon énergie». Il retient l'importance du soutien populaire. Pour la première fois depuis quinze ans, le stade de Tourbillon affichait complet. Avec le champion du monde italien Gennaro Gattuso, Sion remportait cinq de ses six premières rencontres.

Pour le milieu de terrain Didier Crettenand, «Sébastien avait su créer un esprit d’équipe» et «son organisation défensive était rigoureuse». Après une hésitation, il ajoute: «Il était sans pitié avec ceux qui ne mouillaient pas le maillot». Avec le recul, Sébastien Fournier ne transige toujours pas: «Ces trois joueurs avaient trahi des valeurs avec lesquelles on n’a pas le droit de jouer».

Sans frein et sans filtre

Journaliste au Nouvelliste et suiveur du FC Sion depuis près de 30 ans, Stéphane Fournier se souvient d’un jeune joueur qui parcourait les routes de montagne à vélomoteur pour se rendre à l’entraînement. Il raconte un homme fidèle, qui n’a jamais vraiment changé, et qui a parfois payé pour sa franchise: «Dans tout ce qu’il fait, il met tout son engagement et toute son intensité, sans frein et sans filtre.»

Sélectionné 40 fois en équipe de Suisse, «Piquet» a tenté une expérience à l’étranger après l’Euro en Angleterre. En 1997, il remporte la Coupe d’Allemagne avec le Stuttgart de Joachim Löw: «Je n’ai jamais autant appris.» Il rentre pourtant en Suisse, à Genève, après une unique saison. «J’aurais pu m’imposer en Bundesliga, mais j’ai choisi d’écouter ma famille». Malgré la rivalité qui déchire ses deux clubs de cœur, le Valaisan travaillera quatorze ans pour Servette: «Les extrêmes s’attirent.»

Directeur sportif, préparateur physique, homme a tout faire: il a été coach de presque toutes les équipes et même vice-président d’un club sans le sou. Parfois, il conduisait le bus ou il massait les joueurs. «Sur le terrain ou dans les coulisses, il a longtemps été la locomotive du club», témoigne Lionel Pizzinat, actuel team manager des Grenats.

Il grattait des ballons partout, sans jamais tricher ni calculer ses efforts, au risque de se disperser

Après avoir joué avec lui en équipe nationale, à Sion et à Genève, Johann Lonfat décrit un «leader de vestiaire», un «crocheur» qui «râlait sur les arbitres et aboyait sur ses coéquipiers». Travailleur infatigable, «il grattait des ballons partout, sans jamais tricher ni calculer ses efforts, au risque de se disperser». Il sourit: «Sur le terrain, j’allais là où il n’allait pas.»

En 1999, Servette est champion pour la dernière fois. Les Genevois fêtent leur titre en Valais, dans le chalet des Fournier. «Piquet» a joué les six derniers mois sous piqûres. Ce sacrifice écourtera sa carrière. Il ne le regrette pas vraiment mais se reconnaît les défauts de ses qualités: «J’ai parfois souffert de ma fierté mal placée». Ce jeudi, elle offrira peut-être une quatorzième étoile aux Valaisans.

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