«Tous ensemble, tous ensemble, eh, eh.» Paris-Bercy, 19 heures vendredi soir. Les supporters français pavoisent: Sébastien Grosjean vient de corriger un bien pâle Evgueni Kafelnikov en trois petits sets (7-6, 6-3, 6-0) et un peu plus de deux heures de jeu. La coupe au bol en bataille, le Russe a le regard des mauvais jours. En face, le point levé vers le ciel, «Seb» savoure. Sur son banc, Guy Forget, le capitaine français, respire. Car après le revers logique du néophyte Paul-Henri Mathieu face à Marat Safin en début d'après-midi (6-4, 3-6, 6-1, 6-4), une nouvelle défaite était interdite sur l'ocre parisienne. Sous peine de voir s'éloigner la perspective de conserver la Coupe Davis, conquise de haute lutte l'an dernier en Australie.

Tout un peuple voulait le voir gagner, il n'a pas su répondre à cette attente. Mais qu'importe. Paul-Henri Mathieu n'était pas trop déçu après sa défaite. Il avait conscience d'avoir tout donné. «Ça s'est joué sur des détails, glissait-il, avant d'insister sur la difficulté du challenge qui lui était proposé. Je ne suis pas passé à côté de mon sujet, Safin a très bien joué. Et puis j'ai moins de matchs dans les jambes que lui, je manque de compétition.» A cause d'une blessure tenace aux abdominaux, «PH» n'avait plus joué de rencontre officielle depuis le 13 octobre dernier. Il n'a dû sa titularisation qu'à la franchise d'Arnaud Clément, qui a confié mercredi soir à Guy Forget qu'il ne se sentait pas à 100% de ses possibilités en raison d'une douleur récurrente au poignet. Des paramètres qui n'ont pas suffi à déstabiliser l'Alsacien, 20 ans, qui disputait hier sa première rencontre de Coupe Davis. «Je ne me suis pas senti fébrile. Safin a été meilleur, c'est tout.»

Le grand Moscovite a livré un match solide, malgré de nombreuses fautes directes qui auraient pu lui coûter cher dans le 4e set, où il manquait sa première balle de match sur une double faute. «J'ai eu quelques problèmes de concentration, reconnaissait-il après le match. J'étais nerveux, mais c'est normal. On ne joue pas une finale de Coupe Davis tous les jours.» Le numéro 3 mondial rendait ensuite hommage à son adversaire, «un joueur qui a un grand avenir devant lui». Et qui pourrait poser bien des problèmes à Kafelnikov dès dimanche…

Ce dernier devra se reprendre dès samedi, lors du double, s'il n'entend pas voir filer sa troisième finale de Coupe Davis, lui qui faisait partie de l'équipe russe défaite en finale en 1994 et 1995. «C'était un match à sens unique, déclarait l'ami intime de l'ancien président Boris Eltsine, le regard terne. J'ai fait beaucoup trop d'erreurs pour espérer mettre Grosjean en danger.» Devant son public, le numéro 1 français a réussi un match plein, offrant un tennis de haut niveau aux 14 000 spectateurs de Paris-Bercy. Et ce malgré la liquéfaction progressive de son adversaire. «Le score est logique, analysait Guy Forget. Sébastien a joué de mieux en mieux, Evgueni de pire en pire.» Toutes les pensées du Vaudois d'adoption se projetaient déjà sur le double importantissime de samedi. «Ce sera très dur, soulignait-il. Mais je pense que Fabrice Santoro et Nicolas Escudé ont un petit avantage sur la paire Safin/Kafelnikov. Ils ont un excellent «feeling» en double, savent bien servir, bien retourner et gagner les points importants.»

Les Russes ne se sont pas risqués sur le terrain glissant des pronostics. Avant le deuxième match, Safin se montrait confiant pour l'échéance de ce samedi, «surtout si Evgueni devait s'imposer face à Grosjean». Sa défaite consommée, Kafelnikov, quant à lui, faisait son possible pour rester conquérant. «Je n'ai joué qu'en trois sets aujourd'hui, je ne serai donc pas fatigué pour le double.»