Automobilisme

Sébastien Loeb: «Au Dakar, l’éventail des erreurs possibles est très large»

Le Français, neuf fois champion du monde en rallye WRC, vise une première victoire dans le plus célèbre des rallye-raids. Avant le départ samedi à Lima, il parle de ses multiples casquettes de pilote

Sébastien Loeb prendra samedi 6 janvier à Lima le départ de la 40e édition du Dakar, le rallye-raid le plus célèbre du monde. Ce sera la troisième participation pour le pilote le plus titré du sport automobile (neuf titres mondiaux en rallye WRC). L’Alsacien de Prangins, toujours secondé par le navigateur Daniel Elena, vise la victoire au volant de sa Peugeot 3008 DKR Maxi, après avoir fini deuxième en 2017 derrière l’intouchable Stéphane Peterhansel, installé lui à Crans-Montana. Une sorte de championnat de Suisse le long de la cordillère des Andes, entre le Pérou, la Bolivie et l’Argentine (arrivée le 20 janvier à Cordoba).

Le Temps: Comment prépare-t-on une compétition de presque 9000 km en 14 jours, sans pouvoir faire la reconnaissance préalable du parcours?

Sébastien Loeb: C’est effectivement très différent d’un rallye du WRC, où l’on connaît à peu près, grâce aux deux reconnaissances, le terrain de jeu. Pour le Dakar, nous nous sommes entraînés au Maroc et aux Etats-Unis, à la recherche de feeling avec la voiture et la navigation, car sur le Dakar les parcours sont dévoilés seulement la veille pour le lendemain. Au niveau physique, pas de préparation particulière, mais il faut quand même garder une bonne forme. On a simulé les conditions d’altitude avec une tente spéciale. Cette année il y aura cinq étapes au-dessus de 3000 mètres.

– Quelle différence avez-vous apportée avec votre constructeur sur la 3008 DKR Maxi?

– C’est une voiture un peu plus large, qui sera donc plus stable mais qui aura peut-être de petits problèmes sur les spéciales plus étroites. Par contre, le règlement impose une balance de performance par rapport aux autres marques participantes. Comme Peugeot a gagné l’année dernière, nous partons avec un handicap. La voiture sera plus lourde que les autres et je crois qu’en termes de performance pure, on va le payer contre Toyota.

– Et concernant la navigation?

– Il y a trois ans, quand on s’est présenté à notre premier Dakar, tout était neuf pour nous. Maintenant on a de l’expérience. On a bien travaillé pour progresser de ce point de vue.

– Stéphane Peterhansel est à la fois votre coéquipier chez Peugeot et votre rival pour la victoire. Partagez-vous vos données?

– Oui, tout est partagé. On peut savoir, si on le souhaite, avec quel set up partent les autres voitures, avec quels pneus. Entre nous il n’y a pas de secrets. Même au niveau de la navigation. Après, quand on est en spéciale, nous sommes des adversaires, bien sûr!

– Que craignez-vous le plus sur une compétition comme le Dakar: la chaleur, l’ennui mécanique, l’altitude…?

– L’éventail des erreurs que l’on peut commettre est très large. Une petite faute de pilotage peut coûter des minutes, de même qu’une erreur de navigation. Les aléas dans cette course sont difficiles à maîtriser. L’année dernière, on a perdu 26 minutes pour un problème mécanique le quatrième jour. On a cravaché pendant le reste de la compétition pour finalement finir deuxième à 5 minutes.

– 2018 sera une année très chargée pour vous. Après le Dakar, le Championnat du monde de rallycross et aussi des apparitions dans votre bien-aimé WRC.

– Tout à fait. Peugeot mise tout sur le rallycross, une discipline très intense où l’on dispute des manches très courtes à côté de ses adversaires. En ce qui concerne le WRC, je participerai à trois épreuves: le rallye du Mexique, le Tour de Corse et le rallye d’Espagne. Citroën me l’a demandé et j’ai accepté avec grand plaisir. Cependant, c’est un peu à double tranchant, car cela fait désormais cinq ans que je ne cours plus en WRC. Daniel et moi sommes contents de pouvoir le faire mais ça va être un beau challenge d’arriver au niveau des autres. Il ne faut pas s’emballer trop vite.

– Vous restez donc fidèle aux marques du groupe PSA, dont on évoque le retrait du rallye-raid en fin de saison. Pourriez-vous courir le Dakar 2019 pour un autre constructeur?

– Pour l’instant je reste avec Peugeot sur le rallycross et je fais abstraction du reste. Je crois que même si une autre marque venait me proposer quelque chose, cela serait difficile de courir pour deux constructeurs. En effet le pilote représente la marque pour laquelle il court.

– Vous ne pensez jamais à la possibilité de gagner un dixième titre dans le WRC?

– Ce n’est pas en courant trois épreuves que je vais gagner le titre! Non, si j’avais voulu rester en WRC, j’aurais pu le faire. C’était un choix et je ne le regrette pas. Le dixième titre mondial, je peux le gagner en rallycross. D’ailleurs notre voiture cette année a été bien développée et on devrait se rapprocher des prestations de Volkswagen qui étaient supérieures aux nôtres en 2017.

– Que vous apporte le rallycross de plus que le WRC?

– L’intensité des courses est inégalable. On sait que tout peut se jouer au premier virage. Doubler est souvent difficile, voire impossible. En plus, comme le terrain de compétition est un circuit, le public peut profiter du spectacle; c’est assez excitant.

– Vous êtes un touche-à-tout: WRC, 24 Heures du Mans, WTCC, rallycross, Dakar. Avec quelle voiture vous êtes-vous senti le plus «à la limite»?

– Cela dépend de ce que l’on entend par «limite». Si on parle d’amener la voiture au maximum de ses possibilités, c’est sans aucun doute sur la piste qu’il y a le moins de marge. Il faut être au centimètre près au freinage, et au kilomètre près pour la vitesse. Le fait de tourner sur le même circuit, que l’on connaît par cœur, permet d’approcher progressivement de la limite.

De ce point de vue, on est très loin du Dakar, où l’on se retrouve parfois devant une butte à devoir freiner simplement parce qu’on ne sait pas ce qu’il y a derrière. Si l’on parle maintenant de limite en termes de sensations de pilotage, alors rien qui égale le WRC. Quand vous êtes sur une route large de deux mètres à 180 km/h avec des arbres des deux côtés, les sensations sont bien différentes de celles qu’on peut ressentir sur un circuit, certes à plus de 200 km/h, mais sur une piste de 30 mètres de large avec des espaces de dégagement en gravier.

– L’une des rares disciplines que vous n’avez pas pratiquées est la F1. Avez-vous un petit regret à ce sujet?

– Pas du tout. Je suis très content d’avoir pu essayer, dans une séance officielle, la Red Bull, mais pour piloter en F1 il faut être très spécialisé.

– Une fois votre carrière de pilote terminée, et ce moment semble être encore loin, allez-vous vous consacrer à votre écurie?

– C’est une possibilité, oui. On l’a créée avec mon associé pour faire en sorte de rester dans le monde des courses. Le but est aussi d’aider les pilotes qui vont vite, et non pas ceux qui ont de l’argent. Les choses marchent plutôt bien mais c’est vraiment compliqué de trouver des budgets pour boucler les saisons.

– Plus qu’à votre époque?

– Les constructeurs ne sont plus très chauds pour investir dans les jeunes pilotes. Du coup il faut les accompagner plus loin dans leur carrière. Moi, après trois ans d’activité, Citroën est venu me chercher. Les temps sont différents.

– Dans votre jeunesse, vous étiez un bon gymnaste. Avez-vous encore le temps de pratiquer du sport en loisir?

– Maintenant c’est ma fille de 10 ans qui fait de la gymnastique. Je l’accompagne quand je suis à la maison. Sinon je fais du ski, un peu d’escalade et après, pas mal de sports mécaniques comme l’enduro et le karting.


LEXIQUE

WRC

Rallye sur routes ou chemins privés (en terre, asphalte ou neige), par succession de tronçons chronométrés. Les voitures partent les unes après les autres

Rallye-raid

Les étapes sont plus longues, sur des parcours souvent hors piste nécessitant que le copilote soit aussi un navigateur

Rallycross

Course en ligne en plusieurs manches sur circuit fermé (en terre et asphalte). Les voitures sont un peu plus puissantes qu’en WRC

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