«Franchement, je n'ose pas vous dire combien il pesait lors de son triomphe à Salt Lake (ndlr: aux Jeux olympiques de 2002), esquive Sylvain Freiholz, ancien sauteur à skis fribourgeois et ami de Simon Ammann. Si vous trouvez un poids officiel, le chiffre sera très au-dessus de la vérité.»

L'air de rien, cette petite phrase illustre à quel point la discipline a évolué depuis l'introduction, en 2003, d'un indice de masse corporelle - mesure contre l'anorexie. «Simon n'est plus du tout le même athlète, explique Marc Wälti, chef de la communication chez Swiss-Ski. Depuis 2002, il a gagné près de huit kilos (ndlr: Ammann pèse aujourd'hui 55kg pour 1,72m).»

Cette métamorphose imposée aura durablement perturbé le champion saint-gallois, contraint de revoir sa technique. «Il a eu énormément de mal à s'adapter, confie Marc Wälti. Ce fut d'ailleurs le cas pour beaucoup de concurrents. Le nouveau règlement a bouleversé les habitudes, les gestes ne sont plus les mêmes. Le matériel, aussi, a évolué.»

Entretenue par une pression accrue, la période creuse de «Simi» aura finalement duré une Olympiade. Quatre ans dans l'ombre, après un double sacre retentissant aux Jeux de Salt Lake City en 2002, à l'âge de 20 ans. L'exploit, si inattendu, avait fait naître des attentes démesurées parmi le public.

«Pour Simon, ce statut de champion olympique était devenu un fardeau», confirme Sylvain Freiholz, retiré de la compétition depuis quatre ans. L'échec du Saint-Gallois aux Jeux de Turin, l'hiver dernier, aura permis de tourner la page. Enfin libéré, Ammann avait aussitôt amorcé son retour aux avant-postes. Après son sacre mondial sur le grand tremplin de Sapporo, samedi passé, il s'est dit prêt pour un éventuel doublé lors du concours au petit tremplin, aujourd'hui en fin de matinée (heure suisse).

«Simon a désormais les armes pour gagner sur tous les types de tremplin, affirme Sylvain Freiholz. Il n'en a pas toujours été ainsi, loin de là. A Salt Lake, il développait très peu de puissance au moment de l'impulsion. Simon s'était imposé en volant un mètre plus bas que ses rivaux...» Et le Fribourgeois de souligner l'importance du contexte: «Chaque tremplin a son rythme, sa physionomie propre. D'un site à l'autre, le rayon, la vitesse ou la longueur de la table diffèrent sensiblement.

Il y a un autre paramètre très important: l'altitude.» Habituellement, les athlètes sautent à environ 1000 mètres. Paradoxalement, le tremplin de Salt Lake, perché à 2400 mètres, et celui de Sapporo, situé au niveau de la mer, constituent des extrêmes opposés, poursuit le Fribourgeois. Aux Etats-Unis, il s'agissait de composer avec une portance extrêmement faible; les athlètes avaient l'impression de tomber. Tout le contraire du site japonais, très apprécié des compétiteurs. Le fait que Simon se soit imposé dans deux environnements si différents démontre combien il a progressé. Je suis très optimiste pour aujourd'hui. Simon adore voler, et le tremplin de Sapporo s'y prête merveilleusement.»

L'inconstance, vieux démon du Saint-Gallois, ne serait plus à l'ordre du jour: «Il n'est pas plus irrégulier que les autres concurrents», coupe Sylvain Freiholz. Sur le circuit, je ne vois que deux métronomes: Janne Ahonen et Adam Malysz. Et encore, eux aussi connaissent des périodes creuses. Vous savez, ce sport est vraiment atypique. Les compétiteurs sont sur le fil du rasoir; tout se joue en l'espace d'un dixième de seconde, au moment de l'impulsion à la sortie du tremplin. Il faut trouver le bon timing et le dosage adéquat entre agressivité et relâchement.»

C'est à cette approche rigoureuse que le duo Ammann/Küttel s'exerce depuis sept ans sous la conduite de Berni Schödler. «Simon récolte les fruits d'un entraînement personnalisé (ndlr: une spécificité de l'équipe helvétique, qui dispose d'un contingent réduit), entièrement adapté à sa technique et à sa morphologie.» Au cours de l'année écoulée, la force motrice d'Ammann a ainsi augmenté de près de 10%, sans augmentation de poids. Ces avancées ont permis de tonifier l'élan et l'envol sur la planche, autrefois le point faible du Saint-Gallois. «Et puis, ajoute Sylvain Freiholz, il y a de l'amitié, du respect et de la reconnaissance entre les membres du trio. Cela contribue aux bons résultats.»

Sur le plan mental, l'enfant du Toggenburg semble également avoir passé un cap. Depuis la fin de 2006, il se dispense du soutien de son psychologue du sport, lequel avait commencé à le suivre en 2001. «Cet encadrement lui a été très bénéfique, surtout après son exploit aux Jeux olympiques», confie Syvain Freiholz. Désormais pleinement autonome, Simon Ammann irradie d'une confiance totalement retrouvée. On le dit plus solide que jamais.