Tous les randonneurs en ont forcément croisé durant leur été à arpenter les routes d’alpage et les sentiers caillouteux. Depuis quelques années, nombreux sont les adeptes du VTT à faire le choix – ponctuel ou définitif – d’un modèle électrique, qui se reconnaît à son moteur, plus ou moins imposant, arrimé au cadre. Est-ce vraiment encore du sport? se demande le marcheur en voyant le cycliste avaler son dénivelé positif sans rien en laisser paraître, ou presque.

Johannes Hartmann se marre. «Si c’est du sport? Bien sûr! Pour s’en convaincre, il suffit d’essayer! Le bon athlète va se pousser encore plus loin dans le rouge avec un e-VTT parce qu’il sait qu’en cas de coup de mou, il peut compter sur l’assistance du moteur. Quant au cycliste du dimanche, ce genre de modèles lui permet tout simplement d’aller dans des endroits qu’il n’aurait pas atteints sur un vélo classique.»

Le directeur commercial de Tandem, qui compte des enseignes à Lausanne et Vevey, constate au quotidien que l’argument fait mouche auprès d’un nombre croissant de cyclistes. Et les chiffres du marché montrent que cela ne tient pas qu’à la force de vente de ses propres équipes, mais à une véritable tendance de fond. Il se vend en Suisse toujours plus de cycles, dont une part toujours plus importante de modèles électriques, parmi lesquels figurent toujours plus de mountain bikes. En 2017 se sont écoulés quelque 340 000 vélos, dont un tiers d'e-bikes, dont un tiers d'e-MTB.

Un reportage en milieu urbain: A Copenhague, le culte du vélo

Des bornes gratuites

«Depuis quatre ans, le marché du vélo électrique affiche une croissance annuelle de 25% en Suisse, souligne Johannes Hartmann. Rien n’indique qu’elle va se tasser: à Lausanne, 2% seulement des ménages possèdent un modèle.» C’est dire s’il reste des clients potentiels à conquérir, surtout dans le sous-secteur du «tout-terrain», que l’industrie exploite efficacement depuis moins de dix ans.

Cette perspective n’agite pas seulement les magasins spécialisés. Les responsables de la promotion des régions de montagne sont en train de réaliser que, avec la popularisation des VTT équipés de moteurs, les sentiers alpins dédiés vont devenir accessibles à une plus grande proportion de visiteurs. En pleine réflexion sur le développement d’un tourisme «quatre saisons» équilibré, ce n’est pas négligeable. C’est ainsi que les autorités de Bagnes ont fait installer, parsemées le long de ses 230 kilomètres de pistes d'«enduro» (qui mêlent des éléments de descente et de cross-country), dix bornes qui permettent de recharger sa batterie gratuitement.

En Suisse romande, la troisième plus grande commune du pays par sa superficie est en train de se profiler pour profiter à plein de la tendance. Elle sait déjà que la demande existe sur ses terres – une enquête réalisée auprès des commerçants locaux montre que 50% des VTT loués sont aujourd’hui équipés d’un moteur – alors elle entend développer l’offre.

C’est ainsi que Verbier accueillera en 2019 la première édition d’un festival entièrement dédié à l’e-mountain bike, avec cinq jours d’exposition et de tests de dizaines de modèles, d’initiation et d'«épreuves» en tous genres, de la plus récréative (une balade gourmande) à la plus sportive (une boucle chronométrée de 300 kilomètres à parcourir en trois jours), en passant par de nombreuses solutions intermédiaires. «A Verbier, station située à 1500 mètres d’altitude, nous avons certaines garanties au niveau de l’enneigement, et l’hiver représente 70 à 75% de ce que nous réalisons chaque année, commente le directeur de l’office du tourisme, Joël Sciboz. Mais nous devons augmenter la part estivale et nous espérons que cet événement y participera.»

Lire aussi: Le Valais se voit en Mecque du vélo

Du freeride à l'e-bike

Le festival se tiendra du 14 au 18 août 2019 et sera proposé par les organisateurs du Freeride World Tour. Vingt-trois ans après avoir inscrit en gras le nom de Verbier sur la mappemonde du ski freestyle, Nicolas Hale-Woods et son équipe doivent tâcher de récidiver avec l'e-mountain bike. «Pour moi, nous sommes en train d’assister à une révolution, souligne le directeur. Il y a encore une année, je voyais le VTT électrique comme un moyen de pédaler pour les gens peu sportifs, mais je me trompais. Il s’agit vraiment d’une nouveauté qui ouvre de nouveaux horizons à tout le monde. Je pense que l'e-bike va équilibrer les saisons touristiques dans les stations de montagne.»

A neuf mois de la première édition, «tous les détails ne sont pas encore réglés», mais Nicolas Hale-Woods a de la suite dans les idées. En 2019, il espère que 2500 personnes se déplaceront à Verbier pour le festival, puis qu’elles seront 10 000 à l’horizon 2023. Et si tout cela fonctionne comme prévu, l’événement pourrait être décliné à l’international. Sur le modèle du Freeride World Tour, qui a essaimé petit à petit après le succès rapidement rencontré par l’Xtreme de Verbier. En 2019, les meilleurs skieurs et snowboardeurs du monde s’affronteront entre janvier et mars lors de cinq événements sur trois continents différents. Pour l'e-mountain bike, cela représente le sentier à suivre.