«Il était évident que tout dépendrait de la condition de Lance Armstrong. Quand il est au top, il est très difficile de rivaliser avec lui lors d'une arrivée au sommet. Nous ne sommes ni totalement déçus, ni vraiment contents.» Directeur sportif de la formation Bianchi, Alain Gallopin hésite. Lorsqu'on lui demande de faire les comptes dans le brouillard de Luz-Ardiden, le Français se montre indécis, tant il est compliqué d'y voir clair.

Faut-il se réjouir d'avoir limité la casse – «Il y a deux ans, j'aurais pris trois minutes», admet Jan Ullrich – ou râler de voir l'Américain reprendre quelque peu ses aises au classement général alors qu'on le sentait défaillir la veille encore? Gallopin ne sait pas que penser et il n'est pas le seul. Une minute et sept secondes de retard, c'est à la fois peu et beaucoup dans l'optique du contre-la-montre de samedi prochain (49 kilomètres entre Pornic et Nantes).

Si l'on part du principe qu'Ullrich peut rééditer sa performance de Cap'Découverte, où il avait pris 1'36'' à Armstrong sur 47 kilomètres, le coup paraît jouable pour l'Allemand. «Cela ne sert à rien de se perdre en calculs d'épicier, reprend Gallopin. Entre la chaleur, le vent et la forme du jour, il y a trop d'inconnues.» Celui qui était soigneur de Laurent Fignon en 1989, année où ce dernier a perdu le Tour pour huit secondes le dernier jour à Paris, en a vu d'autres.

Jan Ullrich aussi, des vertes et des pas mûres, raison pour laquelle il est déjà satisfait d'en être où il en est. «Il y a deux mois, j'aurais signé les yeux fermés pour me retrouver dans une telle situation, explique l'Allemand. J'estime qu'il est normal d'avoir attendu Armstrong après sa chute et je ne me prends pas la tête pour savoir si j'ai fait une erreur en attaquant dans le Tourmalet. Qui ne tente rien n'a rien. Quant à la suite, je peux vous dire que ce Tour n'est pas terminé.» Voici un point sur lequel les deux protagonistes sont bien d'accord.