«J’ai resté conzentré, focus.» Devant les micros des médias qui se tendent au-dessus de la barrière de la zone mixte, Seny Dieng raconte son match. Le supposé «maillon faible» a été l’une des rares satisfactions des débuts poussifs du Sénégal dans la Coupe d’Afrique des nations (CAN), péniblement vainqueur du Zimbabwe lundi à Bafoussam, grâce à un penalty de Sadio Mané dans le temps additionnel (1-0).

La star de Liverpool a joué le rôle attendu du sauveur. Propre sur sa ligne et rassurant dans ses sorties, Seny Dieng a échappé également aux critiques, et c’est plus inattendu. Troisième gardien des Lions de la Teranga, il n’a été titularisé qu’en raison des contrôles positifs au covid du titulaire Edouard Mendy, «keeper» de Chelsea et fierté nationale, et d’Alfred Gomis, qui lui a succédé au Stade Rennais. Peu connaissaient le numéro 3, une seule sélection avant cela en mars 2021 à Thiès contre Eswatini (ex-Swaziland). Le journal dakarois Le Quotidien l’a même qualifié de «trouvaille». Alors Seny Timothy Dieng raconte. Dans un français marqué par un fort accent suisse-allemand.

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Seny Dieng est né à Zurich le 23 novembre 1994 d’un père sénégalais et d’une mère suisse. Double national, il est l’un des trois Suisses de cette CAN avec le Genevois de Xamax Dylan Tavares, sélectionné avec le Cap-Vert, et le Zurichois Sady Janko, international gambien. Il a débuté le foot à Wiedikon, a joué dans des clubs de quartier comme Young Fellows Juventus et Red Star (où il se fixa comme gardien de but), avant d’être repéré par Grasshopper à 16 ans. Trois ans plus tard, il se fait une place comme troisième gardien (déjà) de l’effectif professionnel, derrière Roman Bürki et Davide Taini.

Coup de pouce du destin

Seny Dieng a beaucoup de qualités mais pas la patience. En février 2016, il quitte GC, où il a cumulé une vingtaine de présences sur le banc mais aucune minute en pros, pour signer à Duisbourg, en deuxième Bundesliga. Quatre mois plus tard, le club est relégué. Lui ne joue de toute façon qu’avec la réserve. Il veut partir, et obtient de faire un test à Rochdale, club de troisième division anglaise. Cela ressemble à un début d’enterrement de carrière mais son destin bascule. Il est repéré par un scout de Queens Park Rangers lors d’un match de préparation avec Rochdale, et Duisbourg le vend finalement à QPR.

Dieng entame alors une série de prêts aux allures de parcours initiatique au football anglais, visitant Stevenage (quatrième division anglaise), Dundee (Premier League écossaise) puis Doncaster (League One, troisième division anglaise), où il devient enfin titulaire. «Le coach Darren Moore m’a enfin donné la confiance dont j’avais besoin. Je ne risquais plus ma place à la moindre erreur et j’ai fait de gros progrès», expliquait-il l’an dernier à Peter Birrer de la Linth-Zeitung. Il était revenu à Loftus Road depuis un an, s’y était imposé, venait d’être appelé pour la première fois par le sélectionneur Aliou Cissé. «Débuter avec le Sénégal est le moment le plus fier de ma carrière jusqu’à présent», rappelait-il juste avant la CAN. Pour l’occasion, son père avait fait le voyage à Thiès, étant même l’un des rares spectateurs présents dans le stade.

Le meilleur gardien de Championship?

Bien installé à Londres, titulaire indiscuté dans un club de tête du Championship (considéré comme le championnat le plus dur du monde), en course pour une promotion en Premier League, Seny Dieng a prolongé son contrat jusqu’en 2024. A QPR, son entraîneur n’a pas tenté de l’empêcher de réaliser son rêve de vivre une CAN mais a craint les conséquences de son absence. «C’est une grosse perte, a déclaré Mark Warburton la semaine dernière. J’ai confiance en nos autres gardiens mais lorsque vous perdez un joueur de cette qualité, ça fait très mal. Je dis tout le temps à Seny: vas-y et montre que tu es le meilleur de la ligue.»

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Seny Dieng aimerait désormais étirer son intérim dans le but du Sénégal, au moins jusqu’au prochain match, vendredi contre la Guinée à Bafoussam. Le petit Zurichois à la peau foncée, devenu un international sénégalais à la peau claire, a appris la patience.