Tout le monde le dit, le répète, même le conseiller fédéral Alain Berset le 25 mars: «Nous allons devoir faire preuve d’endurance. Ce n’est pas un sprint, c’est un marathon.» «Un marathon»: même si la distance (42,195km) a perdu de son aura mystique, le terme reste synonyme d’effort, de dépassement de soi et de souffrance. Tout un programme!

La lutte contre la pandémie de Covid-19 s’apparente il est vrai à une course de fond. Avec deux différences de taille: nous n’avons pas pu nous y préparer et nous ignorons encore où est située la ligne d’arrivée. Alors que la population mondiale est embarquée dans une aventure longue et incertaine, la pratique qu’ont les spécialistes des épreuves d’endurance est riche d’enseignements pour les profanes que nous sommes. Voici quelques conseils que l’on peut suivre pour ne pas finir comme Philippidès.

TROUVEZ VOTRE RYTHME

Vous êtes plein d’entrain, vous avez envie de bien faire, de tout faire. Erreur classique! Qui veut voyager loin ménage sa monture. Dans une course de fond, un épuisement précoce est très difficile à surmonter. Faites le choix de la prudence et débutez tranquillement. Il sera toujours temps d’accélérer plus tard. Calez-vous sur un rythme qui vous permet d’être à l’aise, de faire ce que vous avez à faire sans vous mettre dans le rouge et avancez sereinement. Dans un marathon, on flirte avec ses limites. Il est inutilement dangereux de les solliciter, elles se signaleront d’elles-mêmes.

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N’INNOVEZ PAS

On peut s’acheter un nouveau costume pour un mariage, mais jamais une nouvelle paire de chaussures pour un marathon. Vous n’avez pas eu le temps de vous faire à elles, ni elles à vous, et vous ne savez pas comment elles réagiront dans le feu de l’action. A choisir, mieux vaut ressortir votre vieux slip porte-bonheur plutôt que de vous offrir une tenue neuve qui risque de vous irriter. Vous pouvez remplacer slip par ordinateur, messagerie ou chef des ventes, cela fonctionne de la même manière. Et si vous trouvez que la nouveauté est stimulante, dites-vous qu’il y a déjà assez d’incertitudes comme ça.

RESTEZ DÉTENDU

«On s’apprête à courir un marathon, alors on serre les dents», expliquait récemment une infirmière des HUG. Surtout pas, malheureuse! Ou alors en dernier ressort. Stresser, forcer, se crisper sont autant d’attitudes hautement coûteuses en énergie. Dans une chronique pour Le Temps, les physiologistes de l’Université de Lausanne Grégoire Millet et Davide Malatesta ont souligné que les meilleurs marathoniens n’étaient pas les plus forts physiquement ni ceux dotés de la plus grande puissance musculaire, mais ceux qui se signalaient par «une économie de course exceptionnelle», un concept «équivalent à la consommation d’essence d’une voiture». Soyez économe de vos mouvements, ne vous dispersez pas, restez concentré sur l’essentiel.

BUVEZ AVANT D’AVOIR SOIF

En marathon, il y a deux sortes de situations critiques: quand le coureur a mal partout et quand il n’a mal nulle part. Dans ce second cas, il aura tendance à négliger les premiers signaux d’alerte. C’est pour cela que des structures sont mises en place, tels les points de ravitaillement, qui balisent la route tous les 5 km. Arrêt obligatoire. Traduction dans la langue du confinement: ce n’est pas parce que vous allez bien qu’il faut relâcher la garde. Observez les consignes, respectez la distanciation sociale, utilisez les gestes barrières.

ACCEPTEZ D’ALLER MOINS BIEN

Tous les marathoniens connaissent le «mur» du 35e kilomètre, qui survient parfois un peu avant ou un peu après, lorsque le corps ne «tape» plus dans les sucres lents mais dans les graisses. Dans le confinement, le passage délicat sera sûrement lié à l’ennui, la fatigue, la promiscuité. La motivation du début ne suffira plus et il faudra trouver d’autres ressorts. Vous y arriverez. Le moment venu, essayez de vous souvenir que cette phase est normale et que ce n’est qu’un cap à passer.

ECOUTEZ VOTRE CORPS, PAS VOTRE TÊTE

«La douleur est inévitable, la souffrance est optionnelle», écrit Murakami dans Autoportrait de l’auteur en coureur de fond. La douleur est le moyen pour le corps de nous envoyer un signal d’alarme. S’il ne s’agit pas d’un problème grave, comment passer outre? «En restant concentré, expliquait Julien Wanders dans une interview au Temps. Si l’on se déconcentre, la douleur va monter et vous dominer, mais si l’on reste vraiment concentré, on arrive à la canaliser, en relâchant le corps, en libérant l’esprit des pensées parasites.» C’est un combat intérieur où un petit ange et un petit diable se disputent au-dessus de notre tête, comme dans Tintin. «Il faut écouter une petite voix et pas l’autre», sourit Julien Wanders.

PENSEZ À L’APRÈS, PAS À DEMAIN

La ligne d’arrivée est encore loin. Ne calculez pas ce qu’il reste encore à effectuer, avancez pas à pas, prenez «match après match», comme disent les joueurs de tennis. Par contre, vous pouvez visualiser ce que vous ferez après: prendre l’apéro sur une terrasse, draguer à la machine à café ou même vous faire faire un t-shirt «Covid-19 finisher».