Bonne nouvelle: à 24 ans, Marcos Baghdatis, fougueux citoyen du monde – il est né à Chypre d’un père libanais et d’une mère chypriote, a vécu seul a Paris pour devenir un tennisman accompli – est de retour sur le Circuit, proche de son meilleur niveau, après deux années d’authentique galère due à diverses blessures physiques (cheville, poignet, genou) et morales.

Juste avant cet Open d’Australie, il a remporté le tournoi de Sydney en finale contre Richard Gasquet, revenant à la 31e place mondiale. Ici à Melbourne, il s’est aisément défait de l’Italien Paolo Lorenzi. A son programme de la nuit dernière figurait le solide Espagnol David Ferrer (tête de série No 17). Lors de son premier tour sur un obscur court reculé, on a pu mesurer la cote de sympathie autour de cet homme attachant, honnête envers lui-même, qui refuse de masquer ses erreurs. Entretien en tête-à-tête.

Le Temps: On dit que vous avez mal digéré votre finale à ce même Open d’Australie 2006, perdue face à Roger Federer.

Marcos Baghdatis: C’est vrai. Je me disais «J’ai réussi», je me foutais un peu de tout. Je n’étais pas assez grand, assez mûr pour enchaîner et comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une fin en soi. Je n’ai pas su géré la folie qui a accompagné ma finale. Je m’en suis sorti en prenant le temps, j’ai changé de coach et suis rentré à Chypre. En fait, ça a commencé à aller mieux quand j’ai pigé que je n’étais pas prêt.

– Q’avez-vous modifié dans votre approche tennistique?

– J’ai engagé un entraîneur rigoureux qui ne s’occupe que de moi, Eduardo Infantino [l’Argentin qui a emmené David Nalbandian en finale de Wimbledon et coaché Juan Martin Del Potro à ses débuts], lequel a mis en place un staff professionnel avec préparateur physique, physiothérapeute et sparring partner. Tous sont sans cesse à mes côtés et travaillent de manière idéale.

– Auparavant, vos méthodes étaient-elles, disons, plus empiriques?

– On peut dire ça. Surtout, je ne disposais pas des personnes idoines afin de me permettre de progresser. Regardez Infantino: il a fait édifier un court à Chypre exprès pour moi, histoire que je puisse me préparer au mieux, chez moi, près de ma famille et de mes amis. Je n’avais jamais connu pareil bonheur.

– Vous laissez-vous guider facilement, vous qui passez pour un personnage au caractère fantasque?

– Si on me fait confiance, il n’y a aucun problème. Quelqu’un qui s’occupe de moi sans arrière-pensée, qui pense sincèrement à mon intérêt de sportif d’élite, je l’écouterai toujours.

– Vous étiez classé au 151e rang de l’ATP en août 2009. Vous interprétez la pièce «renaissance à Melbourne»?

– En six mois, j’ai gagné Stockholm et Sydney, je suis maintenant 31e et je veux toucher à nouveau les sommets. Oui, ce n’est pas mal. Mais sans mon équipe, tout ça serait resté une simple vue de l’esprit.

– Pourquoi toutes ces blessures vous ont-elles pourchassé deux saisons durant?

– Je ne faisais pas assez gaffe à mon corps, je ne travaillais pas correctement, je lui demandais trop sur le court et en dehors. A présent, je sais exactement quand il me dit «stop».

– Le public continue de vous acclamer, de vous aimer. Avez-vous une idée de la raison?

– Je ne me suis jamais posé la question. A vous de m’éclairer...

– La discipline, la rigueur froide qu’exige le tennis ne vont-elles pas à l’encontre de votre nature exubérante?

– Au commencement de ma carrière, sans doute. Vous savez, j’ai quitté la maison familiale à 14 ans pour «monter» à Paris [et intégrer l’académie Mouratoglu]. Ma route fut longue, je n’ai pas vécu avec mes parents. A un moment, j’en ai eu marre, j’ai implosé. Depuis, j’ai enfin trouvé un équilibre. D’ailleurs, j’avertis les autres joueurs: je vais être très dangereux cette saison! Et j’entreprendrai tout pour intégrer le top-5 d’ici quelques années.

– Vous arborez un écusson de l’île de Chypre sur votre tee-shirt. Faut-il y voir un message politique?

– Absolument pas. Je suis juste un patriote qui entend le montrer.

– Vous aviez la marque d’un célèbre équipementier sur votre polo. Que s’est-il passé?

– Nous ne sommes pas tombés d’accord au plan financier, voilà tout.

– Vous préférez jouer avec le symbole chypriote bien en vue?

– Franchement, j’aimerais mieux m’exhiber avec un logo qui me rapporterait des sous!