En l’espace de quatre mois, le tennis masculin a pu expérimenter trois nouvelles épreuves par équipes. Il y a d’abord eu fin septembre à Genève la Laver Cup, créée en 2017 par Roger Federer, puis en novembre à Madrid la nouvelle version de la Coupe Davis, toujours propriété de la Fédération internationale de tennis (ITF) mais «modernisée» au format Coupe du monde par Gerard Piqué, et enfin début janvier en Australie la première ATP Cup, organisée par Tennis Australia, que la Serbie a remportée dimanche à Sydney en battant en finale l’Espagne dans le double décisif.

Laquelle est de trop?

De l’avis général, c’est au moins une compétition de trop. La Laver Cup, un match Europe-Reste du monde sur le modèle de la Ryder Cup, est la plus artificielle mais elle a deux atouts: son emplacement dans le calendrier et le poids sportif, économique et social de Roger Federer. La Coupe Davis est la plus légitime mais paradoxalement la plus critiquée car son nouveau modèle économique a tiré un trait sur tout ce qui faisait sa spécificité. Le contrat de 3 milliards de francs sur vingt-cinq ans signé par l’ITF lui garantit cependant une certaine sécurité à moyen terme.

La plus menacée est donc théoriquement l’ATP Cup, née cette année de la seule volonté de la fédération australienne de rentabiliser l’unique mois de la saison où tous les meilleurs joueurs sont sur l’île. Cette coupe du monde à 24 équipes est visiblement plus profitable que la Hopman Cup, cette aimable exhibition mixte euthanasiée pour faire place nette. Mais l’est-elle pour les joueurs? Rafael Nadal, vainqueur fin novembre de la Coupe Davis, s’est permis d’en douter. «C’est assez déroutant d’avoir deux coupes du monde de tennis en un mois. Ce n’est pas la situation idéale, mais c’est ainsi que ça fonctionne aujourd’hui», a maugréé l’Espagnol, avant de faire le job, conduisant son pays en finale.

Mêmes qualités, mêmes défauts

D’un format comparable, l’ATP Cup a montré les mêmes qualités et les mêmes défauts que la Coupe Davis. Il y a eu de très bons matchs et d’autres trop déséquilibrés. Le double y a tenu un rôle majeur. Globalement, les joueurs ont joué avec implication, soucieux de se régler avant l’Open d’Australie. Comme à Madrid, il y a eu trop de matchs, car trop de pays qualifiés, et parfois des horaires tardifs et des publics clairsemés. La compétition était étalée sur trois villes (Perth, Brisbane, Sydney à partir des quarts de finale) et a finalement été assez peu perturbée par les incendies de brousse qui ravagent l’Australie depuis des semaines.

Les joueuses du tournoi WTA de Brisbane se sont plaintes d’avoir été reléguées sur des courts annexes et les Espagnols de devoir avaler quatre heures de vol et trois fuseaux horaires en passant de Perth à Sydney mais, globalement, l’ATP Cup a réussi son pari et surtout à intéresser les joueurs, malgré la concurrence des pétrodollars de Doha. Elle a même décroché au premier essai la timbale dont rêve chaque organisateur: une finale avec Rafael Nadal et Novak Djokovic, les deux meilleurs joueurs du monde. Le Serbe s’est imposé 6-2 7-6, avant de remporter le double associé à Viktor Troicki, mais l’Espagnol peut rêver de revanche à partir du 20 janvier à Melbourne.