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Serena, ne vous déplaise

Vainqueur 6-3 7-6 (7/3) en 1h51, l’Américaine se défait plus facilement de Sharapova que des préjugés

Serena Williams a remporté samedi la finale de l’Open d’Australie. L’Américaine a dominé pour la 16e fois de suite la Russe Maria Sharapova en deux sets serrés, 6-3 7-6 (7/3). Enrhumée et fiévreuse, elle a profité d’un interruption de match au milieu du premier set pour aller vomir. Sa suprématie sur le tennis féminin est incontestable. A 33 ans, la cadette des sœurs Williams est la numéro 1 mondiale la plus âgée de l’histoire de son sport. Elle vient de remporter son 19e titre en Grand Chelem, un de plus que Chris Evert et Martina Navratilova. Seules Steffi Graf (22 titres) et Margaret Court (24, avant l’ère Open) ont fait mieux. Mais Serena en serait certainement déjà à 25 si elle n’avait fait plusieurs breaks dans sa carrière et souvent laissé gagner son aînée Venus.

Pas besoin d’utiliser le conditionnel pour constater que Serena Williams peine à être considérée comme la championne exceptionnelle qu’elle est indiscutablement. A titre de comparaison, Roger Federer a le même âge mais compte deux titres majeurs de moins et pointe un rang derrière. Mais là où tout le monde s’extasie sur le palmarès du Suisse, il en est peu pour rendre hommage à l’Américaine. La Californienne, qui allie l’arrogance de Kanye West et le fessier de Kim Kardashian, détonne dans le milieu aseptisé du tennis. Ses origines banlieusardes, son jeu tout en force et en puissance, son dédain affiché pour son sport, sa façon de ne pas calculer l’adversaire, de faire peu de cas de ses victoires et d’attribuer ses défaites seulement à ses erreurs et jamais au mérite des autres, tout cela irrite, agace. Et puis il y a son physique, hors norme. Lors d’une exhibition au Brésil, Caroline Wozniacki pour l’imiter s’était rembourrée les seins et les fesses avec des serviettes. Récemment, le président de la fédération russe de tennis Chamil Tarpichev a évoqué « l’un des frères Williams ». Une recherche sur Google image crache bien plus de photos en maillot de bain que de scènes de matchs. Entre déesse callipyge et vénus hottentote, Serena Williams est un fantasme bien avant d’être un exemple.

Nouveaux standards

«Serena Williams est la plus grande athlète américaine», titrait en septembre dernier le New Yorker pour tenter de réveiller les consciences. Avec le soutien de Chris Evert qui déclarait ceci : «Les gens continuent de demander à Serena : «qu’est ce que ça vous fait d’être au niveau de Navratilova et Evert ?» et à chaque fois je me dis à moi-même que c’est moi qui suis honorée d’être comparée à elle».

En déboulant sur le circuit en 1997 avec sa sœur Venus et son père Richard, Serena a imposé de nouveaux standards et plongé le tennis féminin dans une dimension physique alors inconnue. L’heure de la retraite avait de toute façon sonné pour Steffi Graf. Pas pour Martina Hingis. La petite Saint-Galloise pensait son jeu tout d’intelligence tactique et de finesse technique hors d’atteinte ; il fut très vite démodé. Serena Williams est au tennis féminin ce que Mike Tyson fut à la boxe. Une révolution culturelle.

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