Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Serena Williams menaçant l’arbitre Carlos Ramos, lors de la finale dames de l’US Open, le 8 septembre 2018 à New York.

Tennis

Serena Williams, décevante idole

L’Américaine perd ses nerfs en finale de l’US Open et se trompe de combat en se prétendant «volée» par l’arbitre. C’est elle, au contraire, qui prive Naomi Osaka, première Japonaise vainqueur en Grand Chelem, des joies d’un sacre historique (6-2 6-4)

La WTA a estimé que la sanction infligée à Serena Williams au cours de la finale dames de l'US Open samedi relevait d'«une différence de degrés dans la tolérance face aux émotions exprimées par les hommes et les femmes», dimanche. «La WTA s'engage pour s'assurer que tous les joueurs soient traités de la même façon. Nous ne pensons pas que ça a été le cas hier soir (samedi)», écrit le directeur de l'organisation Steve Simon dans un communiqué.

Scène surréaliste samedi soir à l’US Open où une vainqueur dans ses petits souliers s’excuse littéralement d’avoir gagné tandis que la vaincue rit après avoir pleuré, se montre fair-play après avoir usé de toutes les ficelles pour retourner le match et fait preuve de pudeur après avoir pris le stade à témoin de sa colère et de sa rage à l’encontre d’un arbitre qualifié de «voleur» et de «menteur» et qu’il fallut exfiltrer du stade avant la cérémonie de remise des prix.

La finale dames de l’US Open 2018 restera celle du «match» de Serena Williams contre Carlos Ramos. Un affrontement que la légende du tennis féminin a voulu porter ensuite en conférence de presse sur le terrain du «sexisme». L’Américaine n’a pourtant pas été battue par l’arbitre; elle a perdu – sans discussion possible – contre Naomi Osaka. Il eut été préférable d’en rester là et de ne se souvenir de cette finale que comme du premier titre du Japon en Grand Chelem, même si Naomi Osaka a un père haïtien qui l’a élevée dans le culte de l’attaque de fond de court et de Serena Williams.

Remettons donc les choses dans l’ordre et Naomi Osaka au centre de l’attention. A 20 ans, la jeune Japonaise s’impose comme la nouvelle sensation du tennis féminin. Elle succède au palmarès de l’US Open à une autre surprise, l’Américaine Sloane Stephens, et au rayon des petits prodiges à la Lettone Jelena Ostapenko, titrée au même âge à Roland-Garros en 2017. Soixante-huitième joueuse mondiale en début de saison, après avoir pointé à la 40e place en 2016, Naomi Osaka a éclaté ce printemps à Indian Wells où elle remporte son premier titre WTA avec des victoires sur Maria Sharapova, Agnieszka Radwanska, Karolina Pliskova et Simona Halep. Deux semaines plus tard, elle confirme en battant, pour leur première confrontation, une Serena Williams qui revenait tout juste à la compétition après quatorze mois dédiés à la naissance de sa fille.

Les Williams, modèles d’Osaka

A Flushing Meadows, la Japonaise s’est promenée dans le tableau féminin, signant quatre victoires expéditives (6-3 6-2 contre Siegemund, 6-2 6-0 contre Glushko, 6-0 6-0 contre Sasnovich, 6-1 6-1 contre Tsurenko) pour un seul match accroché, en quart de finale face à Sabalenka (6-2 2-6 6-4). En demi-finale, opposée à la finaliste 2017 Madison Keys, elle sauve 13 balles de break «parce que, y a pas moyen, je voulais affronter Serena», dira-t-elle au micro du stade. Elle ne manqua ni l’opportunité ni le rendez-vous.

Si Serena Williams est un modèle pour toutes les joueuses, elle représente encore plus aux yeux de Naomi Osaka. Son père, Leonard François, un étudiant haïtien resté à Hokkaido par amour, a décidé d’installer en 2000 sa famille aux Etats-Unis. La légende raconte qu’il voulait imiter Richard Williams et, bien qu’autodidacte complet, faire de ses deux enfants des championnes de tennis. Une autre version prétend que la peau foncée de ses filles n’était pas très bien vue au Japon. L’aînée, Mari, 22 ans et 367e à la WTA, a été battue vendredi en quart de finale du tournoi ITF de Montreux. Elle a surtout servi d’aiguillon à Naomi, née en octobre 1997, au moment où Martina Hingis règne sur le tennis féminin et où Serena Williams dispute son premier match professionnel.

Lire aussi: notre article de janvier 2018 sur l’émergence du tennis asiatique

Très grande (1,80 m), Naomi Osaka joue dans le même registre que son idole. Elle sert fort et frappe fort, mais avec plus de régularité et de mobilité. Samedi, elle a surclassé sa rivale, obligée de courir là où elle est d’ordinaire la patronne du court, celle qui dicte l’échange. Très tendue en début de rencontre, sans doute en raison de la quête de cette 24e victoire en Grand Chelem qui la consacrerait comme l’égale de Margaret Court, Serena Williams ne doit s’en prendre qu’à elle-même. Dans la première manche, perdue 6-2 en trente-trois minutes, elle n’a passé que 38% de premières balles de service et concédé le premier break sur une double faute. Williams, qui a perdu huit finales de Grand Chelem mais aucune lorsqu’elle a gagné la première manche, est coutumière des retournements de situation. Elle n’hésite pas dans ces circonstances à user de tous les moyens à sa disposition, y compris les plus «limites». Est-ce ce qu'elle a tenté de faire contre Osaka?

«Vous me devez des excuses»

Pour en être sûr, nous avons revu le match à la télévision dimanche matin. Le premier avertissement, verbal, survient à 1-0 Williams dans la deuxième manche, 40-15 Osaka, qui sert. «Code violation: coaching», annonce l’arbitre Carlos Ramos. Serena Williams vient exprimer son désaccord, mais l’incident ne va pas plus loin. Un plan de la télé américaine montre qu’effectivement Patrick Mouratoglou a mimé des consignes à sa joueuse, ce qu’il reconnaîtra plus tard, précisant seulement, non sans raison, que «tout le monde le fait». Le jeu a repris. Serena Williams réussit son premier break à 3-1 et semble capable de renverser le match. Mais deux doubles fautes dans le jeu suivant la pénalisent plus sûrement que l’avertissement reçu 19 minutes plus tôt. Elle s’énerve, casse sa raquette et reçoit 1 point de pénalité – application stricte du règlement – qu’à nouveau, elle semble accepter sans broncher.

Lire également: Serena Williams, la panthère noire qui se joue des codes tennistiques figés

Le jeu reprend. Et là, elle retourne voir l’arbitre et exige des excuses. Le micro est ouvert, elle entend les réactions de la foule et en rajoute. Osaka gagne facilement son service et obtient le break à 4-3 à la première occasion. Au changement de côté suivant, Serena Williams explose: «Vous attaquez ma personne. Vous avez tort. Vous n’arbitrerez plus jamais un de mes matchs. Vous me devez des excuses. C’est vous le menteur.» Puis: «Vous êtes un voleur. Vous m’avez volé un point.» Imperturbable, l’arbitre lui inflige alors un jeu de penalty. Le score passe à 5-3 Osaka.

Serena Williams fait venir le juge arbitre et la superviseuse du tournoi. Au bord des larmes, elle passe alors du rôle d’accusatrice à celui de victime. Soit elle perd complètement pied, soit elle est une manipulatrice experte. «Elle ne fait jamais ça quand elle mène», avait ironisé la Serbe Jelena Jankovic, confrontée à une situation identique lors du Masters 2013. Nous l’avions aussi trouvée d’une extrême théâtralité en demi-finale de Roland-Garros 2015, face à Timea Bacsinszky. Cette fois, cela fut sans effet sur Naomi Osaka, bien que la jeune Japonaise se fendit d’une révérence à son aînée avant de recevoir le trophée.

A l’US Open, un lourd passif

Après la trop grande empathie de Mohamed Lahyani envers Nick Kyrgios, on peut peut-être reprocher à l’arbitre de cette finale une application trop péremptoire du règlement. Une simple remarque aurait suffi au constat du premier «coaching». Le jeu de pénalité est une sanction rare, surtout en finale de Grand Chelem, mais dont on retrouve sans peine des précédents: Brydan Klein en juin 2017 à Nottingham, Benoit Paire en juin 2017 à Halle (après 90 secondes de jeu!), Jerzy Janowicz en mai 2017 à Mexico, Adrian Mannarino en février 2017 à Delray Beach, Grigor Dimitrov en mai 2016 à Istanbul (pénalité qui donnera le match et le titre à Diego Schwartzman), Ernests Gulbis en avril 2013 à Monte-Carlo. Tous des hommes, pour répondre aux accusations de sexisme.

Lire aussi: Entre arbitres et joueurs, une relation ambiguë

Mais aussi tous des joueurs de second plan (sauf Dimitrov, qui voulait sans doute «pourrir» la victoire de Schwartzman). Le problème, souvent évoqué, est peut-être là, dans cette peur qu’ont la plupart des arbitres de sanctionner les stars du circuit. Elles le savent, en usent et en abusent. Et lorsque ça s’envenime, c’est toujours le joueur qui menace. A ce jeu d’intox et d’intimidation, Serena Williams n’est pas la dernière. En demi-finale de l’US Open 2009, elle avait promis à une juge de ligne qui venait de signaler une faute de pied de lui «enfoncer une balle dans la gorge». Point de pénalité et match perdu (contre Kim Clijsters). Deux ans plus tard, en finale face à Sam Stosur, dans un contexte à nouveau défavorable, elle traita l’arbitre Eva Asderaki de «personne haineuse et moche à l’intérieur», de «loser» et d'«hystérique».

A l’exception certes notable de Billie Jean King, aucune personnalité du tennis n’a pour l’heure suivi Serena Williams sur le terrain de la discrimination faite aux femmes. Aucune joueuse majeure n’a pris sa défense. Alors qu’elle avait réagi fortement à l’avertissement infligé en début de tournoi à Alizé Cornet pour avoir changé le haut de sa tenue sur le court, la WTA n’a publié dimanche qu’un communiqué gêné félicitant les deux championnes et reconnaissant que «des choses qui se sont produites durant le match devront être examinées».  Le soir, le rapport des amendes établi par le tournoi annonçait que Serena Williams écopait de 17 000 dollars d’amende en raison de ses trois avertissements.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo sport

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Les athlètes suisses reviennent des European Championships de Glasgow/Berlin, qui réunissaient les épreuves de sept fédérations, avec dix-neuf médailles. Retour en images sur les cinq performances les plus marquantes

Dix-neuf médailles: la réussite de Lea Sprunger & Co.

Switzerland's Lea Sprunger reacts after winning the women's 400m Hurdles final race during the European Athletics Championships at the Olympic stadium in Berlin on August 10, 2018. / AFP PHOTO / John MACDOUGALL
© JOHN MACDOUGALL