Tennis

Serena Williams victime d’une «remontada» à Melbourne

Menée 1-5 dans la dernière manche, la Tchèque Karolina Pliskova sauve quatre balles de match et gagne six jeux de suite pour s’imposer sur le fil devant une Serena Williams méconnaissable (6-4 4-6 7-5). Déjà collector

Normalement, ça n’arrive qu’aux autres. D’habitude, c’est elle qui estomaque, qui estoque, qui tord les destins contraires et renverse les situations désespérées. Et d’ailleurs, c’était ce qui était en train de se produire: menée 4-6 2-3 service Pliskova à suivre, elle avait complètement retourné le match à son avantage pour mener 4-6 6-4 5-1 et 40-30. Balle de match, sur son service. Serena Williams n’avait plus qu’à se baisser pour cueillir la victoire.

Baladée de gauche à droite du court, dépassée en rythme et en puissance, maintenue à bonne distance de la balle, Karolina Pliskova s’était fait à l’idée d’en rester là. Quart de finaliste à l’Open d’Australie, quand on est septième joueuse mondiale, on n’est pas loin d’être à sa place… «A ce moment, mon esprit est déjà au vestiaire», reconnaîtra-t-elle un peu plus tard.

Et soudain, crac! Au figuré comme au propre, dans la tête comme dans la chaussure. Sur sa balle de match, Serena Williams se tord assez violemment la cheville gauche en tentant de changer de direction. Elle ne s’arrête pas, grimace à peine, touche même la balle mais perd le point. Elle perdra les 10 suivants, dont le premier sur une vilaine double faute prémonitoire.

«Essaie encore ce jeu…»

En face, Pliskova voit mais fait comme si elle n’avait pas vu, parce que les joueurs ne savent jamais réellement à quel point l’adversaire est touché. L’autre jour, Milos Raonic a prétendu avoir à peine remarqué qu’Alexander Zverev frappait neuf fois sa raquette contre le sol à 5 mètres de lui. «Je fais abstraction de ce qui se passe de l’autre côté du filet, se convainc également Karolina Pliskova. Ce n’est pas mon affaire. Je suis désolée mais c’est comme ça.»

La Tchèque réussit le break et s’offre un peu de répit, manière d’adoucir la note: 2-5, 3-5. Dans son esprit, une petite flamme s’allume. Se rallume, plutôt. «Je m’en voulais parce que j’avais bien commencé le match et que j’avais laissé le «momentum» m’échapper. Et puis, j’ai eu une chance. Je me suis dit: «C’est peut-être fini, mais essaie encore ce jeu, on ne sait jamais…» C’est ça le tennis, il faut aussi un peu de chance.»

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Mais même lorsque Karolina Pliskova réussit un nouveau break (blanc) pour revenir à 5-4 et servir pour recoller au score, personne ne pense encore que la partie a basculé. Parce que «chez les filles, servir n’est pas un avantage déterminant», selon Timea Bacsinszky. Parce que, surtout, c’est Serena Williams en face et qu’elle sait mettre une pression maximale sur l’adversaire. Prise de risque permanente et agressivité énorme lui permettent d’obtenir trois balles de break, qui sont autant de balles de match.

«Ça arrive une fois dans une vie»

Pliskova les sauve une à une, avec une hardiesse admirable et trois coups gagnants dans un dixième jeu ébouriffant. «J’espérais finir le match sur ce jeu, dira Serena Williams. Je me disais: «OK, gagne ce point, gagne ce jeu.» J’ai eu plusieurs balles de match, je pensais que j’en convertirais une. Ça n’est pas arrivé. Mais je ne pense pas avoir fait quelque chose de faux; c’est juste elle qui a très bien joué, touchant à chaque fois les lignes. Les balles de match étaient totalement folles et elle a juste été incroyable sur ces points-là. Je n’avais jamais vu ça.»

Lorsqu’elle égalise à 5-5, Karolina Pliskova pousse un cri de joie comme si elle avait gagné le match. Ce n’est qu’une question de minutes. Elle prend une troisième fois le service de Serena Williams (blanc, encore), mène 40-0, peut se permettre le luxe de rater ses deux premières balles de match, et conclut sur la troisième. «Ce genre de retournement, ça n’arrive pas souvent, peut-être une fois dans sa vie, admet la Tchèque. J’ai lâché mes coups, j’ai fait un bon jeu. Et après, j’ai senti que je pouvais avoir une chance. Plein de choses ont dû passer dans sa tête. J’ai vu ma chance et je l’ai saisie.»

Margaret Court toujours

Lorsqu’elle donnera la messe dimanche dans son église pentecôtiste à Perth, Margaret Court Smith sera donc toujours, pour quatre mois au moins, l’unique détentrice de 24 titres du Grand Chelem. Serena Williams n’a pas renoncé à l’idée de l’égaler, et pourquoi pas dès Roland-Garros. «C’est le prochain grand tournoi, donc c’est là que j’essayerai la prochaine fois.» Depuis deux ans, l’Américaine est bloquée à 23 titres. Retirée du circuit en avril 2017, elle a donné naissance le 1er septembre de la même année à une fille, Olympia. Sa maternité a été assombrie par de graves complications (embolie pulmonaire notamment).

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A son retour à la compétition, au tournoi de Roland-Garros 2018, elle semble loin de son poids de forme et doit porter des bas de contention pour des problèmes veineux. Elle déclare forfait avant les huitièmes de finale. A Wimbledon, elle se balade tout le tournoi mais est battue en finale par Angelique Kerber (6-3 6-3). Ce scénario se répète à l’US Open face à la Japonaise Naomi Osaka au terme d’une finale houleuse. De fait, la grande dame du tennis féminin depuis quinze ans n’a toujours pas remporté un tournoi depuis son retour sur le circuit en mars 2018. «Depuis le premier jour [de son retour], mon ambition est de gagner, explique Serena Williams. Cela n’est pas arrivé, visiblement il me manque encore des choses et cela prend du temps, mais je préfère être ambitieuse et déçue plutôt que de me satisfaire d’excuses. La prochaine fois que j’aurai une balle de match, j’en ferai meilleur usage.»

Les demi-finales dames, programmées toutes deux jeudi après-midi à Melbourne (dans la nuit de mercredi à jeudi en Suisse), opposeront Karolina Pliskova à la Japonaise Naomi Osaka d’une part, la Tchèque Petra Kvitova à l’Américaine Danielle Collins d’autre part.

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