Le joueur ivoirien a-t-il manipulé ou non le match GC-Sion? Réponse difficile tant qu’on ne saura pas à quel point notre football est corrompu par les parieurs. Attention, avertit la presse: attaque de gangrène.

C’est un homme à l’air éberlué qui occupait la Une du Matin mardi: «Je n’ai pas triché», dit-il simplement. «Mis en cause par son président, l’Ivoirien du FC Sion passe à l’offensive. Scandalisé par le rôle qu’on lui prête, il se défend.» En quelque sorte, il attaque en se défendant d’être atteint par cette «gangrène du sport» qui soulève trois questions de fond: «Sait-on à quel point notre football est corrompu? Combien de joueurs se laissent acheter? Livré à la vindicte populaire, Serey Die a-t-il trempé dans une (nouvelle) affaire de match truqué? […] Au-delà […], c’est l’existence de ce type de paris qu’il faut réguler et assainir.» Car le cas n’est pas unique, relève La Voz de Galicia.

Dans ce monde d’«intermédiaires peu scrupuleux», écrit le quotidien espagnol Marca, «parce que l’homme étant ce qu’il est, et sa nature faillible, il importe de s’attaquer à cette nébuleuse incontrôlable qu’est devenu le monde du jeu», conclut le quotidien lausannois. Aussi incontrôlable que le jeu lui-même? La parole à l’intéressé dans la Tribune de Genève/24 Heures: «Ses pétages de plombs à répétition seraient imputables à son impulsivité et à son agressivité. Selon Serey Die, il n’y a pas à chercher plus loin les raisons de sa gifle à l’endroit de Toko, à la 38e minute de GC-Sion (le score était alors de 0-0). De même pour ses quatre autres expulsions depuis son arrivée au FC Sion, en été 2008. «Je ne suis pas un tricheur. Je suis ce que je suis, mais je ne tricherai jamais. Quand j’ai appris, le lendemain du match, qu’il y avait des soupçons de trucage, j’ai d’abord pensé à l’arbitre. Certaines décisions, et notamment mon expulsion, m’avaient paru bizarres.»

Alors, «a-t-il ou non manipulé le match?». La question demeure ouverte pour la Südostschweiz. Même si la presse en général ouvre largement les guillemets pour Serey Die, à l’instar de 20 Minuten: «Personne ne m’a contacté.» Bizarre, aussi, ce témoignage que Le Nouvelliste qualifie de «cadré, cadenassé, limité». On peut en réentendre un extrait sur le site de la RSR: «Dix minutes chrono face aux micros et aux journalistes avant de quitter la salle.» Sans affronter les questions, regrette la Basler Zeitung. «L’échange ne figure pas au programme. L’Ivoirien enfile le costume du suspect idéal», commente le quotidien valaisan. Il l’est devenu «en raison de son expulsion», explique 20 Minutes, au terme d’une «situation qu’il a lui-même provoquée», selon Christian Constantin.

Il est vrai que le joueur présente quelques antécédents, qu’énumère le site Sport365.fr: le milieu ivoirien «est un récidiviste: il s’agit là de sa troisième expulsion de la saison en 20 rencontres de championnat. Le remplaçant de Gelson Fernandes s’était «illustré» dès son arrivée en provenance de l’ES Sétif, à l’été 2008, récoltant deux cartons rouges lors de ses sept premières apparitions sous les couleurs du club valaisan. Ses dirigeants avaient alors privé leur recrue de son salaire le temps de sa suspension.»

Chacun bénéficiant en pareil cas de la présomption d’innocence, «le joueur a confiance en la justice helvétique», indique le Corriere del Ticino. Mais s’il l’est vraiment, innocent, «pas sûr que Die veuille encore rester dans ce club où son propre président le traîne» devant les tribunaux, fait remarquer le site So Foot. Conclusion: «Il faut que la lumière soit faite le plus vite possible pour faire taire cette rumeur lancée par la presse de boulevard zurichoise. Courage, Serey, les supporters sont avec toi», peut-on lire sur un forum de discussion du site du FC Sion.

D’ailleurs, l’affaire a pris de telles proportions que même le Hürriyet turc s’y est intéressé après que le site du Blick a ouvert un forum dont il livre quelques fleurons. Le quotidien zurichois prétend que «le chaos est total en Valais». Notez les termes: «total» sur le Web, «perfekt» dans le journal imprimé… Tout ce qu’on aime, la quantité et la qualité. Christian Constantin «a ouvert la boîte de Pandore». Et suscité l’affreux doute que relaie le site FussballTransfers. com: «Est-ce là le prochain scandale qui va secouer la planète des parieurs en Europe?»