Directeur du Servette FC, Philippe Kneubuehler ne jubile pas. Hier lundi, 17 heures. Il sort d’une longue séance. La course contre la montre a repris. Déjà. «C’est un peu comme si on devait écrire le passé, le présent et le futur d’un seul coup, ou presque», image-t-il.

Le matin même, le club genevois s’est délesté du poids du passé. Très tôt, la confirmation est tombée: le Tribunal de première instance du canton de Genève a mis fin à l’ajournement de faillite qui pesait sur les «grenat», formellement sortis du surendettement.

C’est que le président Hugh Quennec, depuis son arrivée à la barre le 9 mars, a obtenu de précieux soutiens auprès de la place financière genevoise pour assurer la pérennité du club. Au 30 avril, le surendettement de la société s’élevait à 3,6 millions; une somme couverte par des prêts postposés – des prêts qui ne figurent pas au passif du club, et dont le remboursement ne peut intervenir qu’en cas de bénéfices et si tous les créanciers ont déjà été payés.

Désormais, ce sont les défis du présent et de l’avenir que doivent relever les dirigeants genevois. Reprendre leur souffle ne leur est pas autorisé: demain, ils devraient recevoir le rapport de la commission des licences de la Swiss Football League (SFL). Echaudée par la disparition de NE Xamax, elle a décidé de se montrer moins débonnaire que par le passé. Elle priera les clubs recalés en première instance (dont Servette et Sion) d’éclaircir plusieurs points, dans un délai péremptoire de trois jours. Le verdict de l’autorité de recours doit tomber le 24 mai. «Si on obtient la licence, on aura simplement fait notre travail comme les autres», résume modestement Philippe Kneubuehler.

Les décideurs «grenat» pourront en tout cas rassurer la SFL sur l’éloignement du spectre d’une faillite (c’est évidemment le point crucial auquel ils étaient confrontés), mais ils devront également présenter des garanties en vue de l’exercice à venir. Le Servette FC table sur un budget de 9 millions de francs. «Il a été solidement ficelé», promet Hugh Quennec. Il faut néanmoins tisser des partenariats; relancer des clubs de soutien; compter sur un élan populaire à travers la campagne d’abonnements. «On reste préoccupés, et face à un énorme chantier», admet Philippe Kneubueh­ler. «Mais cette situation si particulière fait naître une belle frénésie: on peut compter sur un formidable effort collectif.»

Il y a peu, le Servette FC était au bord de la faillite. Désormais, le voici sauvé en coulisses. Et presque européen sur le terrain.