Deux semaines après l'annonce du désistement de Canal +, le Servette FC demeure en posture délicate. Afin d'expliquer les remaniements apportés à la direction du club, mais surtout pour sensibiliser l'opinion publique, une conférence de presse a eu lieu au stade des Charmilles. Le personnel administratif et le contingent de l'équipe première avaient été convoqués. Ces salariés, petits et grands, eurent tout loisir de prendre conscience des soucis financiers de leurs employeurs. Ceux-ci ont d'ailleurs frôlé le dépôt de bilan, a reconnu Alain Rolland, l'homme fort du club.

Directeur pour la Suisse de Jelmoli et président de La Praille SA, Alain Rolland a déclaré d'entrée de jeu que seul un prêt de sa société, pour un montant de 650 000 francs, avait évité une faillite pure et simple. Devant un auditoire attentif et anxieux, il a développé son «business plan». Une première étape a été franchie avec la venue de deux nouveaux actionnaires, soit le groupe Franck Muller (10%) et l'industriel Francisco Vinas (5%). Il reste maintenant à placer 28% des ex-actions de Canal +. Alain Rolland est convaincu qu'il atteindra cet objectif avant le 30 novembre. Il a actuellement des contacts très positifs. Le grand point noir reste le manque de liquidités. Selon des prévisions raisonnables, le trou sera de 2,7 millions le 31 décembre 2002.

Trois mesures sont envisagées pour réduire ce découvert: une augmentation du capital; la vente du paquet d'actions (7%) que détient le club; les transferts vers l'étranger de deux ou trois joueurs. Cette dernière solution représenterait l'ultime recours, selon le PDG de Jelmoli. L'ouverture du Stade de Genève, le 14 mars prochain, doit s'opérer avec une équipe compétitive.

A quelques jours de l'inauguration du centre commercial de La Praille, le mardi 12 novembre, Alain Rolland se veut optimiste. Pour mieux combattre, il a cherché secours auprès d'un épéiste de talent. Champion d'Europe en 1982, sélectionné olympique aux Jeux de Los Angeles en 1984, Olivier Carrard, 46 ans, apparaît dans le paysage servettien en raison de ses relations avec Jelmoli. Ce juriste dispose des ex-actions de Canal +. Il épaule donc Alain Rolland dans la quête de nouveaux investisseurs. L'avocat genevois fait une entrée en force à la direction du club. Avec Alain Rolland et Me Christian Lüscher, il est l'un des trois dirigeants à faire partie aussi bien du conseil d'administration que du comité directeur.

Député libéral, Christian Lüscher, élu à la présidence du conseil d'administration, joue profil bas. Il insiste sur les bienfaits de la collégialité. Prudemment, il laisse à Pierre Aeschlimann, le directeur général, le privilège de fixer les orientations sportives, de dialoguer avec l'entraîneur et les joueurs: «L'évolution financière dépend de ses performances sportives!» Après ce préambule, le successeur de Patrick Trotignon dans le rôle de manager a placé la barre très haut: «Il reste quatre matches, il faut prendre dix points. Pas question de se traîner juste au-dessus de la barre. L'objectif, ce n'est pas seulement d'être dans le tour final, mais de décrocher une qualification européenne.» Roberto Morinini, auquel il maintient toute sa confiance, peine à justifier ses références flatteuses. Tout était plus facile pour lui au FC Lugano, lorsqu'il décrochait une place de vice-champion en 2000/2001.

En désavouant publiquement ses pairs avec sa démission du conseil d'administration, Olivier Maus a jeté un froid. Il rejoint le camp des ultra-pessimistes. Il partage la sombre prédiction de Me Dominique Warluzel, lequel affirme depuis longtemps que Servette ne passera pas l'hiver. «Ils ont de l'argent jusqu'à Noël», renchérit le démissionnaire. Qui ne pardonne pas à Alain Rolland d'avoir repoussé la solution qu'il préconisait: remettre le club clé en mains à Marc Roger, qui serait devenu un président à plein temps. Il avait d'ailleurs amorcé, en mai, une fructueuse collaboration avec des agents de joueurs proches du manager français. Dès le départ de Trotignon, Maus prenait une part active à l'élaboration du contingent 2002/2003. De Roberto Morinini à Fabrizio Bullo en passant par Alain Gaspoz et Marco Pascolo, toutes ces acquisitions superflues portent sa marque. Il fut aussi le premier à pousser Lucien Favre dans les orties.