Une écharde d'enlevée, et voici que le Servette FC se retrouve avec deux épines dans le pied: Didier Piguet et la présidence du club! Ainsi pourrait-on résumer les dernières vicissitudes du club «grenat». L'écharde? Le règlement de l'UEFA (Union européenne de football) interdit à un même actionnaire d'être majoritaire dans deux clubs qui participent à une même compétition de clubs (la Ligue des champions ou la Coupe de l'UEFA). Or, Canal Plus possède le club genevois et le Paris Saint-Germain, et ce dernier, qui a participé à la Coupe de l'Intertoto, pouvait retrouver Servette en Coupe de l'UEFA. Après de multiples rebondissements et rumeurs – on a même parlé d'une arrivée de Bernard Tapie à Genève –, le 8 août dernier, le Servette FC a enfin trouvé une solution à ses problèmes d'actionnariat (lire nos éditions du 9 août). Canal Plus conserve 44% du capital-actions, Golden Lion – société de gestion de fortune dont Didier Piguet est l'administrateur – détient désormais 36% et Jelmoli 15%.

Les épines? Depuis quelques jours, la vie privée de Didier Piguet fait l'objet de plusieurs articles dans la presse (lire ci-dessous) à tel point que sa présence au sein du club est remise en question. Alain Rolland, directeur de Jelmoli et administrateur du club, a convoqué une réunion extraordinaire du futur conseil d'administration, qui aura lieu lundi prochain. «Tout cela est regrettable. C'est une question d'image, de morale. Je ne porte aucun jugement ni aucune critique. Mais il faut qu'on ait une discussion pour faire le point et discuter de cette nouvelle situation», explique-t-il au téléphone depuis l'étranger. Il poursuit: «Nous avons appris cela par la presse. Nous voulons avoir une discussion de vive voix avec M. Piguet (n.d.l.r.: Me Dominique Warluzel représente Golden Lion au conseil d'administration. Didier Piguet devrait être présent à la discussion, même s'il n'est pas administrateur du Servette FC). Ces nouveaux éléments, d'ordre privé, peuvent remettre en cause la convention signée il y a quinze jours. Il faudra que chacun prenne ses responsabilités.» Didier Piguet démissionnera-t-il? Pour l'instant, il a porté plainte contre les quotidiens Le Matin et Blick pour violation de ses droits (droit au respect de la sphère privée et droit à l'honneur), mais ne souhaite pas s'exprimer sur les événements.

Didier Piguet était déjà apparu dans l'organigramme du club en mai 2000 comme président délégué, mais il n'y était resté que quelques semaines, Canal Plus ayant rompu l'accord pour non-respect de ses obligations financières. Il avait promis 14,9 millions de francs en échange d'une participation de 48,5% dans le capital du club. Si une année plus tard, sa venue se transforme à nouveau en chimère, la chaîne cryptée sera contrainte de trouver un ou des nouveaux partenaires. Peut-on envisager une augmentation de la participation de Jelmoli? «Non, répond sans hésitation Alain Rolland. Notre arrivée s'inscrit dans le cadre du nouveau complexe du stade de Genève. Stratégiquement et philosophiquement, notre participation de 15% est raisonnable. Ce n'est pas notre métier de gérer un club de football.» Le directeur de Jelmoli donne des pistes: «Il faut trouver une solution locale. Pourquoi ne pas demander à Bénédict Hentsch, qui a beaucoup fait pour le club (n.d.l.r.: la Fondation Hippomène, qu'il préside, a cédé gratuitement à l'Etat les terrains du stade des Charmilles appelé à devenir un parc public), s'il ne veut pas entrer dans le capital-actions de celui-ci?» Le banquier genevois n'était pas atteignable hier pour communiquer son avis.

La position de Canal Plus, actionnaire principal? Impossible de la connaître. Christian Hervé, président du Servette FC depuis janvier 1997 et homme fort de la chaîne de télévision à Genève, est en vacances aux Etats-Unis. Il sera de retour à Paris ce samedi matin. Une chose est certaine: dès sa rentrée, le président ne manquera pas de travail. Outre la réunion extraordinaire du futur conseil d'administration pour discuter du «cas Piguet» – et l'obligation, peut-être, de se remettre à trouver des partenaires –, son poste de président est aussi en question. Depuis mardi soir, le Paris Saint-Germain est qualifié pour la Coupe de l'UEFA. Du côté de Nyon, siège de l'organe faîtier du football européen, on est formel: «M. Hervé devra démissionner de la présidence à la prochaine assemblée générale du conseil d'administration (n.d.l.r.: agendée le 4 septembre).» Pas de majorité ni de présidence pour un même actionnaire. D'ici à la fin de l'été, le feuilleton servettien promet encore quelques épisodes.