Cet après-midi, dans la froidure du centre sportif des Evaux, les joueurs du Servette FC vont reprendre le collier. Malgré une première moitié de championnat très satisfaisante – les «grenats» sont solidement ancrés à la troisième place –, ce retour au terrain ne se fera pas dans la plus grande sérénité. L'incertitude qui pèse sur l'avenir du club, tout comme la lenteur inattendue des négociations entre les dirigeants genevois et d'éventuels repreneurs, constituent des motifs de préoccupation. Tandis que l'état-major servettien se déclare relativement confiant quant à un accord imminent, les membres de l'équipe et les supporters attendent un dénouement favorable avec une fébrilité contenue.

«La situation est délicate, admet l'entraîneur Marco Schällibaum. Notre parcours sportif a été bon ces derniers mois, les joueurs méritent maintenant qu'on leur garantisse une certaine sécurité. J'espère que nous aurons de bonnes nouvelles concernant les finances du club dans les prochains jours.» Alors qu'ils s'apprêtent à retaper dans un ballon, les Servettiens attendent leurs salaires du mois de décembre pour le 10 janvier. Seront-ils versés dans les temps? «C'est une bonne question, esquive le président Christian Lüscher. Tout dépendra des liquidités dont nous disposerons.» Les primes, part importante du revenu des joueurs, ne suivent pas avec la régularité souhaitée.

Len Smith se fait attendre

Les dirigeants genevois se sont donné jusqu'à la mi-janvier pourdissiper doutes et tracas. «Nous n'avons jamais caché la gravité de la situation, explique Alain Rolland, PDG du groupe Jelmoli, l'un des actionnaires. Si nous ne réglons pas nos problèmes de trésorerie d'ici là, il faudra envisager le pire (ndlr: un dépôt de bilan et le retrait de la première équipe). Mais je demeure confiant. Nous sommes en discussion avec plusieurs investisseurs, ce qui prouve que le club suscite toujours l'enthousiasme autour de lui.»

Présenté comme l'homme providentiel le mois dernier, Len Smith se fait attendre. Son argent aussi. Selon son représentant en Suisse, l'avocat Christian Reiser, le discret Britannique de 72 ans n'a rien perdu de sa motivation: «Des problèmes juridiques, administratifs et fiscaux retardent les choses. Seuls quelques détails empêchent le transfert des fonds adéquats depuis l'Angleterre.» Le désormais fameux M. Smith reste en course, mais il n'est plus seul. D'autres candidats, dont le Français Marc Roger, agent de joueurs, ont des vues sur le Stade de Genève et son locataire en sursis.

Quel que soit le nom de l'élu – pourvu qu'il y en ait un… –, sa première mission consistera à mettre la main au portefeuille, à hauteur de plusieurs millions de francs. Car si un arrangement a été trouvé à propos des créances du club au 30 juin 2003, personne ne nie qu'un nouveau trou sera à combler au terme du présent exercice. Sans toutefois articuler le moindre chiffre, bien entendu.

C'est donc dans un climat précaire que la formation servettienne effectuera son premier footing de l'année, en vue d'une reprise agendée au 15 février. Et dans les têtes flotteront forcément quelques pensées néfastes. «J'aime me battre et je dispose d'un groupe extraordinaire, lance Marco Schällibaum, courtisé par quelques clubs à l'affût. Cela me ferait mal au cœur de devoir quitter Genève, faute de garanties financières, mais j'ai une carrière à mener et une famille à nourrir. Maintenant, au comité d'agir.»