La reprise approche à grands pas, et Servette se débat encore avec ses lancinants problèmes financiers. A quelques jours de la venue de Wil au stade de la Praille, les dirigeants «grenat» se démènent pour remettre leur club sur pied. Depuis le mois d'avril, les salaires de la première équipe ne sont pas versés. A cela vient de s'ajouter la démission du responsable financier du club, Oliver Bull.

Faut-il y voir une relation de cause à effet? L'intéressé s'explique: «Je suis arrivé sous l'ère de Canal +, et les choses ont bien changé depuis. Les problèmes incessants de trésorerie rendent mon travail nettement moins intéressant. Je suis un financier d'un certain niveau, et dans la structure actuelle, je n'ai plus ma place ici. Pour gérer les dettes au quotidien, le club peut engager un «scribouillard» bien rigoureux. Je comprends la situation économique, je cautionne le travail de fond effectué, mais j'ai d'autres ambitions.»

Un nouveau souci pour Servette, qui a mis le cap sur l'assainissement coûte que coûte, survie oblige. Les joueurs ont accepté une grosse baisse de salaire, et un paiement différé. Sans leur accord, les dirigeants auraient été contraints de mettre la clé sous le paillasson. «Ils ont pris leurs responsabilités, confirme Alain Rolland, vice-président du club, et représentant de Jelmoli au sein de celui-ci. Nous leur avons garanti le versement à fin juillet. Il y avait d'autres priorités en matière de créanciers.»

En filigrane, Servette n'a toujours pas de sous en caisse, et le club attend avec impatience le premier versement d'Arsenal concernant le transfert de Senderos, lequel fait figure de véritable sauveur en ces moments délicats. «Nous gérons les créances du passé tant bien que mal, poursuit M. Rolland. Nous devons faire face à une dette sur les deux derniers exercices d'environ 7 millions, ce qui est inacceptable. Canal + mettait 4 à 5 millions de francs chaque année pour boucher les trous d'un club qui allait à la dérive, nous ne le ferons pas. Les différents actionnaires ont déjà sauvé Servette de la faillite à trois reprises en avançant pas loin de 2 millions. Ça suffit.»

Le passage des Charmilles à la Praille aurait dû déboucher, la saison passée, sur une nette augmentation des recettes. Mais là encore, ce fut la douche froide. «Nous avions budgété une moyenne de 8000 spectateurs payants par

match (avec les abonnés) et sur un sponsoring en hausse, explique le directeur général Pierre Aeschlimann. La moyenne s'est élevée à 6500-7000, avec les 30 000 personnes du match d'ouverture (15 000 payants). Une diminution de 1000 spectateurs coûte 25 000 francs à Servette par match. Quant au sponsoring, nous avons encaissé 30 à 40% de moins que prévu.»

La Praille n'a donc pas relancé les finances de Servette, au contraire. Ce d'autant moins que l'organisation d'une rencontre revient désormais à environ 80 000 francs – eu égard aux infrastructures du nouveau stade – alors qu'aux Charmilles, le coût s'élevait à 30 000 francs par match.

«Notre salut passe par les résultats de la première équipe, tonne Alain Rolland. Si nous gagnons ou que nous montrons au moins un état d'esprit combatif, le public viendra en nombre. Dans notre nouveau budget de 7,7 millions, il nous faut 6500 spectateurs payants pour nous en sortir.» Alain Rolland ne veut pas verser dans le pessimisme. Cependant, on peut légitimement penser qu'il ne s'attendait pas à se retrouver dans une telle galère en se mêlant des affaires de Servette. «J'ai été étonné de voir l'ampleur des dégâts, c'est vrai. Mais nous nous sommes engagés dans ce complexe, et nous n'allons pas laisser Servette en route. Le stade, le club et le centre commercial représentent un tout indissociable. Nous voulons finir notre travail de restructuration (ndlr: un audit est en cours au niveau administratif), mais nous ne serons pas là ad aeternam. Quand le club sera guéri, nous pourrons enfin prendre du recul.»

Pris au piège d'un Servette qui n'arrive pas à se débarrasser de ses casseroles du passé, contraint d'assurer la survie d'un club qui est associé à part entière à «son» complexe de la Praille, Alain Rolland assure que Jelmoli ne quittera pas pour autant le navire, même si les objectifs financiers de cette saison n'étaient pas atteints. «On ira au bout du travail, mais en limitant la casse au maximum.» Dont acte.