Si riche en rebondissements, de surcroît abondamment traité par les médias, le volet financier du FC Servette entretient un suspense malsain. Naturellement, si l'équipe luttait au coude à coude avec le FC Bâle dans les hauteurs du classement, la presse parlerait moins des dettes du club. Elle se contente pour l'heure d'échapper à la zone de relégation. Prétendant déclaré au titre, Young Boys était dimanche l'adversaire idéal pour situer la valeur actuelle des «grenat». A défaut d'aligner les succès, ceux-ci intimident encore leurs adversaires. Ainsi «Bidu» Zaugg renonça au Stade de Genève à l'option offensive qui lui avait si bien réussi, en Coupe de Suisse, une semaine plus tôt à Tourbillon. Il laissa carrément Chapuisat sur le banc au coup d'envoi au profit d'un demi défensif supplémentaire, en l'occurrence Friedli. «On a essayé de défendre…» avoua-t-il lors de la conférence de presse. L'entraîneur bernois rendit ainsi un fieffé service à son homologue genevois, lequel mesure mieux que personne la fragilité de ses lignes arrière. A l'heure où il entame des discussions en vue d'une prolongation de son contrat, Zaugg a perdu des points. Lorsque le nouveau stade du Wankdorf sera inauguré en juin 2005, il pourrait bien être remplacé par Marcel Koller.

Il suffit de suivre une séance d'entraînement pour s'en persuader. Adrian Ursea est le seul maître à bord au FC Servette. Salvatore Ceccaroni, le détenteur du fameux diplôme, tient un rôle plus effacé que le préparateur physique où même que l'entraîneur des gardiens. Seul face à ses responsabilités, Ursea cherche inlassablement une réponse à une question quasi insoluble: comment façonner une équipe réellement compétitive avec un recrutement aussi déséquilibré?

Jamais en retard d'un effet d'annonce, Marc Roger n'a pourtant, en aucun moment, évoqué l'existence d'une cellule de réflexion qui aurait inspiré et cautionné l'arrivée massive de vingt et un nouveaux joueurs à l'intersaison. Dans ce lot disparate, plus de la moitié ne sont d'aucune utilité! A commencer par tous ces arrières centraux, Domoraud, Furo, Alicarte, Portillo et autre Quinin, qui meublent le banc de touche. Si vraiment Lorenzo Sanz veut sauver un club où il a déjà investi 3,5 millions d'euros, il doit lancer un SOS à son fils Fernando, l'excellent stoppeur de Malaga FC. Celui-ci fut d'ailleurs le coéquipier de Karembeu au Real Madrid, lors de la saison 1997/98, marquée par la conquête de la Champions League. A 30 ans, le fils du premier mécène du FC Servette endosserait sans problème le rôle de «patron» des lignes arrière au Stade de Genève. Sa présence permettrait à Karembeu de retrouver à mi-terrain le rôle qui était le sien à Madrid aux côtés de Rodondo et Seedorf, il y a six ans. Le Néo-Calédonien insufflerait des accélérations, des changements de rythme qu'il serait vain d'attendre de la part de Kata, ce cheval de labour. Face aux Bernois, le champion du monde se livra d'ailleurs à quelques incursions spectaculaires au-delà de la ligne médiane. C'est ainsi qu'il amorça l'action du but de la victoire (75e), signée Hassli.

Arrière latéral gauche du FC Bâle champion suisse en 2002, Philippe Cravero débarquait la même année au FC Servette. A son poste de prédilection, il se heurtait à la concurrence d'Alexsandar Bratic. Deux ans plus tard, alors que le Serbe végète en 1re Ligue, l'ex-Bâlois est jugé indispensable dans l'axe central de la défense. Au contact de Karembeu, il retrouve à 34 ans une nouvelle jeunesse! Aux yeux d'Ursea, il n'est pas question de dissocier cette paire qui lui donne satisfaction. Seulement, l'entraîneur n'a pas de solution de rechange digne de ce nom sur le flanc gauche. Hier encore, il devait se résoudre à titulariser le Brésilien Edu, lequel endosse une grosse part de responsabilité sur l'ouverture du score. En désespoir de cause, l'entraîneur prit le parti de sortir Edu au profit d'un attaquant supplémentaire. Il s'agit de Valdivia. Considéré comme l'élément le plus coté à la bourse des transferts, l'international chilien accuse de surprenantes baisses de régime. En vedette contre l'Argentine, il y a moins d'un mois à Santiago du Chili, il sort la tête basse dimanche, après sa deuxième expulsion depuis le début de la saison. Or, seul le transfert d'un Valdivia pourrait remplir les caisses du FC Servette ou plutôt celle de Marc Roger.

A moins que le Brésilien Joao Paulo et le Français Eric Hassli ne confirment leurs bonnes dispositions. Associés très exactement 35 minutes, en seconde mi-temps, ils poussèrent les défenseurs bernois dans leurs derniers retranchements.