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Vitorino Hilton mesure 1m80. En football, la taille compte.
© SYLVAIN THOMAS

Football

De Servette à Montpellier, Vitorino Hilton a combattu les attaquants autant que les préjugés

A 23 ans, il portait le maillot grenat avec Frei, Lonfat et Pédat. A 38 ans, il court toujours en Ligue 1, malgré sa petite taille (relative) qui lui a sans doute coûté une carrière plus belle encore

Deux fois champion de France avec Marseille (2011) et Montpellier (2012), quatre fois élu meilleur défenseur central de Ligue 1, Vitorino Hilton est un phénomène. Mais il aura fallu que ce Brésilien à l’élégance discrète atteigne l’âge canonique de 38 ans (il est né le 13 septembre 1977 à Brasilia) pour que le football français l’apprécie enfin à sa juste valeur. En France, seul le Troyen Benjamin Nivet est plus âgé (de quelques mois). Les amateurs suisses de football, eux, avaient déjà perçu son potentiel et sa classe il y a quinze ans, lorsqu’il débarqua anonyme à Genève. A l’époque, Servette jouait encore les premiers rôles en LNA. Et aux Charmilles.

Pour les Romands, vous restez l’ancien joueur de Servette, l’un des trois meilleurs Brésiliens vus à Genève avec José Sinval et Sonny Anderson.

- Grâce à Facebook et à l’ancien soigneur Jean-Claude Giovanola, j’ai retrouvé pas mal de monde de cette époque. On avait une jolie équipe: Frei, Lonfat, Comisetti, Oruma, Obradovic, Fournier, Lombardo, Senderos. En coupe d’Europe, on avait éliminé Prague, Saragosse et Berlin avant de perdre en 8es de finale contre le Valence de Benitez. On était aller gagner 3-0 à Berlin, j'avais marqué un but. Malheureusement, en championnat c’était le début de la domination de Bâle.

- Dans quelles conditions étiez-vous arrivé au Servette?

- Je jouais au Brésil, à Parana, et je devais signer au Mexique. Le président du club m’a alors parlé d’un club suisse qui cherchait un défenseur central. «Ça t’intéresse?». Pour moi, la Suisse c’était au milieu de l’Europe; un bon point de chute pour démarrer ma carrière ici et me faire repérer.

C’est ce qui s’est passé.

- Oui, mais ça n’a pas été si simple. Je ne l’ai su qu’après mais l’entraîneur Lucien Favre ne me voulait pas. C’est Patrick Trottignon qui m’avait fait venir. Favre ne me connaissait pas et voulait un défenseur central de grande taille, comme tous les entraîneurs à l’époque. Je crois qu’en plus, un autre défenseur brésilien de mon club était déjà venu passer un test et ça s’était mal passé. Lucien Favre m’a d’abord mis avec la réserve, et puis il est quand même venu me voir jouer au parc des Evaux, et là il a vu que je n’étais pas très grand mais que je sautais haut. Après, tout s’est bien passé avec lui. C’était un très bon entraîneur qui m’a aidé à m’adapter au jeu européen. Moi, j’aimais faire des crochets, dribbler l’attaquant, comme tous les défenseurs au Brésil. Il m’a fait comprendre que ce n’était pas possible en Europe.

Avec 7 centimètres de plus ou 10 ans de moins, ma carrière aurait pu être différente

- Durant l’hiver 2004, vous êtes transféré à Bastia.

- En Suisse, j’avais vraiment du mal à m’adapter au climat. Il faisait froid et j’étais souvent blessé. Je voulais rentrer au Brésil mais je n’avais pas d’offre. On m’a proposé un prêt de six mois en Corse. Là, le climat me convenait mais j’ai eu du mal avec la langue. Je commençais tout juste à me familiariser avec le français et eux me parlaient en corse.

Pourquoi être retourné dans le froid, à Lens, à l’été 2004?

- J’imaginais qu’il y avait le même climat dans tout le pays. Pour moi, en France il faisait moins froid qu’en Suisse, mais ça n’est pas vraiment le cas. Et puis finalement, je me suis adapté et je suis resté quatre saisons à Lens.

Vous avez figuré quatre fois dans l’équipe-type de la saison de Ligue 1, deux fois avec Lens, une fois avec Marseille et une fois avec Montpellier. Pourtant, le milieu peine à vous considérer comme l’un des meilleurs défenseurs du Championnat de France…

- C’est à cause de ma taille. Je ne mesure que 1m80, la moyenne à mon poste est 1m87 et on me juge toujours là dessus. Si je fais un bon match, on va dire que je m’en suis bien tiré malgré ma taille; si je fais un mauvais match, ce sera à cause de ma taille. Il y a pourtant beaucoup d’excellents défenseurs qui ne sont pas des géants, comme Marquinhos ou Thiago Silva, qui ne mesure que 1m82 mais qui a un excellent timing. Moi, je sais que cela m’a porté préjudice. J’ai appris il n’y a pas longtemps que le sélectionneur du Brésil avait envoyé plusieurs fois quelqu’un me voir à Lens. Le rapport était toujours le même: «bon joueur mais pas assez grand».

Vous avez le sentiment d’être arrivé au mauvais moment, lorsque le jeu était tout entier basé sur le physique?

- Il y a dix ans, tu prenais tous les ballons de la tête et tu avais fait ton match. L’attaquant pouvait te prendre de vitesse, c’était admis parce que c’était la mode des attaquants sprinters. Aujourd’hui, il y a plus de diversité, plus de technique. On essaye de jouer au ballon. Avec dix ans de moins, ma carrière aurait pu être différente. J’ai eu des contacts avec des clubs italiens ou espagnols qui peut-être, dans le contexte actuel, auraient abouti.

Finalement, c’est votre longévité qui a obligé tout le monde à s’apercevoir de vos qualités…

- Cette saison, je n’ai raté qu’un match, le premier pour lequel j’étais suspendu. Je suis fier d’être toujours performant à 38 ans. Pour un match où nous avions des blessés, nous avons pris le quatrième gardien. Je lui ai demandé: «Dimitri, tu as quel âge? Dix-huit ans?» Je pensais qu’il était au moins majeur, mais il m'a répondu: «Non, dix-sept.» Là, j’ai calculé que j’avais 21 de plus et que je pourrais être son père…

- Vous espérez jouer en Ligue 1 la saison prochaine à 40 ans?

- C’est mon objectif.

Quel est votre secret?

- J’ai toujours été sérieux en dehors du terrain et je n’ai jamais cherché de passe-droit à l’entraînement. Lorsqu’il y a une grosse séance physique de prévu, je ne vais jamais voir le préparateur pour avoir un programme à la carte. Je crois que moins on en fait et plus on est fatigué. 


- C’est la tête qui fait arrêter, plus que les jambes?

- J’en suis convaincu. A 33-34 ans, on commence à avoir moins envie de se faire mal, à être lassé. Je n’ai jamais connu cette période. En 2011, j’avais déjà 34 ans et on venait de faire le titre avec l’OM. Didier Deschamps m’avait prévenu que je n’étais que le quatrième défenseur central dans son esprit mais il me restait deux ans de contrat et je voulais rester et essayer de le faire changer d’avis. Mais durant l’été, nous avons été agressés [des cambrioleurs se sont introduit chez lui et l’ont menacé avec une arme devant ses enfants] et après ça, je n’ai eu qu’une idée en tête: quitter Marseille et protéger ma famille. On a rompu le contrat, j’étais libre et je me suis tout de suite mis d’accord avec Montpellier. J’ai été titulaire immédiatement et nous avons été champion de France la première saison. Peut-être que sans ça, j’aurais mis fin à ma carrière bien plus tôt... 


«Leicester ressemble au Montpellier de 2012»

Le libéro de Montpellier, qui recevait vendredi soir l’Olympique Lyonnais, donne son avis sur la Ligue 1, le PSG et l’équipe surprise de Leicester, probable futur champion d’Angleterre

- Le parcours de Leicester vous rappelle-t-il celui de Montpellier, champion de France 2012 devant le PSG?

- Comme nous, personne ne les attendait en début de saison. On était parti pour être dans les dix premiers et puis progressivement, on a vu qu’on avançait qu’on avançait et on a fini premier. Nous avions la réussite du champion mais aussi une très bonne équipe. En fin de saison, nous avions joué au Parc contre le PSG, nous avions à coeur de montrer à tout le monde que l’on était meilleur et on avait fait un super match (2-2).

- Vous êtes le dernier club à avoir été sacré avant le PSG.

- Ils sont vraiment au dessus, individuellement et collectivement. Ils peuvent se passer de 3-4 joueurs et continuer d’imposer leur jeu, ils savent qu’ils usent l’adversaire et que, au pire, les remplaçants feront la différence.

Le milieu pro supporte-t-il Paris en Ligue des champions?

- Oui, je crois. Tout le monde a intérêt à ce qu’un autre club français remporte un jour la coupe d’Europe. Cela libérerait une place supplémentaire en Ligue des champions et mettrait un peu plus en valeur le Championnat de France.

Que vaut la Ligue 1, selon vous?

- Je considère que c’est l’un des trois championnats les plus difficiles en Europe, après la Liga espagnole et la Premier League anglaise. Il y a beaucoup de densité physique, beaucoup de duels, tous les matchs sont très disputés. C’est beaucoup plus serré qu’ailleurs. En France, trois bons résultats et vous pouvez viser les places européennes, deux défaites et vous êtes en danger de relégation. C’est notre cas à Montpellier. Cette saison, il faudra se battre jusqu’au bout.


Montpellier attend la Suisse et l'Italie

Les deux sélections s’installeront début juin dans l’Hérault

Huitième agglomération de France (580 000 habitants, dont 70 000 étudiants), ville-hôte de la Coupe du monde 1998, Montpellier n'a pas porté candidature pour accueillir des matchs de l'Euro 2016. La ville la plus sportive de France (football, volley, rugby, handball, baseball, water-polo, tennis de table, hockey sur glace et basket y sont joués au plus haut niveau national) se consolera avec la présence dans ses murs de deux sélections: l'Italie et la Suisse.

Il y a peu de chances que les deux équipes se rencontrent (comme c'était le cas pour l'Italie au Mundial 78, où elle partageait son hôtel avec la France). La squadra azzura a choisi le Marriott local, près de l'Hôtel de Ville, et s'entraînera au Domaine de Grammont, tout à l'est de la ville, sur les magnifiques installations du Montpellier Hérault Sport Club. La Suisse, elle, s'installera au Vichy Spa hôtel de Juvignac, une commune située à l'ouest de l'agglomération et séparée de Montpellier par une petite rivière appelée la Mosson. De la terrasse de l'hôtel, le stade de la Mosson (où joue l'équipe de Vitorino Hilton et où s'entraînera la Suisse) n'est qu'à 500 mètres à vol d'oiseau.

Sous bonne garde

Ouvert le 7 mai 2014, le Vichy Spa hôtel est un 4 étoiles fonctionnel et chaleureux, décoré dans les tons beige, marron, ocre. Il est équipé d'un spa (dont une grande piscine couverte), possède un restaurant gastronomique réputé (mais les chefs, les frères Pourcel, cèderont la place aux cuisiniers de la Nati) et jouxte un terrain de golf. Son personnel a l'habitude de recevoir des groupes sportifs, comme l'équipe de France de basket l'an dernier ou, régulièrement, les adversaire des équipes de Montpellier.

La Suisse a réservé les 90 chambres, le spa et le restaurant pour 21 jours. D'importantes mesures de sécurité seront mises en place d'ici au début du mois de juin. L'hôtel n'a pas encore reçu la date exacte de l'arrivée des Suisses. La date du départ, elle, dépendra des résultats sportifs. La ville de Montpellier y sera directement intéressée. En cas de qualification de l'équipe de Suisse pour les huitièmes de finale, Montpellier touchera 40 000 euros de l'UEFA pour la mise à disposition du stade de la Mosson. De quoi choyer la Nati. 

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