Six buts inscrits devant plus de 17 000 spectateurs. Résumée ainsi, la victoire du Servette FC face au Lausanne-Sport (4-2), samedi au stade de Genève, pourrait prendre des airs de feu d’artifice. Mais non. Derrière ce score trompeur, le derby lémanique, premier du nom parmi l’élite depuis le 9 décembre 2001, aura surtout mis en évidence les lacunes des deux néopromus en Super League.

Après une bonne entame, qui a vu le Ghanéen Ishmael Yartey ouvrir le score dès la 7e, Servette a offert l’égalisation aux Vaudois dix minutes plus tard – bévue de François Moubandje sur un dégagement du gardien Fabio Coltorti, qui permit à Steven Lang de filer seul au but. Et puis plus grand-chose question jeu. Jusqu’à ce que Marcos De Azevedo ne surgisse pour démontrer qu’un pied gauche peut porter bonheur de diverses façons. Le Brésilien a d’abord profité d’une relance catastrophique de Nicolas Marazzi (35e), puis d’un coup franc (43e), pour tromper doublement Coltorit et offrir deux longueurs d’avance aux Genevois.

Un matelas réduit de moitié peu après la reprise (53e), à nouveau par Steven Lang, suite à une invraisemblable succession d’erreurs défensives côté servettien. Tandis que Lausanne, un temps revigoré, commençait à prendre un vague ascendant, le penalty transformé par Goran Karanovic à la 72e mettait un terme au suspense. Quatre buts à deux, certes, 17 342 spectateurs bien sûr, mais au final, une assez triste rencontre de football, bien en-deça de ce que les deux formations avaient présenté à l’échelon inférieur l’automne dernier.

«On n’était pas bons», tranche l’entraîneur lausannois Martin Rueda. «Nous n’étions pas prêts dès le début et mes joueurs ont fait beaucoup trop d’erreurs. Il y des jours comme ça… Nous n’étions pas assez rapides dans les prises de décision, il y a eu des problèmes au niveau physique et j’ai aussi ressenti une certaine fatigue mentale.» Un tableau plutôt sombre, trois jours après la rude et injuste défaite essuyée contre Lucerne mercredi. «Quatre matches trois points, le bilan chiffré n’est pas satisfaisant, c’est clair», reprend le Zurichois de la Pontaise. «On va analyser tranquillement, oublier ce match le plus vite possible et repartir de l’avant. Nous avons suffisamment d’images et de vécu en commun dans lesquels puiser pour retrouver la confiance.»

Le moral était évidemment bien meilleur côté servettien à l’issue des courses. Lionel Pizzinat, s’il a perdu sa place de titulaire dans l’entrejeu, n’en reste pas moins un pilier du vestiaire. Il apprécie l’instant présent: «Une jolie victoire contre le LS, du monde au stade et une belle opération au classement… [samedi soir, Servette, 7 points au compteur, partageait la tête du classement avec Thoune, Lucerne et Sion] On a la confirmation que le groupe est de qualité. Il faut continuer sur cette lancée dès dimanche prochain à Neuchâtel, parce qu’on sait qu’il y aura des moments plus difficiles.»

Sage analyse. Parce qu’avec les largesses défensives entrevues dans la défense «grenat», l’avenir ne s’annonce pas forcément des plus roses dans un championnat très compact. «Nos défenseurs sont très jeunes et à cet âge, il y a toujours des choses à corriger», admet le coach João Alves. «C’est mon métier de faire en sorte qu’ ily ait une amélioration dès le week-end prochain. Mais j’ai suivi ce match avec plaisir. Servette a une bonne équipe, qui évolue dans une excellente ambiance de travail, avec des jeunes qui veulent réussir leur carrière.»

Elle a connu samedi un joli pic émotionnel. Même si, derrière certaines apparences, il y a encore beaucoup de pain sur la planche.