Servette veut toujours y croire

Football Le regain sportif du club est plombé par une crise financière sérieuse

Samedi au Stade de Genève, spectateurs et dirigeants faisaient toujours confiance au président Quennec

La Praille, samedi soir, passé 22 heures. Plus de nonante minutes après la fin du match, le Seat Lounge a plus des allures de café des sports que de salon VIP. Ne restent que deux serveuses qui ont mal aux pieds, un petit groupe d’anglophones qui se prend en photo avec l’entraîneur Kevin Cooper, celui de Bienne, Jean-Michel Aeby, qui discute avec son cousin et des potes de Genève. Nous attendons Hugh Quennec. Le président de Servette est là, manteau noir, visage émacié. Bras croisés dans le dos, il est en grande conversation avec Eric Pédat, le gardien du dernier titre de Champion de Suisse (1999).

Pas facile de déranger Hugh Quennec sans paraître importun. La presse n’a en principe pas accès au deuxième étage, celui des VIP, du Stade de Genève et les journaux n’ont pas été tendres depuis l’annonce le 31 mars d’une situation de cessation de paiement. Les médias ont tous pris le parti de politiciens genevois fâchés de découvrir: 1) les nouveaux problèmes financiers du club et 2) que Servette voulait leur refiler la patate chaude d’un stade trop cher à entretenir et trop dur à remplir. Alors on attend Quennec comme d’autres Godot et l’on rembobine le film de la soirée. L’arrivée, dans cette Praille de béton brut, inhospitalière au possible, malgré les coups de pinceau donnés çà et là par des bénévoles. Dans la vision à l’américaine du président de Servette, un club incarne une communauté, un esprit, des valeurs. Alors il a fait peindre les mots «respect», «passion», «patrimoine», «discipline», sur la façade.

Cela peut faire sourire mais, à moyen terme, c’est plus payant que d’inscrire «entrée gratuite». D’ailleurs, malgré le «tous au stade!» lancé par Michel Pont dans la Tribune de Genève, malgré la qualité de l’affiche (les deux meilleures équipes du second tour) et malgré l’importance des enjeux sportif (la première place pour Servette) et symbolique (soutenir le club), le stade n’est rempli qu’aux 10% de ses 30 000 places. Et cette impression de connaître ou de reconnaître la plupart des spectateurs, les même qu’il y a vingt ans. La silhouette s’est souvent épaissie, pas le portefeuille. En salle de presse, Jacques Ducret, mémoire du Servette, rappelle quelques vérités sur le club «dont la première crise financière date des années 1932-1933», les grandes familles genevoises «qui n’ont jamais été nombreuses à soutenir le Servette, et encore moins à partir de l’arrivée de Canal + et d’investisseurs étrangers» et ce fichu stade «que l’Association suisse de football a voulu en dépit du bon sens, pour décrocher l’organisation de l’Euro 2008».

Arrive le match, étonnamment bon. Servette qui se donne corps et âme ne marque pas, se fait planter en contre juste avant la mi-temps, trouve en seconde les ressources d’égaliser, pas de gagner. Le buteur est un Genevois, Benjamin Besnard. Son père et son oncle ont joué à Servette. Son père est là, au Seat Lounge, à refaire le match avec d’autres anciens. Le prince Igor est là également. Sous ce pseudo, référence à la star des années 90 Igor Dobrovolski, l’un des fondateurs du blog Les enfants du Servette. Avec son frère Cédric, alias «Julian Karembeu», ils soufflent sur les braises de la passion grenat. «C’est une question de dynamique. Vous l’avez vu, le match était bon. Un stade plein y aurait pris du plaisir, serait reparti satisfait. Mais ici, le public est versatile, les sponsors frileux, les médias pas très positifs.» Et Quennec? «Il devrait être plus transparent mais il fait de son mieux. Ce n’est peut-être pas le meilleur mais lui il est là.»

Et il a fini de parler avec Pédat. Approche rapide, refus cordial. «Envoyez-moi un SMS et je vous appelle quand je peux.» Ce qui s’appelle botter en touche, pour celui qui est aussi président de la section rugby. Mais lundi de Pâques, 15 heures, il rappelle. Un long entretien de plus d’une heure, dont 27 minutes de plaidoyer ininterrompu, pour nous expliquer sa philosophie et dresser un parallèle avec ce qu’a connu le hockey sur glace. Mêmes débuts difficiles, mêmes tempêtes financières traversées, même envie de travailler en profondeur et sur le long terme. Même nécessité de réformer l’outil de travail, le stade comme la patinoire.

La grande différence, c’est l’écho médiatique. «Il y a dix fois plus de journalistes, qui ne retiennent que le mot «faillite» alors que depuis trois ans nous avons monté un vrai projet: équipe, encadrement, formation, communauté; tout est en train de prendre.» Il ne regrette pas d’avoir jeté un pavé dans la mare. «Tout le monde a conscience désormais qu’il faut faire quelque chose pour ce stade et pour soutenir le club.»

Hugh Quennec estime avoir «de bonnes relations» avec les autorités, avec qui il recherche «des solutions et non le conflit». Avant de raccrocher, il répète: «Je ne suis pas là pour revendre le club avec un bénéfice; je suis là parce que je veux faire quelque chose d’important et de positif pour la communauté.»

«Tout le monde a pris conscience désormais qu’il faut faire quelque chose pour ce stade et pour Servette»