Football

Servette-Zurich, sommet au ras du gazon

Le FC Zurich Frauen, quatre doublés coupe-championnat ces cinq dernières saisons, est tombé samedi à Balexert contre Servette (3-2). Le football féminin suisse est en pleine mutation, même si certaines choses évoluent plus vite que d’autres

«Papa, elle est où la montre?» Appuyé sur la main courante, le père met quelques secondes à comprendre ce que lui demande son fils. «Tu veux dire l’horloge? Avec le tableau d’affichage?» A Balexert, le centre d’entraînement du Servette FC, tout près du grand centre commercial du même nom, les supporters sont en manque de repères. Toute la journée, les matchs de juniors se sont succédé sur les deux terrains en herbe et le synthétique. A 15h ce samedi, celui du milieu accueille le choc au sommet de la LNA féminine entre le Servette FC Chênois Féminin, en maillot grenat, et le FC Zurich Frauen, en blanc.

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Il y a une centaine de spectateurs, qui n’ont eu qu’à pousser la grille. L’entrée est libre. Pas de ticket d’entrée, pas de publicité, pas de compositions d’équipes annoncées au micro. Le public, pour la plupart, s’en passe aisément: habitués ou proches, ils connaissent les joueuses. Sinon personnellement, au moins par déduction: la grande, en défense, ce doit être Caroline Abbé, ancienne joueuse du Bayern Munich et du FC Zurich, revenue à Chênois, devenu Servette en 2017. Et la gardienne, Gaëlle Thalmann, autre internationale, arrivée cet été.

Très jeunes pousses zurichoises

Evidemment, le contexte aurait été bien différent, plus solennel, si le match s’était joué à la Praille, au Stade de Genève. La faute à un champignon qui grignote la pelouse, et à la priorité donnée au match international Suisse-
Irlande le 15 octobre. Mais la main courante de Balexert n’est pas dénuée d’intérêt. Elle permet de constater notamment la jeunesse de certaines Zurichoises. Deux sont nées en 2000, trois en 2002, dont la très prometteuse meneuse Ella Ljustina, capitaine de l’équipe de Suisse M17.L’autre avantage de ces conditions dignes du football des talus est de supprimer un biais cognitif.

Dans un grand stade, le cerveau prend pour référence ce qu’il est habitué à voir en pareil décor. Ici, la comparaison se fait plutôt avec de la deuxième ligue Inter, et elle devient flatteuse pour les féminines, car l’équilibre entre les capacités techniques et la puissance physique est beaucoup mieux respecté. Ça joue bien, propre, très collectif, et avec une intensité qui ne s’atténue pas au fil des minutes malgré la forte chaleur.Servette domine au milieu de terrain, sans parvenir à se créer de vraies occasions de but. Scénario classique: Zurich contre, Ljustina s’échappe, bute sur Thalmann mais le ballon revient dans les pieds de Barla Deplazes (26e, 0-1). Les Genevoises réagissent avant la mi-temps sur deux corners: le premier est repris de la tête par Marianne Di Pasquale (34e, 1-1), le second débouche sur un penalty que transforme la capitaine Maeva Sarrasin (39e, 2-1).

A la mi-temps, il est temps pour l’équipe de Vuisternens-Mézières, assise dans l’herbe, de repartir. «Nous jouons à 18h aux Trois-Chêne contre Servette II, explique l’une des joueuses. On s’est arrêtées pour voir, c’est rare de pouvoir assister à un match de LNA.» Jusqu’à la saison passée, il y avait Yverdon, pilier du football féminin romand. Mais les Nord vaudoises ont été reléguées, victimes de l’avènement des sections féminines intégrées dans les grands clubs. Zurich, le pionnier, a réussi quatre doublés coupe-championnat ces cinq dernières saisons, mais est désormais bousculé par Young Boys, Lugano, Bâle et surtout Servette, qui a recruté huit joueuses cet été.

400 000  francs de budget

«Nous ne visons pas un titre mais un objectif: permettre à de plus en plus de jeunes Genevoises d’évoluer en Ligue nationale A, et pour cela il fallait les entourer d’éléments d’expérience», explique Didier Fischer, le président du Servette FC 1890 SA, qui soutient financièrement le club. Le budget pour la section féminine avoisine les 400 000  francs, sans compter les coûts pris en charge par la structure Servette (secrétariat, lavage des maillots, car,  etc.).

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A Genève, le club sent bien que le timing est favorable: l’engouement autour du retour des garçons en LNA, le succès populaire de la Coupe du monde, l’exemple voisin de Lyon, la fin de cycle du FC Zurich, revenu fatigué jeudi d’un long déplacement européen à Minsk. En seconde mi-temps, Sarrasin marque encore (55e, 3-1) mais Servette perd la très active Sandy Mändly sur blessure alors que Zurich fait rentrer l’internationale Cinzia Zehnder, réduit le score par Fabienne Humm (73e, 3-2) et ne passe pas loin de l’égalisation, malgré l’expulsion de la gardienne Livia Peng pour une sortie (pas forcément fautive) qui laissera Léonie Fleury longtemps sur le carreau.

«Cette défaite est regrettable, nous avons trop reculé après l’ouverture du score, mais nos joueuses travaillent ou sont étudiantes et j’ai changé cinq titulaires pour ce match, expliquait l’entraîneur, l’ancien professionnel Ivan Dal Santo, bien conscient que le FCZ n’est plus seul en Suisse désormais. «Aujourd’hui je suis déçu mais, globalement, l’arrivée de Servette est une bonne chose pour tout le monde. Gagner le championnat avec 30 points d’avance, ça n’est pas très intéressant.» 

L’apport des trois 
recrues françaises

Mais Servette n’est pas encore champion. D’ailleurs, c’est Bâle qui est en tête: 10 points, contre 9 aux Genevoises, qui ont chuté d’emblée à Berne. «Ce jour-là, il y a eu un push actu de la RTS pour dire que nous avions perdu», raconte un membre du club, encore surpris de ce que cette anecdote révèle. «A YB, le contexte était particulier [premier match depuis la mort accidentelle de Florijana Ismaili], rappelle l’entraîneur, Eric Sévérac. Nous avions des joueuses mais pas encore une équipe. Cela va mieux, même si nous peinons encore un peu à finir nos actions.»

Les Romandes ont en revanche comblé leur traditionnel retard athlétique sur les Alémaniques. «Nous avons fait cet été une grosse préparation physique, qui nous a permis de tenir en fin de match», estimait la capitaine grenat Maeva Sarrasin. Contrairement aux idées reçues, ce n’est pas sur ce plan que les trois recrues françaises apportent le plus. «Au contraire, elles sont plutôt menues et ont d’abord été surprises de l’impact physique qu’il y a en LNA, détaille Eric Sévérac. En revanche, elles sont en excellente condition et très professionnelles dans l’approche. Si l’on veut progresser, cela passe par là.» 

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