Dans un film choc, Any given sunday - bêtement traduit en français par L'Enfer du dimanche - Oliver Stone a conté la vie d'une équipe de football américain. Hors du stade, il n'y était question que de «sex, drug & rock'n'roll» (plutôt rap, vu l'époque). De partouzes géantes organisées à tour de rôle dans les luxueuses villas des joueurs, peuplées d'une armada de call girls à 1000 dollars de l'heure. Edifiant, mais sans doute un brin caricatural.

A l'opposé, on se souvient que, lors du Mondial de foot 1986 au Mexique, la sélection germanique avait été cloîtrée dans son hôtel par le coach, un certain Franz Beckenbauer, histoire d'éviter la moindre intrusion féminine. Cette année, en pleine phase de préparation à la Coupe du monde, Carlos Alberto Parreira laissait au contraire les portes de ses Brésiliens joyeusement ouvertes à leurs compagnes. Il y a vingt ans, la Mannschaft alla jusqu'en finale (2-3 contre l'Argentine de Maradona). En 2006, la Seleção s'est faite sortir en quarts par la France (0-1).

Existe-t-il donc un rapport entre le sexe et les performances des sportifs ou sportives d'élite? Le câlin appuyé est-il néfaste sur ce plan? A dire vrai, toutes les théories et les pratiques circulent dans la nature. Quelques certitudes se dégagent néanmoins.

«Pour un athlète de haut niveau, faire l'amour moins de six heures avant la compétition s'avère très dommageable», constate le Dr Willy Pasini, sexologue réputé installé à Genève. «Malgré l'augmentation du taux de testostérone, il risque de perdre sa force musculaire et sa réactivité. Pourquoi? On n'en sait rien, mais des études scientifiques le prouvent. En revanche, l'activité sexuelle à n'importe quel autre moment contribue à entretenir sa forme physique, grâce à la montée de la testostérone.»

Du côté des dames, c'est l'inverse. «L'orgasme féminin agit tel un dopage autorisé. Des recherches sérieuses effectuées en Israël le démontrent, poursuit Willy Pasini. D'ailleurs, de nombreuses sportives s'adonnent au sexe juste avant d'entrer en piste. Chez elles, on ne constate aucune déperdition d'énergie, mais une augmentation de l'activité musculaire. Même les chanteuses d'opéra améliorent leur voix de cette manière! Cela ne fait pas de doute, la femme est avantagée au regard de l'homme.»

Psychologue du sport lui aussi renommé, Mattia Piffaretti reste songeur: «Nous avons peu investigué sur cette problématique. A titre personnel, je dirais qu'une relation complète diminue le stress, suscite un état de relâchement et de confiance. Si le rapport est incomplet, il provoque une excitation qui peut s'avérer bénéfique. En revanche, selon l'individu, on voit aussi une grosse perte d'influx physique et nerveux. Quoi qu'il en soit, j'aurais tendance à déconseiller le sexe avant l'effort.»

Voilà pour les avis des médecins du corps et de l'âme. Sur le terrain, après des décennies d'interdits et de silence, la «mode» actuelle est résumée par Michel Pont, entraîneur adjoint de la Nati: «Il n'y a plus de tabou. Tous les footeux sont portés sur la chose, on le sait bien! D'où certaines règles élémentaires au sein de l'équipe nationale. Ni épouses ni copines lors d'un stage de trois jours. Si celui-ci dure dix jours - par exemple quand nous disputons deux matches le samedi puis le mercredi - ça change, pour cause de vidage... de tête. Les joueurs sont libres le dimanche jusqu'à 23 heures. Ils font ce qu'ils veulent, avec ou sans femmes. Après, ceinture! Troisième cas de figure, la Coupe du monde qui nous a rassemblés six semaines. La période de préparation a été entrecoupée de plages de congés, en général un jour et demi par huitaine. Depuis notre départ vers l'Allemagne, terminés les congés. Les épouses ou compagnes des joueurs les ont rejoints à deux reprises, après les rencontres face à la France et la Corée du Sud. Elles ont passé la nuit à l'hôtel.»

Ce libéralisme contrôlé se base sur le bien-être psychique qu'offrent les retrouvailles avec le noyau familial, dixit Michel Pont. L'assistant de Köbi Kuhn précise cependant que la veille d'un match, «c'est non! Pas pour des raisons physiologiques, mais afin de respecter la discipline et l'harmonie du groupe. Autrement, c'est l'anarchie. Les joueurs se plient sans problème à cette consigne. En cinq ans et demi, je n'en ai pas pris un seul en train de faire le mur la nuit...»

Paul-André Cadieux, 59 ans, a tout connu. D'abord comme hockeyeur professionnel, puis entraîneur de multiples clubs (actuellement le Lausanne HC). «Dans ma carrière, le sexe n'était pas un fruit défendu. Au Canada, on avait des heures de rentrée, point barre. Entre-temps, on faisait ce qu'on voulait. En tant que coach, je n'ai jamais dit aux gars: «Vous vous la serrez avant le match!» En langage fleuri, l'Ontarien continue: «L'amour, c'est pareil à une phase d'échauffement, pour autant que tu aies assez d'oxygène. Il faut laisser la fenêtre ouverte. On associe souvent l'activité sexuelle à une débauche énergétique ou un manque de sommeil. Moi, je crois que ça dépend si tu le fais avec ta partenaire habituelle ou une conquête d'un soir style Raquel Welch. Parce que là, tu seras bien plus excité!»