Sports d'hiver

Shiffrin et Hirscher, prodigieux duo

L’Américaine, spécialiste de slalom, a remporté la première descente de sa carrière pendant que l’Autrichien a gagné une course quatre mois après s’être cassé une cheville. La reine et le roi du ski alpin ne vacillent pas sur leur trône

Ils furent la grande dame et le grand monsieur des Mondiaux de Saint-Moritz en février dernier. Ils ont enchaîné quelques semaines plus tard en remportant le classement général de la Coupe du monde, et le fameux globe de cristal qui va avec. Mais ils sont davantage que ce que ces résultats disent d’eux. Elle: un prodige comme le ski n’en voit naître que tous les dix ans. Lui: un «monstre», répètent ses concurrents transis d’admiration. Mikaela Shiffrin et Marcel Hirscher sont à part dans le Cirque blanc. Ils l’ont encore prouvé lors des dernières épreuves de la traditionnelle tournée nord-américaine.

Mentalement, les grands champions peuvent mobiliser des ressources insoupçonnables pour les autres

Florence Masnada, ancienne skieuse aujourd’hui consultante pour Eurosport

Intouchable en slalom depuis cinq ans, l’Américaine de 22 ans a remporté à Lake Louise la première descente de sa carrière, ajoutant une corde de polyvalence à l’arc de son talent. Intouchable tout court depuis une année de plus, Marcel Hirscher s’est imposé en patron lors du géant de Beaver Creek moins de quatre mois après s’être brisé la cheville gauche à l’entraînement.

La première montre à ses rivales qu’elle peut chasser hors de sa zone de confort. Le second décourage ceux qui pensaient pouvoir profiter de sa préparation tronquée pour le détrôner. Symboliquement, le coup porté à la concurrence est rude. «C’est la différence entre les champions et les grands champions: mentalement, ces derniers peuvent mobiliser des ressources insoupçonnables pour les autres», analyse l’ancienne skieuse française Florence Masnada, aujourd’hui consultante pour Eurosport.

Mikaela Shiffrin: «Je veux être la plus forte techniquement, la plus complète»

Ce week-end, Mikaela Shiffrin est entrée dans une nouvelle dimension. Cela fait longtemps que la skieuse de Vail, dans le Colorado, subjugue les observateurs et dégoûte ses adversaires. A 22 ans, elle est triple championne du monde en titre de slalom. Entre 2015 et 2016, elle a remporté douze épreuves consécutives entre les piquets serrés. Un beau jour, elle a devancé sa dauphine de plus de trois secondes.

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Mais ces exploits sont d’abord restés limités à sa discipline de prédilection et à quelques incursions en géant. En février dernier encore, malgré quelques expériences encourageantes avant les Mondiaux, elle se refusait à prendre le départ des épreuves de vitesse de Saint-Moritz, histoire de ne pas s’éparpiller. Dans les Grisons, elle confiait toutefois son rêve de toucher à tout: «J’ai envie d’être la meilleure skieuse du monde. Je veux être la plus forte techniquement, la plus complète. Un jour, j’aimerais être en mesure de gagner des super-G et des descentes. J’ai encore beaucoup de travail pour atteindre cet objectif.»

Dans la lignée des plus grandes

Elle n’a pas traîné. A Lake Louise, elle a triomphé lors la quatrième descente de Coupe du monde de sa carrière seulement. «Mikaela est un phénomène, admire Florence Masnada. Elle s’inscrit aujourd’hui dans la lignée des grandes polyvalentes, capables de gagner dans toutes les disciplines, et présente le même profil que la plupart: elle vient du slalom, n’a pas peur de la vitesse et, petit à petit, elle apprend à mettre son incroyable technique au service de la glisse.»

Seules cinq skieuses ont jusqu’à aujourd’hui réussi à s’imposer dans les quatre types d’épreuves: Petra Kronberger, Pernilla Wiberg, Janica Kostelic, Anja Pärson et Lindsey Vonn. Pour rejoindre le club, il ne manque plus qu’un super-G à Mikaela Shiffrin. Pour combien de temps? «C’est à sa portée immédiate, reprend Florence Masnada. Attention toutefois au risque de trop en faire: en jouant sur tous les tableaux, on ne s’arrête plus entre les déplacements, les tests de matériel, les contraintes médiatiques… C’est un défi compliqué, mais tellement beau!»

Convalescence expresse

Marcel Hirscher, lui, ne remportera probablement jamais de descente – il n’en a jamais disputé en Coupe du monde – mais cela ne l’empêchera pas de laisser une trace indélébile dans l’histoire du ski alpin. Il a remporté le grand globe de cristal ces six dernières saisons, ce que personne n’avait fait avant lui, et rien n’indique qu’il en a terminé.

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Ses concurrents ont toutefois dû se dire qu’une occasion se présentait lorsque, le 17 août dernier, l’Autrichien s’est fracturé la cheville gauche pendant sa première journée d’entraînement sur la neige du glacier du Mölltal. Il n’a pas eu besoin d’opération, mais d’un plâtre pendant plusieurs semaines et il était naturellement en retard sur sa préparation lorsqu’il a rechaussé ses lattes le lundi 6 novembre. Or cinq jours plus tard, il était au départ du premier géant de la saison à Levi (Finlande). Un peu juste physiquement, mais debout à l’arrivée (17e).

«Une connaissance parfaite de son corps»

A Beaver Creek, il était déjà plus fort que tout le monde. «C’est incroyable. Difficile à croire. Mais depuis deux jours, j’ai retrouvé mon meilleur niveau», déclarait-il sobrement après la course. «C’est le privilège des sportifs de son rang: il a une connaissance parfaite de son corps qui lui permet de retrouver ses repères rapidement», analyse Florence Masnada.

Le Cirque blanc déplacera dès ce week-end son chapiteau de la neige nord-américaine aux pistes européennes – les dames à Saint-Moritz, les hommes à Val d'Isère (France) – où la Coupe du monde se poursuivra. Marcel Hirscher est encore loin de la tête du classement général, Mikaela Shiffrin est déjà loin devant ses concurrentes, mais tous les deux ont clairement montré leur intention de ne pas laisser leur trône vacant sans skier de plus belle.


Lara Gut, retour en forme

Les premiers résultats de Lara Gut suggéraient qu’il lui faudrait un peu de temps pour retrouver son meilleur niveau. Gravement blessée en février dernier, la skieuse tessinoise a connu un retour difficile en slalom géant (une élimination, une 23e place) puis en descente (9e et 15e des deux épreuves de Lake Louise). La médaille d’argent obtenue lors du premier super-G de la saison, dans la même station canadienne, lui a toutefois permis de (se) rassurer: elle luttera bien avec les meilleures en cette année olympique.

«Je n’ai plus à me montrer patiente. Je dois viser la victoire lors de chaque course», a réagi celle qui a remporté le général de la Coupe du monde en 2015-2016. Cette année-là, Mikaela Shiffrin avait longtemps été blessée. La saison suivante, c’est la Suissesse qui s’est retrouvée au tapis. Le duel des deux championnes pourrait enfin donner sa pleine mesure cet hiver.

Les promesses de l’équipe suisse

Pour le ski suisse, la forme de Lara Gut est une bonne nouvelle… parmi d’autres. Sur la lancée de Mondiaux de Saint-Moritz parfaitement négociés (sept médailles), l’équipe nationale collectionne les bons résultats et les promesses. Chez les dames, la slalomeuse Wendy Holdener apparaît très affûtée (un podium) tandis que la technicienne Michelle Gisin se découvre une âme de descendeuse (une troisième place à Lake Louise). Chez les hommes, Beat Feuz a déjà gagné une descente et signé un deuxième rang, tandis que les techniciens (Murisier, Yule, Aerni, Meillard) frappent avec insistance à la porte du podium au moment où la Coupe du monde revient en Europe.

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