Comme on peut aduler le sport de haute compétition dans toutes les postures et sur les terrains les plus inattendus, nous bullions l’autre jour dans les délicieux abysses d’un canapé mou avec, à la commissure de lèvres exagérément pulpeuses, cet embryon de filet de bave qui vous annonce que Morphée ne rôde pas loin et que, bientôt, vous aurez mal aux cervicales. A chacun sa gloire. En toile de fond grésille la retransmission télévisée de la Vuelta, bijou du cyclisme outre-pyrénéen, d’ailleurs les paysages ont l’air magnifiques. Paupière lourde et cœur léger donc, lorsque soudain, soudain, ce fut l’inverse…

Accélération d’«El Pistolero», réveil en sursaut. Ni rêve, ni cauchemar, juste la réalité. Alberto Contador, injustement suspendu pour dopage sous prétexte qu’il n’a pas su prouver que l’arête était dans son bifteck, effectue son grand retour. La giclette du Madrilène stupéfie moins qu’avant, certes, mais le panache ne meurt jamais. Phénix en selle, il explose la concurrence et endosse le maillot rouge – tenue qu’on réserva longtemps aux bourreaux.

La Vuelta semble ne plus pouvoir échapper à Contador. Le reporter, aux anges, magnifie la dimension d’un «homme exceptionnel» et, au micro, le champion pleure toute l’émotion de celui qui revient de l’enfer. Il remercie ceux qui ont cru en lui. Ça fait longtemps qu’on a essuyé le filet de bave.

Et puis le doute, qui ne fait pas du tout saliver. Faut-il croire en lui? Au vélo par extension? Et au football, au tennis, à l’athlétisme, à la natation, faut-il y croire? Depuis le contrôle positif du pongiste allemand de souche ukrainienne Dimitrij Ovtcharov… Alberto Contador pourtant, sa rupture d’anévrisme en 2004, ce petit frère handicapé à qui il dédie chacun de ses coups de pédale, c’est une formidable histoire. Presque aussi belle et vendeuse que celle de Lance Armstrong, son cancer des testicules et les torgnoles de son père adoptif.

Le Texan est tombé. Doit-on donner crédit à Contador? On veut bien tout accepter, y compris les transfusions de sang de yak transgénique. Mais il faut nous dire, maintenant. Nous dire si, au fin fond de nos canapés mous, on peut faire confiance à nos rêves. Si on peut dormir sur nos deux oreilles, y compris un mercredi après-midi pendant la 17e étape de la Vuelta.