Saut à skis

Simon Ammann, éternel jeune homme

Avec la fraîcheur d’un néophyte de la chose olympique, centré sur les progrès qu’il doit réaliser, le Saint-Gallois de 36 ans aborde ses sixièmes Jeux en voulant s’approcher des meilleurs

«Depuis le début des entraînements ici, j’ai déjà réalisé des progrès intéressants. Lors des qualifications, j’ai vraiment eu de bonnes sensations. Je sais que je dois mettre un peu plus d’énergie au décollage, être un peu plus fluide et gagner un peu de vitesse lors du vol. Mais j’avance par étapes et je suis désormais en confiance avant la finale de samedi. Je crois que je peux m’approcher des meilleurs.»

Progression. Points à améliorer. Confiance à installer. Ces mots pourraient être ceux d’un jeune sauteur à skis qui découvre le monde merveilleux des Jeux olympiques et, devant l’importance de l’événement, tente de se reconcentrer sur sa propre performance. Il s’agit en fait de la réaction à chaud, après sa dixième place en qualifications jeudi soir, de Simon Ammann. A Pyeongchang, le Saint-Gallois de 36 ans participe à ses sixièmes JO mais il a encore tout d’un athlète en début de carrière. Le visage, le regard pétillant, la fraîcheur.

Harry Potter aux JO épisode VI

De toutes les installations olympiques, le centre de saut à skis d’Alpensia est celui qui se repère le plus loin à la ronde. Dressés au-dessus des montagnes du Gangwon-do, dont la plupart ne culminent qu’autour des 1400 mètres d’altitude, les tremplins ont la drôle d’allure d’un phare posté au milieu des terres. On y saute depuis mercredi déjà. Les premières médailles y seront distribuées samedi soir au terme d’une finale qui débute à 21h35 en Corée du Sud – 13h35 en Suisse. Un horaire idéal pour assister au sixième épisode de «Harry Potter aux Jeux olympiques».

Simon Ammann était à Nagano en 1998, à Salt Lake City en 2002, à Turin en 2006, à Vancouver en 2010 et à Sotchi en 2014. En saut à skis, ce n’est pas un record à cause de l’inoxydable Japonais Noriaki Kasai (45 ans), qui était en plus de la partie à Albertville en 1992 et Lillehammer en 1994, mais cela reste impressionnant. D’autant plus que le Saint-Gallois a gagné quatre médailles d’or (doublé petit et grand tremplins en 2002 et 2010). Il n’a plus rien à prouver, mais il est toujours là. «Bien sûr qu’il y a des aspects qu’on retrouve d’une édition à l’autre, dit-il. Mais il y a toujours de nouvelles choses à découvrir. Je reviens toujours avec excitation.»

Boucler la boucle

Loin des meilleurs à Nagano, il avait triomphé quatre ans plus tard. Idem à Vancouver après sa débâcle de Turin. Comme le champion fut encore à côté de ses lattes à Sotchi (une 17e et une 23e place), les esprits les plus optimistes se laissent le droit d’espérer de nouvelles folies signées «Simi». Les «empêcheurs de rêver» rétorquent qu’il faudrait un sacré miracle pour qu’Ammann atterrisse sur le podium. Avec un bond à 102 mètres lors des qualifications, il vole certes (presque) assez loin pour gagner (le premier, Andreas Wellinger, s’est posé à 103 mètres, le deuxième, Kamil Stoch, à 104). Mais le Suisse reste pénalisé par des notes de style qu’il peine à redresser depuis qu’il a modifié son télémark final en 2015, après une terrible chute lors de la Tournée des Quatre Tremplins.

Il ne se lassait pas de le détailler devant la presse internationale jeudi soir, ajoutant le geste à la parole. «Si vous regardez mes sauts à Nagano en 98, j’atterrissais comme ça, avec le genou droit en avant. Ensuite, je me suis blessé et j’ai dû changer. Aujourd’hui, j’essaie de retrouver les sensations de mes premières années.» Personne ne sait si Simon Ammann rangera ses skis après son aventure sud-coréenne. Tout le monde se posait la question de sa retraite après Vancouver, puis après Sotchi, lui savait qu’il n’en avait pas terminé. Mais à Pyeongchang, quoi qu’il arrive sur les tremplins d’Alpensia, le voilà de retour à des Jeux olympiques en Asie, de retour à son télémark originel. L’éternel jeune homme aura bouclé la boucle.

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