Menacé par Adam Malysz après les deux manches initiales de vendredi (2,8 points de retard sur le Suisse), Ammann a assommé la concurrence samedi. Tandis que le Polonais flanchait sur son ultime saut (4e rang final), le planeur du Toggenburg s’offrait un vol de 236,5 m devant 35 000 spectateurs médusés. De quoi presque rendre minable le tenant du titre autrichien Gregor Schlierenzauer, certes dauphin du St-Gallois, mais plus court de 6 mètres et largué à 25 points.

Seul le record du monde s’est finalement refusé à Ammann. La faute au jeune Tchèque Antonin Hajek (8e), «coupable» d’un bond à 236 m lors de la dernière manche qui a contraint les organisateurs à descendre la barre d’élan. Sans cela, Ammann se serait sans doute posé au-delà de 239 m, la meilleure marque de l’histoire que détient Björn Einar Romoeren (No) depuis 2005.

Cela n’a pas gâché la bonne humeur du quadruple champion olympique: «Sur le podium, j’ai dit à Gregor Schlierenzauer que je pensais me proposer comme ouvreur pour le concours par équipes de dimanche pour tenter encore une fois de battre ce record», a-t-il plaisanté. Plus sérieusement, Ammann a jugé d’«absolument phénoménale» la sensation ressentie lors du plus long envol de sa carrière. «Je suis comblé d’avoir vécu un tel saut», a-t-il ajouté.

Imbattable depuis 2 mois

La fin de saison de Ammann a été tout bonnement ébouriffante. En février et mars, il n’a pas connu autre chose que la victoire: cinq fois en Coupe du monde (globe du général à la clef), deux fois aux JO de Vancouver, une fois aux Mondiaux de vol à ski.

Cette dernière distinction avait toujours échappé au St-Gallois, lui qui n’avait jamais fait mieux qu’un 5e rang dans ce rendez-vous (en 2002). Cette attente n’est toutefois rien au vu de celle du saut à skis helvétique, privé de titre en vol à ski depuis 33 ans et la victoire de Walter Steiner (également sacré en 1972).

Vainqueur de la Coupe du monde (2010), quadruple champion olympique (2002 et 2010), champion du monde sur grand tremplin (2007) et en vol à ski (2010), le palmarès de Ammann frise la perfection. Dernière lacune à combler: la Tournée des quatre tremplins, bouclée à deux reprises sur le podium (2e en 2009, 3e en 2007) mais jamais sur la plus haute marche.

Interrogé sur ses prochains objectifs, Ammann a dit qu’il n’était pas sevré: «Il y a toujours de nouveaux objectifs. Pour moi, la Tournée reste prioritaire. J’espère que mes récents succès vont me permettre d’aborder cette compétition en toute décontraction», a-t-il affirmé, affublé de ses célèbres et inséparables lunettes de soleil.

A noter finalement que dans l’histoire du saut à skis, ils ne sont que quatre à avoir remporté des médailles d’or aux Mondiaux (les classiques et ceux de vol à ski) ainsi qu’aux JO. Avant Ammann, l’Allemand Hans-Georg Aschenbach, le Finlandais Matti Nykänen et le Japonais Kazuyoshi Funaki y étaient parvenus.