Finale dames

Simona Halep, juste quelqu’un de bien

La Roumaine a réussi le match parfait contre Serena Williams (6-2 6-2). Star dans son pays, elle y est entourée par les plus grands noms du sport roumain

Boulimique de statistiques, la chronique sportive n’a su retenir du résultat de la finale dames de Wimbledon que «la défaite de Serena Williams», que Simona Halep «prive du record». Certes, pour la troisième fois, l’Américaine échoue à une marche des 24 victoires en Grand Chelem de Margaret Smith Court et l’on peut se demander si, à bientôt 38 ans (elle est contemporaine de Roger Federer), elle y parviendra un jour. Mais il n’y a à cette désillusion ni malédiction tenace ni insoutenable pression; juste une logique sportive. Balayée 6-2 6-2, Serena Williams a simplement perdu contre plus forte qu’elle.

Ce n’est donc pas la défaite de Serena Williams mais bien la victoire de Simona Halep qu’il convient de célébrer. La Roumaine est l’une des joueuses les plus complètes du circuit WTA, elle bouge bien, frappe bien et réfléchit bien. Elle est aussi l’une des plus régulières, n’ayant quitté qu’une fois (brièvement) le top 5 mondial au cours des cinq dernières années. Simona Halep ne s’est pas laissé impressionner par le prestige, le charisme, la puissance et les humeurs de Serena Williams. Capable de résister aux deux premiers coups de raquette de son adversaire, elle a su ensuite la faire courir et la pousser à la faute. Elle-même n’en a commis que trois. «J’ai réalisé le match parfait», estime-t-elle, un peu étonnée tout de même par l’ampleur du score.

«Notre Simona»

A 27 ans, Simona Halep remporte un second titre du Grand Chelem, après Roland-Garros l’an dernier. Elle y avait succédé, quarante ans après, à sa compatriote Virginia Ruzici. Jamais le tennis roumain n’avait en revanche triomphé à Wimbledon, Ilie Nastase s’étant incliné 7-5 au cinquième set de la finale 1972 contre Stan Smith. C’est peut-être cela qui avait tant marqué la mère de Simona Halep. «C’était son rêve de me voir remporter Wimbledon. Pour ma mère, réussir au tennis, cela voulait dire ça.» Elle voyait plutôt la consécration dans la perspective de devenir membre du All England, le club (privé) qui organise le tournoi sur ses installations et réserve aux vainqueurs l’honneur d’une carte à vie. De bonnes sensations lors du tournoi préparatoire d’Eastbourne l’ont mise en condition, mais elle avoue n’avoir pensé au titre «qu’à 5-2 dans le second set».

Il y a quelque temps déjà que Simona Halep est entrée dans le cœur des Roumains pour sa gentillesse, sa simplicité et son patriotisme. Cette attirance est réciproque: samedi, elle a dédié sa victoire à ses compatriotes. L’an dernier, son titre à Roland-Garros avait été suivi de trois jours de liesse, avec défilé dans les rues de Bucarest et présentation du trophée au stade Steaua. La presse nationale l’évoque en parlant de «notre championne» ou «notre Simona». Dans son pays, la fille sympa de Constanta, au bord de la mer Noire, est devenue l’égale de Nadia Comaneci, même si leurs histoires se ressemblent peu. La petite fée de Montréal avait incarné la perfection à quatorze ans en 1976 puis s’était étiolée doucement (cinq médailles d’or olympiques tout de même), alors que Halep, numéro un mondiale chez les juniors en 2008, avait commencé par perdre ses trois premières finales de Grand Chelem (Roland-Garros 2014 et 2017, Open d’Australie 2018) avant de parvenir à maturité.

Un trésor national

Elle est aujourd’hui un trésor national roumain, autour de laquelle une sorte d’union sacrée s’est constituée. Nadia Comaneci est une amie proche qui vient la voir régulièrement, Virginia Ruzici sa manager depuis une dizaine d’années et Ion Tiriac, l’ancien champion de tennis, un soutien discret mais avisé depuis 2014. «Il est venu me voir après une défaite en finale à Madrid contre Sharapova. Il n’était pas très content mais il m’a dit que j’avais du potentiel, que je pourrais réussir de grandes choses si je travaillais dur et qu’il allait m’aider. Aujourd’hui, il est venu m’embrasser, ce qui ne lui arrive pas souvent.»

Reste encore à se faire aimer – ou simplement connaître – du grand public. Il n’y a pas envers elle la défiance que peut ressentir un Novak Djokovic, juste une forme d’indifférence un peu injuste pour une sportive trop «normale». La girl next door du tennis avait disputé la finale de l’Open d’Australie 2018 dans la peau d’une numéro un mondiale sans sponsors, parée d’une tenue qu’elle s’était achetée toute seule sur internet. Depuis, Nike s’est réveillé. Simona Halep est une fille qui gagne et qui gagne à être connue.

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