Les Swiss Indoors, ce sont deux univers en un. Côté pile, il y a l'ambiance électrique de la Halle Saint-Jacques, où 9200 spectateurs, aimantés par le pôle Roger Federer, se pressent tous les soirs sur le coup de 19 heures - le Bâlois s'est qualifié jeudi pour les quarts de finale face au Finlandais Jarkko Nieminen (7-6 7-6). Côté face, par-delà le bar à champagne, on tombe sur une salle de gymnastique qui sert de court numéro 2 au tournoi rhénan. C'est là que Simone Bolelli a gagné, hier après-midi aux dépens de l'obscur Espagnol Marcel Granollers, le droit de défier le chouchou des lieux ce vendredi soir. «Simone a là une formidable opportunité de se mesurer au plus grand des joueurs», se réjouit Claudio Pistolesi, coach de l'actuelle 42e raquette mondiale. «Affronter Federer chez lui, c'est un autre monde. Une possibilité de progresser, une expérience dont il se souviendra toute sa vie.»

Une chance, aussi, d'attirer l'attention de ses compatriotes sur une discipline largement snobée au pays du sacro-saint Calcio. «Avec mon classement, à part mes amis et quelques passionnés, personne ne me connaît en Italie», sourit Simone Bolelli, tout en précisant qu'il ne prend pas ombrage de cet anonymat. «Cela me permet de rester moi-même, de continuer à bosser tranquillement pour atteindre mes objectifs.»

Pour cette année 2008, le but est d'ores et déjà touché: «Nous nous étions fixé une place dans les 50 meilleurs et avec ses performances ici, Simone devrait intégrer le top 40 la semaine prochaine», applaudit Claudio Pistolesi. «Lorsque nous avons commencé à travailler ensemble, il y a trois ans, il était classé 260e à l'ATP.» C'est bien. Mais l'entraîneur romain sait mieux que quiconque à quel point rien n'est jamais acquis: lui-même champion du monde juniors en 1985, il a culminé deux ans plus tard au 71e échelon de la hiérarchie, avant de dérouler une carrière décevante par rapport aux attentes suscitées.

Il faut dire que depuis trois décennies et les lointains triomphes d'Adriano Panatta, notamment vainqueur de Roland-Garros et de la Coupe Davis en 1976, l'Italie du tennis se cherche un héritier. En vain jusqu'ici. «Il nous manque une locomotive, un athlète susceptible de capter l'intérêt des gens, comme Alberto Tomba l'a fait avec le ski alpin», abonde Claudio Pistolesi. «Mais j'ai l'impression que nous sommes sur la pente ascendante en termes de compétences et de popularité. Les filles sont déjà très fortes (ndlr: dans la foulée de Flavia Pennetta, 14e mondiale, on trouve quatre autres Transalpines parmi les septante meilleures), et les garçons ne cessent de progresser.»

Tout est relatif. Dans le top 100 figurent à ce jour, outre Simone Bolelli, quatre Italiens: Andreas Seppi (ATP 34), Potito Starace (73), Fabio Fognini (77) et Filippo Volandri (93). Rien de foudroyant a priori; un terreau plutôt réduit pour cultiver certains rêves de grandeur. «Ce n'est pas si mal pour un pays comme le nôtre», juge Bolelli. «Nous sommes tous encore jeunes (ndlr: entre 21 et 27 ans), nous nous entendons bien et nous nous poussons à faire toujours mieux.»

Du haut de ses 23 printemps, le droitier de Bologne vient de franchir la barre du million de dollars glanés sur le circuit. Sous sa casquette, il voit plus grand, plus loin. De là à devenir le Tomba des courts... «Avec mon staff, nous travaillons pour intégrer à terme le cercle des dix meilleurs», assène-t-il. «Mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. Cela ne fait guère plus d'un an et demi que je joue avec les plus grands, vous savez...» La progression est sûre, mais encore dénuée de tout coup d'éclat. A ceux qui l'ont comparé - un peu vite - à Roger Federer par le passé, en raison de son registre très complet, Simone Bolelli dit «merci pour le compliment». Lucidité en bandoulière et sourire en coin, il précise: «Il me manque quelques victoires pour égaler son palmarès...»

Hier, c'est devant 57 spectateurs très exactement - juges de ligne, préposés au panneau d'affichage et ramasseurs de balles non compris - qu'il a entamé sa rencontre face à Marcel Granollers. Un duel d'arrière-boutique en forme de tremplin vers les feux de la rampe. De sésame pour la cour des grands, la Halle Saint-Jacques, ses 9200 spectateurs et tout ce qui va avec. «Affronter Federer devant son public, un joueur qui était numéro 1 il y a encore quelques semaines, c'est une grande première pour moi», salive l'Italien. «Je vais donner le maximum et peut-être qu'il y aura une surprise...» De celles qui pourraient faire du bruit de l'autre côté des Alpes.