«Je pense à la catastrophe financière à laquelle nous avons échappé.» La petite phrase, il y a quelques jours, du président de la Ville de Sion, François Mudry, à propos des Jeux olympiques de Turin, n'est pas passée inaperçue. Certains, dans le canton du Valais, l'ont trouvée saumâtre, spécialement parmi les milieux touristiques.

«Dire aujourd'hui que nous n'aurions pas pu tenir le budget des Jeux reste du domaine de la pure spéculation», estime par exemple Marcel Perren, responsable marketing à Valais Tourisme. «François Mudry n'est certes pas le seul à penser que, finalement, on l'a échappé belle, mais la grande majorité des Valaisans continue de croire que ça aurait été mieux avec les Jeux que sans.»

Un sentiment que partage évidemment le célèbre promoteur de Veysonnaz, Jean-Marie Fournier, avouant récemment que Turin évoquait pour lui «surtout des mauvais souvenirs. L'organisation des Jeux olympiques aurait permis à plusieurs stations valaisannes de moderniser leurs infrastructures».

Le président Mudry, lui, persiste et signe: «Les coûts de sécurité ont été multipliés par dix, voire vingt, depuis le 11 septembre 2001. Or, vis-à-vis du Comité international olympique, c'est la Ville de Sion qui était responsable d'un déficit éventuel. La Confédération et le canton ne garantissaient qu'un montant fixe. Le canton se serait peut-être lavé les mains. Quant à la Confédération, avec Merz et Blocher, je suis certain qu'elle nous aurait laissé tomber.»

Sans noircir autant le tableau, le conseiller d'Etat Jean-Jacques Rey-Bellet, qui représentera, avec son collègue Claude Roch, un gouvernement valaisan officiellement invité à la cérémonie d'ouverture du 10 février, se dit partagé entre «le regret d'avoir raté une occasion unique de se profiler, mais aussi le soulagement d'avoir évité de se retrouver dans une situation difficile. On peut imaginer qu'il serait arrivé la même chose qu'avec l'Eurofoot: le Conseil fédéral aurait dû demander une garantie réajustée devant les chambres».

François Mudry en vient même à penser qu'aucune ville suisse n'a désormais les reins assez solides pour se payer un événement comme les Jeux olympiques, «à moins que la Confédération ne prenne en charge la totalité de la garantie de déficit, quitte à ce que la ville ne soit plus qu'un prête-nom pour le CIO».

Jean-Jacques Rey-Bellet concède aussi que, depuis l'époque de la candidature Sion 2006, «les conditions ont changé», une situation que «nous, les Valaisans, avions d'ailleurs anticipée, puisque nous affirmions vouloir faire les Jeux de la simplicité, plutôt Lillehammer que Salt Lake City. Quand on voit la tournure qu'a prise ce genre de manifestations, on peut dire que nous avons été les premiers à subir ce qu'on pourrait appeler la loi des métropoles».

Le Valais sera quand même bien présent à Turin, puisque le canton y animera les deux «Houses of Switzerland», dans la capitale piémontaise et à Sestrières: «Nous y allons dans un esprit olympique, explique Marcel Perren. Nous admettons avoir perdu, ce qui ne nous empêche pas de continuer à penser que notre dossier aurait tout autant mérité d'être retenu.»

Pour le reste, le tempérament valaisan a repris le dessus, et les Jeux turinois seront célébrés sous les auspices de la fête et d'une certaine ironie à peine grinçante. Il y aura, bien sûr, tous les soirs à Fully durant les Jeux, le spectacle «Sion 2006 quand même» d'un collectif d'humoristes emmenés par Cuche et Barbezat.

Quant au petit village de Turin, au-dessus de Sion, il ouvrira ses JO le 4 février, avec l'arrivée d'une flamme olympique convoyée par diverses personnalités sportives, politiques et du monde touristique.

De son côté, Champsec, dans le val de Bagnes, village privé de soleil pendant trois mois, placera, les 11 et 12 février, sa traditionnelle célébration du retour de la lumière sous les couleurs de l'olympisme, avec épreuves de ski de fond, de luge, de ski-alpinisme, de street-hockey, et une remise de médailles sur la place du village. «Il s'agit d'un petit pied de nez à Turin», explique l'un des organisateurs, Régis Vaudan, patron du Café central. «Nous n'avons certes plus aucun regret, mais je ne suis pas d'accord avec François Mudry: ça aurait été très bien de les avoir, ces Jeux, qui nous auraient permis d'avancer à tous les niveaux. Et puis, tout le monde sait qu'un événement de cette envergure nécessite certains sacrifices.»

Mais la rancœur s'est d'autant mieux dissipée que, comme le rappelle Jean-Jacques Rey-Bellet, «les Jeux de Turin sont un événement trop important et trop proche pour qu'on le boude. Des liens existent depuis très longtemps, Turin a, par exemple, été l'hôte d'honneur de la Foire du Valais. J'aurais même été très heureux de leur victoire si nous n'avions pas été candidats nous-mêmes».