Retraité du Conseil fédéral depuis le début de l'année, Adolf Ogi (57 ans) a enfin levé mercredi un coin du voile sur son avenir. En l'occurrence, il est sans surprise et correspond dans une large mesure aux spéculations qui circulaient depuis des mois. Sur demande de Kofi Annan, le Bernois entre au service de l'ONU en tant que conseiller spécial en charge du sport, un poste nouveau qui ressemble fort à du sur-mesure. Parallèlement, il présentera en juin sa candidature à l'entrée au Comité international olympique (CIO), réalisant ainsi l'un de ses plus vieux rêves. L'insatiable Ogi ne compte toutefois pas s'arrêter en si bon chemin. Et, sur le plan politique national, il se dit prêt – pour autant que le Conseil fédéral le sollicite – à participer aux campagnes de votations à venir sur l'adhésion à l'ONU et l'envoi de soldats armés à l'étranger. Interview.

Le Temps: Ce poste à l'ONU a-t-il été créé spécialement pour vous?

Adolf Ogi: Il faut poser la question à Kofi Annan. Personnellement je n'ai rien demandé. On me l'a proposé.

– Comment expliquez-vous sa création subite?

– Kofi Annan et le monde politique en général ont pris conscience que le sport a énormément gagné en signification ces dernières années et qu'il peut contribuer à faire avancer la politique. Il peut jouer un rôle décisif dans les situations qui suivent les conflits, contribuer au désarmement, faciliter la réconciliation des peuples, aider à promouvoir la paix, la santé, l'intégration sociale ou encore l'éducation. Il y a beaucoup à faire dans l'intérêt de la paix à travers le sport.

– Vous avez des exemples concrets?

– Pensez à la force du symbole qu'a représenté le défilé sous une même bannière des deux Corées lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Sydney. Ou, lors de ces mêmes jeux, à la résonance mondiale qui a été donnée au sort des Aborigènes. Le sport est une formidable plate-forme pour contribuer à résoudre des problèmes dépassant le cadre du sport. Même les anti-sportifs doivent le reconnaître.

– Quel sera concrètement votre travail?

– Ce sera un mix de travail de représentation de Kofi Annan et de travail de terrain, dans le tiers-monde en particulier. Cela dit, le cahier des charges exact n'est pas encore défini. Je ne sais même pas si et où j'aurai un bureau et/ou une équipe de collaborateurs. Des discussions sont prévues le 15 mars à New York puis fin mars lors de la venue de Kofi Annan en Suisse.

– Ce poste avait-il déjà été évoqué avec Kofi Annan en août dernier lorsque vous l'aviez invité à Kandersteg?

– Non. Tout le monde a pensé qu'Ogi a arrangé la chose à l'époque alors que nous n'en avions pas parlé.

– Quand Kofi Annan vous a-t-il approché?

– Nous nous sommes vus une première fois en novembre dernier sur son invitation à Genève. Je l'ai revu brièvement avant le Forum de Davos en janvier. Il m'a dit alors de laisser ouverte une porte dans mon agenda. Puis jeudi dernier, alors que je revenais de vacances à Saint-Moritz, il m'a appelé pour me dire qu'il me nommait.

– La double perspective d'entrer à l'ONU et au CIO qui se concrétise aujourd'hui a-t-elle joué un rôle

à l'époque dans votre décision de démissionner du Conseil fédéral?

– Pas du tout, quoi qu'on dise et quoi qu'on écrive. J'ai toujours dit que je ne ferai rien durant les deux premiers mois suivant mon départ du Conseil fédéral et qu'après je regarderai quelles possibilités se présentent.

– Votre nomination comme candidat au CIO date du 22 novembre dernier…

– C'est vrai. Mais pour le reste…

– Ce mandat vous paraît-il compatible avec celui de membre du CIO?

– Tant le président du CIO que le secrétaire général de l'ONU étaient mutuellement informés. Et tous deux sont d'avis que cette combinaison fait sens. L'existence d'un homme-liaison entre les deux est dans l'intérêt de l'un et de l'autre.

– Ces deux activités ne combleront pas votre agenda…

– C'est vrai. Etre membre du CIO n'est pas un engagement lourd. Quant au mandat onusien, il est limité à un an, prolongeable. Il représente sans doute un 50% environ. Deux autres pistes pourraient entrer en ligne de compte, mais il est prématuré d'en parler.

– Cela concerne le sport?

– Non, pas directement. Mais cela a aussi un rapport avec le monde entier.

– On connaît aussi votre attachement à l'organisation de l'Eurofoot 2008 en Suisse et en Autriche…

– Je me suis engagé pour faire progresser ce projet en tant que président de la Confédération et ministre des Sports. Je pense qu'il serait important que la Suisse se mette sur les rangs pour être une fois organisatrice de quelque chose et pas toujours seulement spectatrice. Pour le moment, on ne m'a rien demandé en rapport avec cet événement. Mais je suis prêt à soutenir ce projet et peut-être même à y jouer un rôle particulier.