La commission d’éthique de la Fédération internationale de football (FIFA) a décidé hier, au bout de «trois jours intenses de travail», de sanctionner les six fonctionnaires (voir encadré) qui avaient été suspendus provisoirement le 20 octobre dernier, à la suite d’une enquête compromettante publiée par le Sunday Times. Président de l’organe, l’avocat tessinois Claudio Sulser a, en revanche, indiqué que la commission n’avait pas trouvé de «preuves suffisantes» pour conclure à une quelconque forme de collusion entre les différents pays candidats à l’organisation des Coupes du monde 2018 et 2022.

«Nous devions le faire»

La FIFA se devait d’agir vite – le vote aura lieu le 2 décembre – et, en apparence, tout est bien qui finit presque bien. «Ces décisions étaient difficiles à prendre, mais nous devions le faire, commente Claudio Sulser. Notre rôle est de protéger l’image et l’intégrité du football, de lutter contre toutes les pratiques contraires à l’éthique.» Jérôme Valcke, secrétaire général de l’instance faîtière, lui aussi présent lors de la conférence de presse de jeudi matin à Zurich, appuie: «Le fait que la commission ait réagi si vite, en moins d’un mois, montre à quel point il importe à la FIFA que tout se déroule dans les règles.»

Des règles qui lui sont propres, où transparence et indépendance ne sont pas les maîtres mots. «Je suis un citoyen suisse, je ne l’ai pas choisi et je dois accepter les lois de ce pays, s’excuse presque Claudio Sulser. Quand j’ai poussé les portes de la FIFA [en mars dernier], j’ai aussi dû me plier à des règlements, à commencer par le Code éthique.» L’ancien buteur des Grasshoppers, qui n’ignore pas le précepte selon lequel la meilleure défense c’est l’attaque, termine ainsi sa déclaration: «Je n’ai pas de mandat pour juger les méthodes du Sunday Times, mais je ne peux accepter qu’on déforme ainsi les faits. J’ai énormément de respect pour le journalisme, mais il faut dire la vérité, ne pas verser dans le sensationnalisme pour vendre plus de journaux.»

«Une décision très curieuse»

Affaire close? Pas tout à fait, ne serait-ce que parce que les six sanctionnés auront dix jours pour faire appel, à compter du moment, imminent, où ils recevront les motivations de la commission, pour l’instant non divulguées. Et parce que personne ne subit une exclusion à vie. «Même si je suis très satisfaite que mon client ait été lavé de tout soupçon de corruption, soyez absolument persuadé que nous ferons recours contre cette décision très curieuse et un peu incompréhensible, déclare par téléphone Géraldine Lesieur, avocate parisienne de Reynald Temarii. La seule chose dont on l’accuse a trait à son devoir de réserve et de confidentialité. Or, la peine est sans commune mesure avec l’infraction. J’ai l’impression que le contexte actuel, avec le vote du 2 décembre, a tout amplifié. On avait peut-être besoin d’un bouc émissaire.» La première instance à se prononcer sur la question ne sera autre que… la commission de recours de la FIFA – le chemin juridique passe ensuite par le Tribunal arbitral du sport et, si nécessaire, le Tribunal fédéral.

Reste la question essentielle. Malgré les suspensions des deux membres du comité exécutif, Reynald Temarii et Amos Adamu, comment être totalement sûr, dans les conditions actuelles, de la probité des vingt-deux votants et de la régularité de l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022? «Avez-vous des informations sur d’autres membres? Nous pas, rétorque Jérôme Valcke. Rien ne nous laisse penser que d’autres membres puissent être mêlés à quelque affaire de corruption ou autre chose de ce genre.»

Les journalistes présents jeudi à Zurich ont visiblement du mal à se montrer totalement convaincus par les explications livrées. Au fil des réponses évasives, les questions se font insistantes: «Si je suis sûr que l’attribution des Coupes du monde 2018 et 2022 sera exempte de toute collusion?» réfléchit ­Jérôme Valcke. «Je ne peux pas répondre à cette question. Il y a for­cément des rumeurs et des discussions… J’espère que le travail effectué ces trois derniers jours par la commission d’éthique a montré aux membres des diverses candidatures que la FIFA prônait une tolérance zéro.» N’aurait-il pas fallu séparer les deux votes? «Quand le match a déjà commencé, on ne peut plus changer le règlement.»