A l’échelle des scandales qui éclaboussent le football mondial, l’affaire des matches truqués qui agite le Népal relève presque de l’anecdote. Mais c’est loin d’être insignifiant pour les personnes impliquées. Ils sont six, cinq joueurs et un kinésithérapeute, au coeur de la tourmente. Ces internationaux auraient accepté de l’argent pour perdre des matches, notamment en 2011, lors des qualifications pour la Coupe du monde 2014. «Chacun recevait environ 5000 dollars par match. Ils ont dû se faire des centaines de milliers de dollars au cours des huit dernières années», a détaillé Sarbendra Khanal, chef de la police criminelle de Katmandou, à l’AFP. Une affaire sérieuse, qui pourrait déboucher sur des condamnations particulièrement spectaculaires: les accusés risquent la prison à vie.

Le petit pays himalayen ne s’attendait pas à aller au Brésil. Au classement FIFA, il ne pointe qu’au 192e rang, sur 207 nations. Il est d’ailleurs déjà éliminé de la course au Mondial 2018 en Russie. L’enquêteur a pourtant eu une intuition en voyant ses compatriotes prendre casquette sur casquette. Elle a été confirmée par des paris douteux signalés par Sportradar, une société suisse de surveillance. Au bout de l’enquête, cinq joueurs - dont un devenu entraîneur qui passe pour le meneur, le capitaine de l’équipe et son gardien - ont été arrêtés. Ils démentent toute malversation et ont été libérés sous caution mardi. Le soigneur, soupçonné de les aider à simuler des maladies, est en fuite.

Avec l’explosion des paris sportifs en ligne dans un contexte mondialisé, truquer un match de football -ou de n’importe quel autre sport- peut rapporter gros. L’histoire récente révèle que bon nombre d’individus mal intentionnés et d’organisations criminelles cèdent à la tentation. En 2013, un réseau soupçonné d’avoir truqué 680 matches, dont certains de Ligue des champions ou qualifications pour la Coupe du monde, a été démantelé par Europol. De quoi mesurer l’ampleur du phénomène. Le journaliste canadien Declan Hill, qui en a fait son sujet d’investigation fétiche, le décrit comme «le plus grand scandale de l’histoire du sport».

Des peines moindres

La perpétuité encourue par les footballeurs népalais est sans comparaison avec les peines observées jusqu’ici. En 2011, le Tribunal de Bochum, en Allemagne, avait envoyé les cerveaux d’une organisation responsable d’avoir truqué de nombreux matches en détention pour cinq ans et demi. Cette affaire comprenait un volet suisse, avec des matches de Challenge League concernés. Trois joueurs de Thoune et de Gossau avaient dû répondre de leur implication devant le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone. Ils avaient été acquittés. Et indemnisés. Les footballeurs avaient été inculpés pour escroquerie, mais le juge n’avait pas été convaincu. Pour que l’escroquerie soit avérée, elle doit concerner une personne physique. Le truchement de machines (les paris étant placés par le biais d’internet) avait été déterminant dans un verdict qu’avait regretté le procureur. En Suisse, le délit de fraude sportive n’existe pas au code pénal.

Au Népal, les suspects ne sont pas poursuivis pour escroquerie, mais pour trahison, en vertu d’une loi de 1989 punissant la mise en danger de la souveraineté, de l’intégrité et de l’unité nationale au Népal. «Ils ont joué au nom de millions de Népalais et accepté de perdre match sur match», étaie Sarbendra Khanal. L’opportunité pour la police de faire un exemple, une année après la démission de Ganesh Thapa, président de la Fédération népalaise de football, soupçonné d’avoir détourné des millions. «Nous avons l’occasion de nettoyer les choses et un verdict de culpabilité pourrait nous le permettre», conclut l’enquêteur.