MARTIN ST. LOUIS. Age: 29 ans. Club en Suisse: Lausanne. Club en NHL: Tampa Bay Lightning. Salaire: 1,5 million de dollars. Devrait tripler. Carrière: 125 buts et 170 assists pour 398 parties de NHL. Héros de la dernière saison, il remporte la Coupe Stanley et le trophée Art Ross (meilleur compteur), avant d'être élu meilleur joueur (MVP).

Portrait: trop menu pour ce monde de brutes, Martin St. Louis n'a jamais attiré

l'attention des recruteurs. Il ne figure sur aucune liste de repêchage (draft). Au mépris de son handicap de taille (1,77 m), l'intrépide a tenté une percée dans les ligues mineures, où les poltrons et les velléitaires sont envoyés en pénitence. Calgary l'a repéré en 1998. «Un physique de livreur de journaux, mais beaucoup de classe», a observé son coach. Ailier intelligent, travailleur obstiné, St. Louis a fini par imposer sa différence. Ses brillants états de service, la saison dernière, ont réhabilité la créativité dans certains cercles d'initiés. «Il faut souhaiter que son exemple fasse des petits», a joliment imagé le chroniqueur de Radio-Canada.

DANY HEATLEY. Age: 23 ans. Club en Suisse: Berne. Club en NHL: Atlanta Trashers. Salaire: 1,075 million de dollars. Carrière: 102 buts et 114 assists pour 203 parties de NHL. Deuxième choix overall au draft 2000. Calder Trophy (meilleur néophyte) en 2001-2002. Accède à la notoriété en inscrivant quatre buts lors du dernier All-Star Game, avant de devenir champion du monde, meilleur compteur et MVP à Prague.

Portrait: ce fils de soldat américain, né à Fribourg-en-Brisgau, est promis à un grand avenir. Problème: il encourt vingt années de réclusion pour homicide. Sa Ferrari exagérément sollicitée est allée s'encastrer dans un mur. Le prodige en est ressorti avec un genou détruit, mais son coéquipier et meilleur ami, Dan Snyder, a succombé à de graves lésions cérébrales.

Les tests n'ont révélé aucune trace d'alcool dans le sang de Heatley. La famille du

défunt, d'abord vindicative, a décidé de pardonner et

milite en faveur de l'acquittement. Pour quitter le territoire américain, Heatley a dû s'acquitter d'une caution de 50 000 dollars.

DANIEL BRIÈRE. Age: 27 ans. Club en Suisse: Berne. Club en NHL: Buffalo Sabres. Salaire: 2,55 millions de dollars. Carrière: 107 buts et 119 assists pour 360 parties de NHL. Capitaine et meilleur compteur de Buffalo lors de la saison 2003-2004. Champion du monde en 2003 et en 2004.

Portrait: le parcours chaotique de Daniel Brière incarne toutes les us et coutumes de la NHL, plus particulièrement la concurrence féroce, assortie du cynisme adéquat, qui y prévaut. Pas très grand, pas très costaud non plus, le Québécois a longtemps erré entre Phoenix, son club, et Springfield, la succursale. Un jour, ses dirigeants lui ont annoncé fièrement, un petit coup d'œil complice, qu'il pouvait «s'acheter une maison en Arizona». Cinq semaines plus tard, Brière était renvoyé dans sa lointaine antichambre… «Il a fallu du temps, j'ai souvent voulu tout arrêter, mais je ne regrette rien.» La reconnaissance tardive de ses aptitudes l'a transfiguré. L'été dernier, Buffalo a revu ses émoluments à la hausse et reconsidéré son statut. Personne autant que lui n'attendait cette saison.

JOE THORNTON. Age: 25 ans. Club en Suisse: Davos. Club en NHL: Boston Bruins. Salaire: 6,75 millions de dollars. Carrière: 166 buts et 273 assists pour 544 parties de NHL. Premier choix overall au draft de 1997. Capitaine et meilleur compteur des Bruins lors de la saison 2003-2004. A participé aux trois derniers All-Star Game. Champion du monde en 2004.

Portrait: son quintal vigoureux, surmonté d'une gueule de rockstar, l'a exposé aux outrances de l'idolâtrie avant même ses premiers faits d'armes. Cible des experts et de la presse à scandale, «Jumbo Joe» a encore bravé la rancœur de ses coéquipiers. «Ils téléphonaient dans ma chambre pour s'assurer que j'étais bien réveillé.» Sa solide contribution à une bagarre générale, dans un pub de sa ville, l'a envoyé au tribunal. Pour la peine, Thornton a fait amende honorable de son immaturité. A Davos, le «cinquième joueur du monde» n'est pas importuné, mais il s'ennuie: le niveau du championnat suisse, selon ses termes, atteint tout juste celui de l'East Cost League, un repaire notoire de fiers-à-bras et de buveurs de bière.

MARTIN GÉLINAS. Age: 34 ans. Club en Suisse: Forward Morges. Club en NHL: Calgary Flames. Salaire: 1,95 million de dollars. Carrière: 292 buts et 319 assists pour 1199 parties de NHL. Septième choix overall au draft de 1988. Vainqueur de la Coupe Stanley en 1990 avec Edmonton, deux fois finaliste en 2002 avec Carolina et en 2004 avec Calgary.

Portrait: Martin Gélinas a un faible pour les moments cruciaux, et un surnom, «Eliminator», inhérent à ce qu'il en fait. Tout au long de sa carrière, le Québécois a inscrit des buts décisifs dans les prolongations des séries éliminatoires. Le dernier en date a propulsé Calgary en finale de la Coupe Stanley, où aucune équipe canadienne ne s'était plus aventurée depuis des lustres. C'était la fin d'une hérésie, d'une forme de désarroi latent. La portée de cette qualification était telle que, sitôt après la rencontre, l'ancien premier ministre Jean Chrétien a invité la famille Gélinas à «casser la croûte» – en français dans le texte. A Morges, toute une ville s'est entichée du baroudeur. «Son comportement est exemplaire», serine le coach Olivier Ecoeur.

PATRICE BRISEBOIS

Age: 33 ans. Club en Suisse: Kloten. Club en NHL: Canadien de Montréal. Salaire: 4 millions de dollars. Carrière: 86 buts et 280 assists pour 869 parties de NHL. Vainqueur de la Coupe Stanley en 1993.

Portrait: Patrice Brisebois n'a porté qu'un maillot, celui du Canadien de Montréal, connu sous l'appellation «sainte flanelle». En ce lieu vénérable, le défenseur a tout vécu. La Coupe Stanley et l'engouement qu'elle a suscité. La décrépitude de l'institution et le dépit amoureux qu'elle a exacerbé, un défoulement dont Brisebois, par l'ampleur de sa stature et de ses honoraires, fut la cible privilégiée. En 2001, le public l'a conspué à chacune de ses apparitions. «Le puck était devenu une grenade, a-t-il confié au Matin. Quand je le recevais, j'avais tellement peur de commettre une erreur que je m'en débarrassais.» Mais Brisebois n'est pas un tendre. A 33 ans, dont douze de paquetage, il a perdu toutes ses illusions: «La NHL est une jungle. Il ne faut surtout pas attendre de l'aide, car personne ne t'en apportera. Moi, si je peux prendre la place de quelqu'un, je n'hésite pas!»