Simple hasard ou influence réelle auprès des dieux du ski? Toujours est-il que le ski suisse peut dire merci à l'horloger non moins suisse TAG Heuer. «Mardi, explique Jean Campiche, le patron du chronométrage de la firme de Marin (Neuchâtel), nous avions eu la bonne idée d'inviter des clients norvégiens à Sankt Anton. Et c'est Kjetil Andre Aamodt, un de leur compatriote, qui a remporté le combiné masculin sous leurs yeux. Le lendemain, c'était le tour de clients suédois. Lesquels ont eu le privilège de voir l'une des leurs, Anja Paerson, s'adjuger le slalom dames. Les Nordiques ayant regagné leur pays, nous les avons remplacés jeudi par des clients suisses. Qui ont suivi le parcours victorieux de Michael von Grünigen en géant. Enfin, vendredi, nous avions aussi des clients suisses. Tout heureux d'être là pour voir Sonja Nef s'emparer de l'or mondial lors du géant féminin. C'est ce qui s'appelle avoir un méchant feeling, non?»

S'il se délecte à l'idée de l'influence qu'a pu avoir sa firme sur le résultat des courses de ces derniers jours via ses choix d'invités, Jean Campiche nie évidemment avoir manipulé chronomètres et ordinateurs afin de faire plaisir à ses clients. «Mais il faut retenir l'idée de sélectionner ceux-ci en fonction des buts à atteindre. A l'avenir, lors des grands rendez-vous de ski que nous serons appelés à chronométrer, nous veillerons ainsi à n'inviter plus que des Suisses», lance-t-il en riant.

«Je suis au paradis»

Plus sérieusement, Sonja Nef est donc devenue vendredi championne du monde de géant. La jolie skieuse de Grub l'a emporté devant l'Italienne Karen Putzer et la Suédoise Anja Paerson. «Avec ce titre mondial, explique la gagnante du jour, j'ai réalisé un rêve d'enfant. J'ai investi tout mon temps dans le ski et cela a enfin fini par payer. Je suis au paradis.»

Cette couronne mondiale n'est que justice pour Sonja Nef qui a galéré plus qu'il n'est imaginable. La faute à ce genou droit récalcitrant qu'elle a dû faire opérer à six reprises entre 1989 et 1996. Aujourd'hui, la Suissesse subit encore des infiltrations d'huile de poisson dans son articulation à raison de vingt fois l'an. «Mais je peux effectuer des exercices de flexions avec beaucoup plus de poids. Je ne ressens plus de douleurs. De fait, je suis plus en forme, donc plus en confiance.»

Une confiance souvent ébréchée par le passé, raison pour laquelle l'Appenzelloise a aussi entrepris un travail sur elle-même en compagnie d'un préparateur mental de Salzbourg. «Il a réussi à m'inculquer quelques préceptes, dit-elle. Ceux-ci m'ont permis d'évoluer considérablement. Notamment que le ski n'est pas le centre du monde et qu'il y a beaucoup de choses à réaliser au cours d'une existence. Mais aussi que si je perds, la terre ne va pas s'arrêter de tourner pour autant.»

Sonja Nef est devenue forte dans son corps et dans sa tête. Il est bien loin, désormais, le temps où elle échouait au poteau lors des grands rendez-vous. Comme aux Mondiaux de Sierra Nevada en 1996 où, en tête à l'issue de la première manche, elle partait bêtement à la faute dès la 4e porte sur le second tracé. La séduisante jeune femme, qui vit avec Hans Flatscher, l'entraîneur de l'équipe masculine allemande de descente, a passé un cap. Elle se révèle aujourd'hui capable d'assumer en toutes circonstances son rôle de leader mondial du géant féminin. Pour preuve, elle a d'ores et déjà remporté le globe de cristal de la discipline pour la saison 2000-2001.

Hier, Sonja Nef n'a pas été l'unique source de satisfaction suisse. Une jeune Valaisanne de 25 ans a aussi confirmé tout le bien que l'on pense d'elle: Lilian Kummer, auteur du meilleur chrono absolu lors de la deuxième manche du géant mondial. La souriante skieuse de Riederalp échoue à 78 centièmes seulement de la médaille de bronze après être remontée de la 15e à la 4e place. De quoi nourrir quelques regrets. «Même pas, assure-t-elle. Il y avait un tel écart avec les leaders de la course qu'il n'y avait rien à faire. Je suis à la fois déçue d'arriver si près du podium sans pouvoir l'escalader, et contente de mon superbe géant.»

Grâce à ses deux vedettes du jour, le ski suisse était en joie hier soir, malgré l'élimination de Corinne Rey-Bellet lors de la 2e manche. Grâce à la médaille d'or de Sonja Nef, il passait de la cinquième place du classement par nations à la deuxième, avant l'ultime épreuve de la quinzaine, le slalom masculin d'aujourd'hui. A ce propos, parce qu'il neigeait hier, Jean Campiche n'a invité personne pour ce samedi. Impossible donc de dire quel pays va gagner le slalom.