Le ski suisse est un monument en péril. Depuis la retraite de Michael Von Grüningen et Corinne Rey-Bellet, ceux qui sont restés font leur possible pour empêcher que la bâtisse ne s'effondre totalement. Mais ils ne trompent plus personne. Les efforts de Didier Cuche et Bruno Kernen, meneurs de l'équipe masculine de vitesse, n'ont amené, dans la descente de samedi à Chamonix, qu'une amélioration minime par rapport à leur début de saison médiocre. Respectivement 10e et 9e, ils atteignent à grand-peine un rang que leur talent et leur expérience devraient leur garantir en temps normal. Mais vu le niveau de confiance de l'équipe et compte tenu de la domination autrichienne, ces résultats représentent «une légère satisfaction», selon le Neuchâtelois. Le slalom de dimanche, remporté par l'Italien Giorgio Rocca, n'a pas réconforté les Suisses: Silvan Zurbriggen s'est classé 29e (9e du combiné). Les femmes ont connu un samedi encourageant à Veysonnaz, mais le super-G de dimanche a confirmé que leurs problèmes n'étaient pas moins saillants que ceux des hommes (lire ci-contre).

A une semaine des épreuves de Wengen, sommet de la saison de ski en Suisse, la situation reste très précaire. Dans le camp helvétique, après la polémique sur les combinaisons accusées de freiner les skieurs, on fait tout pour calmer le jeu, comme le montre la décision, annoncée hier, de maintenir Karl Frehsner dans ses fonctions de chef des équipes masculines. «Devant leurs fans, les athlètes auront besoin de soutien si cela tourne mal, dit Gian Gilli, le patron des skieurs suisses. Je reste sur mon idée que le calme est la meilleure des stratégies en ce moment.»

Du soutien, les descendeurs n'en ont pas manqué à Chamonix. Si le ski suisse est en ruine, ses supporters restent fidèles: dans l'aire d'arrivée, les drapeaux à croix blanche étaient les plus nombreux; le public suisse s'est fait aussi bruyant que celui qui était venu encourager les Français, dont Antoine Dénériaz, annoncé comme le grand favori après sa victoire à Val Gardena. Samedi, il a fini dans le même temps que Didier Cuche. Preuve que le Neuchâtelois n'a pas tout raté. «Je n'ai pas fait de grosse erreur, mais finir à 6 dixièmes du podium, ça fait mal. J'aurais dû faire mieux avec un petit numéro de dossard et une piste qui se détériorait rapidement, concédait-il à l'arrivée. Je sais qu'il me manque peu pour être parmi les meilleurs. A Wengen, ce ne sera pas facile pour moi: je n'y ai jamais fait mieux que 8e. Mais je ne vais pas baisser les bras.»

Wengen, Bruno Kernen en raffole. L'année dernière, le Bernois avait fini 1er et 3e des deux descentes. «J'ai été très heureux d'apprendre que, cette saison encore, deux épreuves y sont organisées, affirme-t-il. Je me sens en forme et mon plus grand problème sera de rester calme durant les jours à venir.» Car Bruno Kernen l'a avoué: avant le départ, samedi, il a ressenti une pression plus grande que d'habitude. Une petite anxiété qui raidit les épaules et coupe le souffle: «J'ai skié de manière un peu dure en début de parcours. Dans l'équipe, nous ressentons tous une pression grandissante, liée à nos résultats et à l'approche de Wengen.» Sur sa course «ni bonne ni mauvaise», l'ex-champion du monde détaillait «trois petites fautes sur le haut, payées cher» à l'arrivée. «Etre dans les dix premiers, cela devrait être une obligation, continuait-il. Et après les entraînements, j'attendais mieux.»

Ambrosi Hoffmann, lui aussi, attendait mieux. Avec Bruno Kernen, ils avaient remporté le dernier entraînement sur la piste des Houches. Il a fini 26e, à 1'88'' du vainqueur, Stephan Eberharter. Son fournisseur plaide coupable: «Sur cette neige très humide, nous n'avions de toute évidence pas les skis les plus rapides», a dit le responsable de la marque Stöckli. Dans une semaine, il sera difficile de resservir ces excuses: «Nous connaissons tous la situation, a rappelé Bruno Kernen. Ne faisons pas comme si les difficultés n'existaient pas. Personne n'est dans la position de bluffer.»

Personne, sauf l'équipe d'Autriche. L'armada peut feindre d'être absente à l'entraînement pour placer sept de ses coureurs dans les dix premiers en course. Seul le Norvégien Lasse Kjus (2e samedi) est capable de contester aux Autrichiens les marches des podiums. Dans l'autre grande nation du ski, l'ambiance est plus décontractée… Tout sourire, Stephan Eberharter avoue «prendre à nouveau plaisir à skier» depuis qu'un virus l'a privé du début de saison. Hermann Maier, lui aussi, évoque son bien-être. Mais le leader de la Coupe du monde n'est pleinement heureux que lorsqu'il gagne (il a fini 13e aux Houches). Quand «Herminator» sera-t-il de retour? «A Kitzbühel», répond l'ancien menuisier. A chacun ses rendez-vous.