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Le ski suisse est de retour au sommet

L’or décroché samedi lors du «team event» vient compléter une performance d’ensemble inédite depuis Calgary en 1988. Cela ne tient pas du hasard et ce n’est peut-être qu’un début

En ramenant quinze médailles des Jeux olympiques de Pyeongchang, la délégation suisse a dépassé toutes les attentes et égalé sa moisson historique de Calgary en 1988. La comparaison a ses limites: il y avait 102 épreuves en Corée du Sud contre seulement 46 voilà trente ans au Canada. Mais en ski alpin, où le programme est resté stable, la Suisse a gagné sept médailles en 2018, le même nombre que trente ans plus tôt. Jamais davantage qu’aujourd’hui elle ne s’était autant rapprochée de sa position dominante de la fin des années 80.

A mes yeux, c’est la plus belle de toutes nos médailles, car elle récompense la victoire d’une équipe

Stéphane Cattin, chef de discipline à Swiss-Ski

Seul ajout à la panoplie d’épreuves classiques (slalom, géant, descente, super-G, combiné), le team event a permis à la Suisse, samedi matin, de gagner une dernière récompense dorée, qui, à défaut d’être la plus prestigieuse, symbolise la réussite collective des skieurs helvétiques en Corée du Sud. «A mes yeux, c’est la plus belle de toutes nos médailles, car elle récompense la victoire d’une équipe», valide Stéphane Cattin, chef de discipline à Swiss-Ski.

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En février dernier, le ski alpin helvétique avait déjà montré les signes avant-coureurs d’un renouveau lors des Championnats du monde de Saint-Moritz (six médailles, meilleur total depuis ceux de Crans-Montana en 1987). Les résultats enregistrés en Corée du Sud, sur les pistes de Jeongseon et Yongpyong, confirment que cette belle performance d’ensemble ne devait rien ni au fait de jouer à domicile, ni au hasard.

L’élément déclencheur

Le retour en grâce du ski suisse indique la réussite du nouveau «concept de la relève» inauguré en 2010 par Swiss-Ski. Sa principale révolution: réunir les talents les plus prometteurs dans des «centres nationaux de performance» et leur donner la possibilité de suivre des filières sport-études, afin de favoriser leur développement skis aux pieds sans hypothéquer un avenir professionnel alternatif. «L’ouverture des structures de Brigue, Davos et Engelberg a été le véritable mouvement déclencheur, estime Stéphane Cattin. Aujourd’hui, nous voyons éclore la première génération d’athlètes qui les ont fréquentées. D’autres arrivent derrière.»

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Pour le Jurassien, à la tête de l’alpin national depuis avril 2015, le processus a entraîné un changement de philosophie. Aujourd’hui, le ski suisse mise moins sur des personnalités fortes que sur une base large, constamment renouvelée par de nouveaux athlètes qui poussent pour arriver au plus haut niveau. «Regardez notre délégation à Pyeongchang: les trentenaires Beat Feuz et Carlo Janka mis à part, tous nos skieurs sont jeunes», se réjouit-il. Lara Gut, dont les mésaventures laissent «un pincement au cœur» du responsable, a le bagage d’une ancienne mais seulement 26 ans. Et quelques champions en herbe ont manqué à l’appel, à l’instar de Mélanie Meillard, blessée lors d’un entraînement sur la neige coréenne avant le début des JO.

En attendant Marco

Certaines voix ont reproché à Swiss-Ski de ne pas la remplacer. De ne pas offrir la chance à une jeune de vivre ses premiers Jeux olympiques. Stéphane Cattin brandit en retour le respect du concept, qui inclut pour chaque athlète un plan de carrière précis avec objectifs précis à court, moyen et long terme. «Pour certains jeunes, il était plus important ces jours-ci de participer à des épreuves de Coupe d’Europe afin de se placer pour la saison prochaine, détaille-t-il. Il ne faut pas brusquer l’ordre des choses.»

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Ainsi, l’ultra-prometteur Marco Odermatt aurait pu être embarqué en Corée du Sud dans la foulée de ses résultats extraordinaires aux Mondiaux juniors à Davos, où il est entré dans l’histoire en décrochant cinq médailles d’or. Mais Swiss-Ski a décidé que sa place n’était pas à Pyeongchang. Son tour de manège olympique viendra. La performance d’ensemble réalisée aux Jeux prouve que la fédération sait ce qu’elle fait. Ses protégés bouclent les épreuves alpines avec le même nombre de médailles que les Autrichiens et les Norvégiens. La Suisse est de retour au premier plan.

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