«Sur nos monts, quand le soleil annonce un brillant réveil et prédit d'un plus beau jour le retour.» Le cantique suisse a résonné trois fois au Kulm Park de Saint-Moritz durant les Mondiaux, pour fêter les trois titres remportés par Wendy Holdener, Beat Feuz et Luca Aerni. Il ne fallait pas entendre l'hymne national uniquement comme un symbole agité en guise de célébration, mais écouter ses paroles, littéralement, comme un programme. Sur nos monts (la Corviglia), le chaud soleil a annoncé un brillant réveil des athlètes suisses et prédit leur retour au plus haut niveau du ski mondial. L'Autriche ne leur a chipé la première place du tableaux des médailles que lors de l'ultime épreuve de la quinzaine, le slalom masculin.

La renaissance du ski alpin suisse

Avec sept médailles (trois d'or, deux d'argent, deux de bronze), l'équipe nationale réalise sa meilleure moisson depuis les championnats du monde 1989. Une autre époque, où le ski suisse était au firmament des nations, et dont les supporters, meurtris mais résignés, font le deuil depuis. Dans leurs rêves les plus fous, fans et responsables ne se voyaient pas quitter l'Engadine les valises lourdes d'autant de métal. «Regardez l'histoire, cherchez la dernière fois qu'une telle performance d'ensemble a été réalisée. Nous ne pouvions pas envisager un tel succès. C'était complètement inespéré», reconnaît le chef alpin de Swiss-Ski Stéphane Cattin.

Depuis la débâcle de Bormio en 2005 (aucun podium), le ski alpin s'est réinventé en Suisse, il a réinvesti les régions, il a repensé le cursus sensé amener les jeunes talents au plus haut niveau. Ce processus ne devait pas aboutir à Saint-Moritz, c'était trop tôt. «Pour ces Mondiaux, je n'ai pas de garantie de médailles», prévenait Stéphane Cattin en janvier 2016. Son horizon était plus loin et plus exotique: 2018; les Jeux olympiques de Pyeongchang, en Corée du Sud. Aussi ne faut-il pas interpréter les succès de Saint-Moritz comme un coup d'éclat, mais comme une renaissance. 2017 pourrait rester comme l'an I d'une nouvelle ère où le skieur suisse franchit la ligne d'arrivée le poing levé.

Le temps pour eux

«C'est sûr que Saint-Moritz nous permettra d'aborder Pyeongchang avec un maximum de confiance, reconnaît Stéphane Cattin. Mais attention, dans ces grands événements, tout ne tient qu'à très peu de choses. Il n'y a pas de hasard dans notre réussite aux championnats du monde, mais il ne faut pas s'enivrer de ce que nous avons réalisé non plus. Une belle équipe se monte, oui, maintenant il faut continuer à travailler. Les Jeux olympiques, ce sera une autre histoire.»

Ne pas annoncer d'objectifs précis, ne pas mettre de pression sur les athlètes. Pas question pour le responsable de renier une stratégie de com' qui a porté ses fruits à Saint-Moritz. «Nous avons une équipe jeune, justifie-t-il. Il faut la protéger au maximum.»

Parmi les médaillés suisses de Saint-Moritz, Mauro Caviezel (28 ans, bronze en combiné) et surtout Beat Feuz (30 ans, or en descente) détonnent un peu par leur âge, mais restent loin de la retraite. A côté d'eux, Wendy Holdener (or en combiné, argent en slalom), Luca Aerni (or en combiné) et Michelle Gisin (argent en combiné) comptent à 23 ans parmi les plus jeunes médaillés des Mondiaux, et Lara Gut (bronze en super G) n'aura que 26 ans lorsqu'elle reviendra de blessure. Tous ont le temps pour eux, d'autant que quelques phénomènes de type Mikaela Shiffrin (21 ans) mis à part, le ski sourit plus souvent aux athlètes mûrs qu'à peine majeurs.

La nouvelle génération

En Suisse, il n'y a pas que les athlètes médaillés à Saint-Moritz. Daniel Yule (24 ans) et Justin Murisier (25 ans) ne désespèrent pas d'accrocher des podiums dans le cirque blanc. Quant à la nouvelle génération, elle pointe déjà la bout de son nez. A 17 ans, Camille Rast a su gérer la pression lors du team-event. A 18 ans, Mélanie Meillard était en mesure d'entrer dans le top 10 avant de manquer la dernière porte du slalom. Tout ce petit monde aura pour mission de gérer l'héritage de ces Mondiaux à domicile. «Nous avons écrit chez nous une belle page d'histoire, se réjouit le président de Swiss-Ski Urs Lehmann. L'avenir, nous en parlons déjà. Il s'agira de prendre tout ce que l'équipe a démontré ici et de le transposer en Coupe du monde.»

Dans un sport individuel comme le ski, la réussite collective ne gomme pas toutes les frustrations personnelles et les Mondiaux ont fait quelques déceptions dans le camp suisse. Au soir du titre de Luca Aerni, son pote Daniel Yule l'expliquait avec son sens de la formule habituel: «C'est super pour lui et pour l'équipe. Maintenant, j'espère qu'au bout de ma carrière, on ne se rappellera pas de moi comme du coéquipier de Luca Aerni le champion du monde.» Il rêvait d'exploit en slalom. Murisier en combiné ou en géant. Küng en descente. Tous les skieurs suisses n'ont pas eu le succès qu'ils escomptaient.

Lara Gut absente plusieurs mois

Mais le gros nuage noir dans le ciel bleu de l'Engadine restera la blessure de Lara Gut, dont un genou a lâché lors d'un échauffement entre les deux manches du combiné. Pas encore opérée, elle sera absente des mois. Préjudiciable pour le ski suisse? «Elle va évidemment nous manquer, reconnaît Stéphane Cattin. Mais c'est le sport. Je suis convaincu qu'elle reviendra très forte la saison prochaine.»

La Tessinoise à l'hôpital, sa coéquipière Wendy Holdener a immédiatement consolé le public en triomphant lors du combiné. Puis elle s'est imposée comme la grande dame de ces Mondiaux avec sa deuxième médaille, samedi, en slalom. Juste après la cérémonie des fleurs, toute l'équipe de Swiss-Ski s'est offert une photo de famille dans l'aire d'arrivée de Salastrains, portant la Schwytzoise très haut. «Wendy», comme l'appelle simplement la presse alémanique, skieuse modeste et souriante, incarne parfaitement la renaissance du ski suisse. En plus, elle a très distinctement chanté l'hymne lors de son titre.


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