D’Adelboden jusqu’à Wengen il n’y a qu’une cinquantaine de kilomètres, et c’est bien la distance qui sépare les deux prochaines étapes de la Coupe du monde de ski organisée, en cette fin de semaine et du 13 au 15 janvier prochain, par la Fédération internationale de ski (FIS), institution dont le siège est situé sur la route entre les deux stations, à Oberhofen am Thunersee. Avec ces deux événements, la Suisse redevient, comme chaque saison à pareille époque, le centre du monde du ski alpin.

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Pour autant, ici plus qu’ailleurs et durant toute l’année, le ski joue un rôle particulier dans les représentations sportives, à la fois dans l’expérience individuelle et dans les souvenirs partagés. De manière encore plus profonde que le football, le ski est inscrit dans le quotidien de nombreux Suisses, depuis les séjours dans les pistes alpines ou jurassiennes jusqu’aux rendez-vous télévisés à l’heure de l’apéritif en fin de semaine. Pour éclairer ces dynamiques, dès le 13 janvier prochain, le Musée du sport suisse (basé à Bâle) va présenter une exposition originale, intitulée «Histoires de pistes», construite en collaboration avec l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL).

La construction d’un sport national

L’ambition du projet est de retracer, autour de quelques objets et de quelques figures emblématiques, la construction d’un sport national depuis la fin du XIXe siècle. En effet, l’enracinement du ski dans les mentalités est un processus au long cours, dont les premières manifestations datent vraisemblablement des lendemains de la Première Guerre mondiale lorsque les autorités militaires «abandonnent» dans les vallées plusieurs milliers de paires de skis, utilisées dans la surveillance des frontières.

De la même manière, nos imaginaires collectifs sont encore habités par les victoires de Bernhard Russi, de Pirmin Zurbriggen, de Lise-Marie Morerod, des deux «Didier» (Défago et Cuche) ou de Lara Gut (et j’en oublie sans doute beaucoup). A l’existence de ces «héros», ajoutons que la station de Crans Montana résonne encore des exploits suisses aux Mondiaux de 1987, que Saint-Moritz est l’une des rares villes qui peut se targuer d’avoir accueilli deux fois les Jeux Olympiques d’hiver (en 1928 et en 1948), et que Marc Hodler, président de la FIS entre 1951 et 1998, est le dirigeant sportif qui a occupé le plus longtemps dans l’histoire du sport la fonction de président d’une fédération internationale. A un autre niveau, n’avons-nous pas aussi tous porté (ou rêvé de porter) l’un des milliers de bonnets rouge-blanc-bleu du Crédit Suisse distribués pendant les camps de ski à travers tout le pays dès les années 1970?

La quatrième activité sportive la plus pratiquée

Selon les chiffres de l’enquête sur les pratiques sportives des Suisses menée en 2014, le ski alpin (hors randonnées à ski) est la quatrième activité sportive la plus pratiquée dans le pays: 35,4% des personnes interrogées déclarent s’y adonner chaque année. Cette pratique serait même en progression de près de 9% par rapport à l’enquête de 2008. Seuls la randonnée, le cyclisme et la natation sont plus populaires dans la population suisse. Mais le ski provoque aussi un très fort intérêt, puisqu’il arrive à la deuxième place des pratiques sportives les plus prisées par la population suisse: 34% des répondants à l’enquête de 2014 déclarent avoir de l’intérêt pour le ski alpin (hors freestyle). Chiffres à l’appui, il faut donc indiquer que le ski demeure un sport majeur dans le paysage helvétique, peut-être est-il d’ailleurs toujours «un» sport national qui transcende encore les frontières linguistiques et culturelles?

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Cette riche histoire demeure pourtant encore très méconnue, à la fois par manque de temps pour l’écrire de la part des acteurs du monde du ski, par un manque d’engagement des institutions universitaires et par défaut d’une vraie valorisation des archives originales. A Lausanne, l’ISSUL, en collaboration avec le Musée du Sport suisse et avec le concours de différentes institutions, encourage toutes les démarches que les institutions ou les particuliers souhaiteraient mettre en place pour promouvoir cette mémoire unique et en faire une vraie histoire. Récemment, le football et les sports universitaires ont ainsi pu bénéficier d’une mise en lumière singulière sous la plume des historiens lausannois.

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Le sport ne doit pas uniquement être un lieu de célébration mais aussi un lieu de réflexion sur nos représentations et nos identités. Pour entamer ces réflexions, nous vous donnons d’ores et déjà rendez-vous dès le 13 janvier prochain au Musée du sport suisse à Bâle pour visiter l’exposition «Histoires de pistes». En parallèle, des tables-rondes et des entretiens (avec d’anciens skieurs ou d’anciens dirigeants) seront organisés tout au long de l’hiver pour favoriser le rapprochement entre mémoire, souvenirs et histoire.